Industrie pharmaceutiqueMEDICAMENTS LE PLAN MATTEI REBAT LES CARTESLes remèdes du ministre de la Santé pour soigner l'assurance maladie vont provoquer de grands dégâts dans l'industrie pharmaceutique. Notamment dans les entreprises de génériques. Tout dépendra de la stratégie des grands laboratoi...
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 2841Industrie pharmaceutique
MEDICAMENTS LE PLAN MATTEI REBAT LES CARTES
Les remèdes du ministre de la Santé pour soigner l'assurance maladie vont provoquer de grands dégâts dans l'industrie pharmaceutique. Notamment dans les entreprises de génériques. Tout dépendra de la stratégie des grands laboratoires.
0n casse tout et on recommence. Le système " gagnant-gagnant " mis en place depuis quatre mois pour promouvoir les médicaments génériques, qui commençait à donner de bons résultats - environ 30 % de croissance des ventes depuis mai et 60 % depuis un an - vient d'être jeté aux oubliettes par Jean-François Mattéi, le ministre de la Santé. Le même ministre, qui avait avalisé l'accord signé le 4 juin entre la Caisse nationale d'assurance maladie et les syndicats de médecins les incitant, en contrepartie de la revalorisation de leurs honoraires, à prescrire un médicament sur quatre sous sa dénomination scientifique. En clair, des génériques vendus de 30 à 40 % moins cher et que, de surcroît, les pharmaciens pouvaient délivrer en faisant jouer leur nouveau droit de substitution. Les règles, cette fois, sont à nouveau totalement modifiées et la balle clairement dans le camp des GSK, Pfizer, AstraZeneca, Merck & Co, Roche et autres grands laboratoires inventeurs des médicaments " génériqués ". Le plan Mattéi prévoit en effet la création d'un " forfait de remboursement ". A partir de juillet 2003, ce " tarif de référence " fixera les niveaux de remboursement par la Sécurité sociale, indistinctement pour les médicaments princeps (les médicaments originels tombés dans le domaine public) et leurs génériques vendus sous leur dénomination scientifique, sur la base du générique le moins cher dans la classe thérapeutique. Quant au patient, il pourra acheter le médicament princeps en payant la différence sans être, en principe, remboursé par sa mutuelle. " Inutile de se faire des illusions, remarque Philippe Ranty, président de GNR Pharma (groupe Novartis), l'un des principaux génériqueurs sur le marché français. Si les laboratoires des produits princeps baissent de 30 à 40 % leurs prix pour s'aligner sur les prix de leurs génériques, les entreprises de génériques, dont les marges sont déjà minuscules, n'ont plus qu'à fermer boutique. Médecins et patients préféreront, de toute évidence, les médicaments princeps et les grands laboratoires qu'ils connaissent. 90 % de patients, au moins, font le choix d'un médicament remboursé intégralement. "
La crainte d'une guerre des prix " à l'espagnole "
Ces baisses volontaires, qui laminent les cash-flows des laboratoires les plus innovants, ne seraient pas une première. En janvier 1999, SmithKlineBeecham (aujourd'hui intégré dans GSK) baissait ses prix sur son Clamoxyl (l'amoxicilline) et, pendant un temps, coupait l'herbe sous le pied des génériques rivaux. Opération réussie jusqu'à l'instauration, quelques mois plus tard par le ministère, de mesures discriminatoires à l'encontre des médicaments princeps. Mais, cette fois, le nouveau patron de l'avenue de Ségur a annoncé qu'il allait supprimer toute mesure discriminatoire pour qu'il y ait jeu égal entre princeps et génériques. En particulier, le plafonnement des ristournes autorisées au profit des pharmaciens : l'une à 10,7 % pour les génériques et l'autre à 2,5 % pour les princeps. Gemme, l'association qui regroupe les principaux génériqueurs, s'est aussitôt insurgée contre " les effets dévastateurs qu'entraînerait une régression brutale de la délivrance de médicaments génériques ". Pascal Brière, président de Biogaran, dénonce " le tarif de référence qui perturberait gravement le dispositif gagnant pour la collectivité mis en place depuis l'été dernier et démobiliserait industriels, pharmaciens et corps médical , qui étaient arrivés à créer un système générateur d'économies ". Ce que craignent les professionnels, pris à contre-pied : une " évolution à l'espagnole ". Un brutal coup de frein, il y a trois ans, du gouvernement de Madrid a stoppé net l'arrivée de nouveaux génériques après la création d'un très efficace système de prix de référence par classe thérapeutique avec maintien du droit de substitution des pharmaciens, comparable, dans l'esprit, à celui envisagé par le professeur Mattéi. Autre stratégie possible : certains de ces grands laboratoires internationaux, dont les grandes molécules des années 80 sont tombées - ou vont bientôt tomber - dans le domaine public, décident de ne plus vendre en France leurs médicaments princeps. Plus exactement de ne plus assurer leur promotion auprès du corps médical. " Le résultat, remarque un consultant, ne ferait aucun doute : il y aurait transfert des prescriptions de ce médicament vers des molécules plus récentes, donc non génériquées, plus chères mais bien remboursées. Avec, par conséquent, de plus grandes dépenses pour la Sécurité sociale. " Sans compter les suppressions d'emploi qui pourront être décidées. La plupart de ces grandes molécules sont, sinon fabriquées, du moins conditionnées en France. A Evreux, GSK fabrique son antiulcéreux Azantac, l'antiviral Zovirax ou le traitement anti-goutte Zyloric. Et à Mayenne sont produits les formes orales de l'Augmentin, l'antibiotique vedette du groupe britannique. Les retombées seraient alors dramatiques pour quelques entreprises de génériques et la dizaine de sous-traitants - parmi lesquels Delpharm, Europhartech, Ergypharm, Richard ou Chemineau - qui assurent la fabrication de leurs produits. Les plus touchés parmi les génériqueurs : ceux qui n'auront pas " bétonné " leur distribution et consolidé leurs volumes. Soit par des accords avec des groupements de pharmaciens ou, plus directement, avec des pharmaciens (70 % environ du marché). Soit, pour les 30 % restant, par des " partenariats privilégiés " avec des grossistes-répartiteurs (sachant que les pharmaciens travaillent généralement avec deux ou trois d'entre eux). Ainsi, l'OCP est lié avec Merck Génériques et Biogaran (Servier), Alliance Santé avec RPG Aventis et GNR Pharma. Les CERP de leur côté, ont choisi EG Labo (groupe Stada) et Biogaran.
La soupape : le dépôt de prix pour les médicaments innovants
" Nous avions finalement mis au point un système de génériques qui semblait l'un des meilleurs en Europe, constate Didier Barret, président de Merck Génériques (Merck Lipha). En introduisant le tarif de référence, le risque est de gripper définitivement la mécanique délicate de promotion des génériques dans un régime de prix des médicaments qui est déjà en France particulièrement bas. " Seul lot de consolation pour l'instant : Jean-François Mattéi n'écarte pas, a priori, la création d'un nouveau système des prix au bénéfice des nouveaux médicaments véritablement innovants. Grâce au mécanisme dit " du dépôt de prix ". Le principe : les laboratoires pourraient lancer leurs nouveaux médicaments à un prix qu'ils estimeraient le plus juste. Le Comité économique des produits de santé que dirige Noël Renaudin disposerait d'un droit de veto - encadré par des critères précis - pendant un mois. Si le prix ultérieurement fixé par le Comité s'avérait inférieur, les laboratoires s'engageraient à verser la différence (comme au Canada). Cette nouvelle procédure aurait en outre l'avantage de réduire les délais actuellement exorbitants - parfois plus d'un an en France contre un mois en Allemagne - entre l'autorisation de mise sur le marché et le feu vert définitif.
Les principales dispositions du projet de loi
Créer un forfait de remboursement par classe thérapeutique sur la base du médicament générique le moins cher. Les patients pourraient continuer à prendre les médicaments princeps en payant le surcoût.
Classer en trois ans et en trois catégories les médicaments jugés inefficaces.
Simplifier la fiscalité spécifique des laboratoires pharmaceutiques.
Accélérer les processus de mise sur le marché avec une semi-liberté sur les prix des nouveaux médicaments innovants.
Réformer des procédures d'achats de médicaments à l'hôpital.
Développer l'automédication.
Ce que redoutent les industriels
Des baisses de marges importantes sur les médicaments princeps. Entraînés dans une guerre de prix dévastatrice, les industriels - laboratoires et sous-traitants - de médicaments princeps craignent des transferts d'investissements décidés par leurs groupes au profit d'autres pays de l'Union européenne.
La disparition de la plupart des entreprises spécialisées dans les génériques.
Elles risquent d'être prises en tenaille entre les laboratoires de princeps et les grands génériqueurs, américains ou indiens, à très bas coûts de production qui projettent de se renforcer sur le marché français.
La suppression de classes entières d'anciens médicaments.
Très prescrits auprès de personnes âgées à revenu modeste, ces médicaments remboursés et à traitement quotidien peu élevé n'ont, le plus souvent, pas d'alternative thérapeutique moins coûteuse pour la collectivité.

dans la même rubrique
26/05/2012 La sémantique de l'industrie26/05/2012 L'impression 3D détournée par l'artiste Neri Oxman
26/05/2012 "Je suis fasciné par les technologies sans fil"












