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Infogrames se résigne, Ubisoft s'enflamme

Par LUC MATHIEU - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2969

Alors que le premier modère ses ambitions, son concurrent veut doubler son chiffre d'affaires d'ici à quatre ans.

Réduction de l'endettement, bénéfices en hausse... Infogrames et Ubisoft, les leaders français du jeu vidéo, se portent mieux. Le 15 juin, le premier a indiqué que son résultat d'exploitation avait atteint 22,2 millions d'euros sur l'exercice 2004/2005, contre 2,6 millions un an plus tôt. Le groupe a également réduit sa dette, qui l'empoisonne depuis plusieurs années, de près de 125 millions d'euros. « Il fallait remettre le groupe sur des bases saines. Nous avons tenu nos objectifs et crevé le nuage noir qui pesait sur Infogrames », s'est félicité Bruno Bonnell, le P-DG.

Pas de prévisions de ventes chez Infogrames

Le patron d'Ubisoft, Yves Guillemot, est lui aussi ravi des résultats de sa société. Sur l'exercice 2004-2005, le chiffre d'affaires a progressé de près de 30 millions d'euros, à 538 millions. Le résultat net a quant à lui bondi de 200 %, à 27 millions d'euros. La santé retrou-vée, les deux groupes français affichent toutefois des stratégies diamétralement opposées. D'un côté Infogrames, contraint de réduire ses ambitions, se refuse à toute prévision sur l'évolution de ses ventes. De l'autre Ubisoft, toujours plus agressif, veut doubler son chiffre d'affaires d'ici à quatre ans.

Pour Infogrames, le temps des projets flamboyants est révolu. Fini, les acquisitions de studios au prix fort et les débauches de dépenses marketing. Le groupe français se replie sur lui-même et ne peut qu'observer la chute de son chiffre d'affaires - près de 100 millions d'euros sur le dernier exercice. Cette frilosité se retrouve dans l'évolution du budget de recherche et développement. L'an dernier, il a baissé de 22,5 %, à 85,6 millions d'euros. « Il n'y a pas de baisse des dépenses de R & D, mais une meilleure utilisation des ressources », s'est justifié Bruno Bonnell. Un argument difficile à croire au vu du calendrier de sorties : seuls trois jeux à gros budget sont prévus dans les prochains mois. « Il n'y a pas que les titres à 15 millions de dollars, s'est défendu Bruno Bonnell. Quand on développe pour 250 000 dollars un jeu comme Astérix et qu'on le vend à 300 000 exemplaires, la rentabilité est énorme. » Peut-être. Mais pour la sortie en novembre prochain de la Xbox 360, la console de nouvelle génération de Microsoft, Infogrames n'aura qu'un titre disponible. Ubisoft, lui, en aura au minimum deux, dont le très attendu « King Kong ».

Des embauches dans les pays à bas coûts pour Ubisoft

Le groupe de Montreuil (93) a en effet embauché en un an plus de 500 personnes dans ses studios. Son budget de recherche et développement interne devrait passer de 100 à 125 millions d'euros l'an prochain. L'essentiel de l'investissement concernera les studios installés dans les pays à bas coût, comme la Chine et la Roumanie. « Cela nous permet d'avoir des coûts inférieurs de 30 à 40 % à ceux de nos concurrents », a expliqué Yves Guillemot lors de la présentation des résultats le 16 juin dernier. Côté marketing, le groupe continue de créer de nouvelles marques. Après la série des « Tom Clancy », Ubisoft a lancé l'an dernier la marque « Brothers In Arms », dédiée aux jeux de guerre réalistes. Au final, la société française veut augmenter de 11,5 % son chiffre d'affaires l'an prochain, à 600 millions d'euros.

Ce dynamisme a aussi valeur d'avertissement pour Electronic Arts. L'américain, numéro un mondial du secteur, a déjà récupéré de façon hostile plus de 20 % du capital du groupe français. En dévoilant ses ambitions, Yves Guillemot veut montrer que sa société a les moyens de rester indépendante. Et qu'il faudra donc mettre le prix pour pouvoir la racheter.

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