Industriel de l’année 2011 : Olivier Piou pour Gemalto

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Olivier Piou, PDG de Gemalto
© HAMILTON/REA

Gemalto, le fabricant de cartes à puces, est devenu le maître du monde de la sécurité numérique. Une métamorphose exemplaire.

Qu’on se le dise. Gemalto, n’est plus un fabricant de cartes à puces. Plus seulement. Il est devenu le protecteur numérique des identités : celle des nouveaux passeports, celle nécessaire aux transactions bancaires sur smartphones, celle qui donne accès
aux réseaux 4G mobiles… Plus de 10 000 employés dans le monde, un chiffre d’affaires de 1,9 milliard d’euros en 2010 et 216 millions de bénéfice net (+ 19 %). Et 2011 devrait être meilleure. Signatures avec les gouvernements brésilien et suédois, avec Mastercard, avec l’opérateur télécoms américain Verizon… le carnet de contrats est plein à craquer ! Quelqu’un a parlé de crise ? Quelle crise ? En août, le cours de Bourse a à peine flanché…

Un tour de force réussi grâce à une stratégie industrielle imparable. Avec 23 usines dans le monde dont trois en France, Gemalto produit des cartes, des clés, des badges, des étiquettes avec des puces, au plus près de ses clients. Dans un monde de l’électronique où la délocalisation fait loi, le français détonne. Même si en 2007, après la fusion d’Axalto et de Gemplus qui l’a fait naître, il a dû fermer ses sites de Meudon (Hauts-de-Seine) et d’Orléans (Loiret) et supprimer 400 emplois. "Délocaliser ne sert à rien, insiste Olivier Piou, le PDG. Garder ses usines est essentiel, pour la qualité du service à nos clients, et aux clients de nos clients. Quand vous perdez votre Carte bleue, on ne va pas en faire venir une de Chine…". Pour lui, mieux vaut une production flexible avec des organisations du travail adaptées.

Le véritable déclic – celui du logiciel – a eu lieu dans les années 1990. Gemplus et Axalto se contentaient de fabriquer et de glisser sous plastique des télécartes. C’était avant l’iPhone et le Galaxy S. Quand pour téléphoner dans la rue il fallait trouver une cabine publique. "Notre R & D se résumait à résoudre les effets de l’électricité statique sur le nombre d’unités téléphoniques contenues dans la carte…", se souvient Olivier Piou. Tout a changé avec l’arrivée des mobiles et de leurs cartes SIM. Gemalto a dû embarquer de vrais processeurs dans ses produits. Avec du logiciel dedans !

L’industriel s’est engagé un peu contraint et forcé, mais le cap était franchi. La machine était en marche. Il ne s’arrêtera plus. Progressivement, Gemalto peaufine des logiciels sécurisés, des clés numériques et des systèmes de gestion qui protègent les données personnelles sur les cartes bancaires. "Nous avions un bon produit entre les mains, rappelle le PDG. Et nous savions que son succès serait proportionnel à la population du pays visé. Alors nous sommes partis, sac au dos, à la conquête du monde et de nouvelles cibles." Pas seulement en Chine, en Inde ou aux États-Unis, mais aussi dans des contrées plus originales comme l’Indonésie, le Pakistan, le Brésil.

Gemalto en profite pour étendre son offre de services. Il va jusqu’à accompagner ses clients pour administrer et sécuriser les cartes et les passeports, avec ou sans puces, mais avec ses logiciels embarqués. Après les opérateurs télécoms, dès les années 2000, l’entreprise séduit les banques. Et elle ne se contente pas de leur proposer des cartes à puces. Elle leur garantit aussi les transactions de paiement sans contact, par téléphone mobile.

Au point d’obtenir la première certification de Mastercard dans ce domaine. À partir de 2005, les gouvernements se laissent tenter. Cette année, le Brésil a d’ailleurs ravi aux États-Unis le titre de plus gros contributeur au chiffre d’affaires de l’industriel. Petit à petit, les 200 millions de Brésiliens recevront de nouvelles cartes d’identité, signées Gemalto. Le système centralisé et sécurisé évitera la très gênante duplication des papiers d’identité des citoyens dans différents États du pays. Mais pas de malentendu. Gemalto continue aussi de chouchouter sa clientèle historique. Avec son anticipation sur les technologies de la nouvelle 4G mobile, il est au cœur du premier vrai grand réseau au monde. Celui de l’opérateur télécoms Verizon, qui lui en a confié la sécurisation centralisée.

Innover sans trop changer

La métamorphose a été progressive. Pas à pas, Gemalto a trouvé de nouveaux usages pour ses produits. Sa méthode ? Le procédé des adjacences. Pour innover sans trop changer, il étudie les possibilités d’utiliser ses produits dans de nouveaux domaines, de les vendre à un nouveau type de clients, de les proposer dans d’autres pays… Pragmatique, il réinvestit les revenus de ses produits phares dans ces mutations.

Attention, Gemalto n’est pas Apple. Pas question de s’aventurer trop loin et de créer de nouveaux marchés par exemple. Évidemment, la R & D aussi a évolué. Sur 1 500 ingénieurs, 1 400 travaillent sur la compacité du logiciel, la sécurisation extrême, le chiffrage, les clés… Et l’indispensable fiabilité, car "il n’y a aucune raison qu’un logiciel plante ! insiste Olivier Piou. Nous avons
des méthodes de développement très particulières…"
. Un dixième du budget reste toutefois alloué à l’innovation. De quoi, de temps en temps, s’adonner à de petits plaisirs d’ingénieur et sortir des sentiers battus. Avec Ego, par exemple, la puce qui frôle la peau pour communiquer.

Dernière preuve de la réussite de sa mue vers l’industrie du numérique, Gemalto vient de créer un département dédié à la vente de licences de propriété intellectuelle, comme IBM ou Technicolor avant lui. En pleine guerre des brevets entre géant de la high-tech, l’initiative prend tout son sens. Gemalto ne vient-il pas de défier Google en justice, sur le sol américain ?

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