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Industriels, quels intérêts à coopérer avec la recherche publique ?

Par Matthieu Maury - Publié le
Centrifugeuse du LCPC à Nantes
© LCPC

A l’occasion de ses 60 ans, le laboratoire central des Ponts et Chaussées organisait un colloque sur ses relations avec les entreprises. Synthèse des bonnes pratiques et des bénéfices de la collaboration entre le monde économique et les chercheurs.

Manque de temps, de budget, de compétences… pas toujours facile pour une PMI de monter un projet de recherche avec un institut public. Pourtant, les deux parties peuvent y trouver leur compte : avancée scientifique pour l’équipe de chercheurs, avantage compétitif pour l’entreprise.

Avant de débuter une coopération, il est indispensable d’apprendre à se connaître. Les structures collectives, comme les syndicats professionnels, les CCI et les pôles de compétitivité, constituent à cet égard des points de contacts essentiels entre deux mondes qui trop souvent s’ignorent. « Pour une PME, le chercheur est intimidant, même pour les entreprises bien installées sur leur marché. C’est l’image de la grosse tête, qui en plus peut avoir une certaine renommée. De leur côté, les scientifiques sont parfois rabat-joie et cassants à propos des idées soumises par les acteurs économiques, qui peuvent s’avérer peu innovantes », relève José Caire du pôle Génie Civil Ecoconstruction.

Il faut ensuite bien se comprendre et définir un compromis clair entre la visée économique de l’entreprise et l’objectif théorique de l’institut de recherche. Ce dernier doit élaborer une proposition réaliste et adaptée à la demande de l’entrepreneur, notamment en termes de délais. «  C’est souvent sur ce point que les entreprises font marche arrière. Le chercheur doit prendre en compte le temps de l’économie, mais ne peut réduire la durée de son travail au-delà de certaines limites. La science, c’est une démarche itérative qui nécessite des démonstrations solides et sur différentes échelles, de la simulation à la taille réelle, en passant par le laboratoire », souligne Jean Bonny, directeur des programmes du laboratoire central des Ponts et Chaussées (LCPC). La question de la propriété intellectuelle des résultats est aussi à aborder d’emblée. L’étude coûtera plus cher si l’entreprise veut en conserver l’exclusivité.

Intérêts partagés

L’intérêt d’une PMI à collaborer avec un organisme public ne réside pas uniquement dans le contenu de la recherche ou dans l’accès à des équipements rares et coûteux. Directeur général d’ETPO (Entreprise de travaux publics de l’Ouest), Bernard Theret relate son expérience avec le LCPC sur la construction du technocampus EMC2 (dédié aux matériaux composites) dans la périphérie nantaise. «  Le laboratoire m’a non seulement orienter vers une vraie innovation, mais il a également recruter d’autres sociétés, dont les compétences étaient nécessaires, et monter financièrement le dossier. » Résultat dans deux ans : sur la terrasse du bâtiment, une passerelle en composites intégrera un dispositif d’auscultation en continu et à distance, un procédé innovant de contrôle non destructif. De cette façon, ETPO aura acquis des compétences d’avenir dans les composites.

Pour autant, le monde de la recherche, qui coopère largement avec les grands groupes, doit plus s’ouvrir aux PME, en favorisant les démarches d’échanges d’informations. En se confrontant à différents terrains d’expérience, les chercheurs seront aussi gagnants.




Le laboratoire central des Ponts et Chaussées

Établissement public à caractère scientifique et technologique, le LCPC exerce ses activités de recherche, de conseil et d’expertise dans le génie civil et les infrastructures de transport. Ses quatre thèmes prioritaires sont la ville, la mobilité, l’énergie et les risques. Il regroupe 650 personnes, dont 300 chercheurs et ingénieurs, sur 5 sites : Paris, Nantes, Marne-la-Vallée, Versailles et Grenoble. Et dispose d’un budget annuel de 51,5 millions d’euros, alimenté à 80  % par l’Etat, le reste via les contrats de recherche, l’expertise et la certification. Le LCPC collabore avec les grands groupes du BTP (Bouygues, Vinci, Eiffage, Eurovia, Colas…), mais aussi des industriels comme Alstom, Airbus, Total, Lafarge, Veolia, EDF, GDF Suez ou encore des gestionnaires de réseaux (SNCF, RATP…).
 

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