INDUSTRIE MON AMOUR, SUITE
Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3218
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Notre appel de la semaine dernière pour exprimer son attachement à l'industrie a connu un succès sans précédent. Nous publions dans ce numéro d'autres témoignages de patrons, d'intellectuels et d'ONG.
Centenaire
MICHEL MAURER
Président de Thurmelec (sous-traitant spécialisé en électronique)
« Je reste fier de notre industrie. Nous avons un savoir-faire et un feeling industriel que nous avons mis plus de 100 ans à acquérir ! Ce n'est pas qu'une histoire de patron. Chez nous les gens sentent le grain de sable qui peut gripper la machine et savent réagir. Il faut garder tout cela ! Dans ma région, la Lorraine, l'industrie, avec la sidérurgie, était très importante. Ingénieur, c'était un peu le bâton de maréchal. En particulier pour nos parents. J'aime la conception et la technique, c'est pour cela que j'ai choisi ce métier. Mais, aujourd'hui, être industriel, c'est devenu éprouvant. Nous prenons beaucoup de risques et nous sommes de moins en moins bien rémunérés par rapport à la finance. Pour réussir, nous devons avoir des locaux, des machines, du personnel formé, il faut mettre en oeuvre des processus, des matières, etc. Et à la fin, si le produit n'est pas conforme, on a tout perdu ! »
Inventive
DOMINIQUE BOURG
Philosophe, professeur à l'université de Lausanne, membre du comité de veille écologique de la Fondation Hulot
« J'aime l'industrie car elle est inventive et participe à la création de richesses et d'emploi. Mais je n'aime pas sa financiarisation ou l'impact environnemental de son activité. À l'avenir, je rêve d'une société où l'on a pris conscience de l'impossibilité d'accumuler des objets indéfiniment. Qu'on cesse de les produire en série, qu'ils soient plus rares, plus proches des besoins de chacun, intégrant des services. Pour cela, il faut que l'industrie tourne le dos à la quête effrénée d'augmentation permanente de la productivité du travail. »
Coopération
PATRICK DAHER
PDG du Groupe Daher
« L'industrie, c'est la fierté de sortir de beaux produits. Que ce soit un avion ou une pièce de fuselage, un carré de soie, on obtient un produit que l'on peut sentir au bout de ses doigts et en être fier. Le produit fini est le reflet et la concrétisation de l'intelligence de l'homme. Une intelligence qui vient de tous les acteurs de l'entreprise, du compagnon de l'atelier à la direction générale en passant par le bureau d'études. Pour être plus compétitif, il faut favoriser le travail coopératif. Avec les pôles de compétitivité, les industriels ont appris à mieux travailler avec les acteurs publics, les grandes écoles, les universités... Il reste cependant beaucoup à faire en termes de coopération et de partenariat entre industriels eux-mêmes. »
Classes moyennes
GEORGES JOBARD,
Président de Clextral (Machines-outils)
« La pérennisation des classes moyennes du pays dépend de l'avenir de notre industrie. Celle-ci ne gagnera pas en se battant sur les prix mais en innovant. Les pouvoirs publics doivent aider les entreprises à l'exportation. »
Échanges
FRANÇOIS BERTRAND
Président du directoire de Latécoère
« J'apprécie ce métier de contacts. Les rencontres, les échanges sont riches et variés. Les profils aussi : ingénieurs, cadres, techniciens, ouvriers... Tous travaillent ensemble, en équipe vers un même objectif. Je regrette que les femmes soient si peu nombreuses. Que ce soit aux postes d'ingénieur, de technicien et même d'ouvrier. Notre industrie doit migrer vers l'innovation et donc bénéficier de toutes les ressources de sa population. Il est dommageable que les jeunes filles soient si peu nombreuses dans les écoles d'ingénieurs alors que la parité est déjà une réalité dans les écoles de commerce. Les choses évoluent mais trop lentement. »
Rêve
SERGE ORRU
Directeur général du WWF France
« Je suis très attiré par le monde industriel : c'est à la fois de la technologie, des emplois, de la richesse et de l'imagination. Mais comment produire de la richesse sans détruire le vivant et l'environnement. Et sans piller les matières premières des pays du Sud. L'industrie a quelque chose à vivre : sa métamorphose. Au sommet de la terre de Rio en 1992, il y avait très peu d'entreprises. À celui de Johannesburg en 2002, elles étaient un millier. C'est un progrès, mais l'industrie doit réduire drastiquement son empreinte écologique ; ne pas être le bras armé du jetable mais inventer des produits durables. Il y a encore beaucoup de grenelles de l'Environnement à mener. Comme l'industrie produit beaucoup de gaz à effet de serre, elle doit produire du gaz à effet de rêve ».
Vert
JEAN-LOUIS CHAUSSADE,
Directeur général de Suez environnement
« Ma première expérience professionnelle n'était pas dans l'industrie mais dans la construction, je réalisais un parking, j'en ai gardé le goût du faire. Je vois de la place pour une nouvelle industrie plus verte en phase avec les enjeux de développement durable qui a été reconnu dans le grenelle. Il ne faut pas avoir de l'industrie une image à la papa, avec la vieille usine et la grosse cheminée noire. »
Glamour
ALAIN MIKLI
Créateur français de lunettes
« Aujourd'hui les mots usine et industrie ont des connotations ternes et démodées en France. Ce n'est pas le cas en Italie, où les industriels sont considérés comme de vraies stars. Pour attirer les jeunes, il faut les faire rêver et introduire du glamour. À 55 ans, je vais peut-être devenir un vrai industriel car mes fournisseurs du Jura ont du mal à suivre mon développement et je ne veux pas transférer le savoir-faire en Asie. J'étudie la possibilité de créer ma propre usine en France. »
Mains d'or
JACQUES HARDELAY
Directeur général de STX France
« L'industrie est une affaire d'hommes, c'est la mise en commun de compétences extrêmement variées avec des gens qui ont des mains d'or. Mais l'industrie française a un point faible : sa compétitivité. Pour l'améliorer, il faut davantage de flexibilité sociale. Les 35 heures sont maintenant dans nos gènes. On ne peut plus imaginer travailler plus. Quand il y a un coup de bourre, il est plus difficile de faire venir le personnel qu'en Allemagne ou en Italie. »
L'approche système
XAVIER MICHEL
Directeur général de l'École polytechnique
« Les Français ont conscience de l'enjeu, pour le pays, d'avoir une industrie forte, pour la croissance, l'emploi, la compétitivité. Avant de diriger Polytechnique, j'ai surtout fréquenté les industries de la défense et de la sécurité. Elles ont développé une logique de grands systèmes, sont en contact avec d'autres grandes industries. Cet aspect « intégration de systèmes » intéresse beaucoup nos élèves, leur formation pluridisciplinaire leur permet d'associer des compétences acquises dans plusieurs domaines. Ils voient aussi l'industrie comme un lieu d'innovation technologique. »
Alchimie
FABRICE BRÉGIER
Directeur général délégué d'Airbus
« J'aime l'industrie car on y côtoie une très grande variété de fonctions différentes, compagnons, techniciens, ingénieurs, etc. Une alchimie unique qui m'a tout de suite attiré. Quand j'étais à Polytechnique, j'ai effectué un stage pour le groupe Pechiney au Japon. Ce mélange entre international et monde industriel m'a tout de suite emballé. Mes fonctions en cabinet ministériel m'ont confirmé dans cette vocation. L'industrie est le lieu idéal pour valoriser l'esprit d'entreprise. Elle seule est créatrice de vraies richesses. Si je prends l'exemple d'Airbus, pour un emploi en interne, nous en générons trois chez les sous-traitants, sans oublier les services. »
Immatériel
GUY MAMOU-MANI
Président de Syntec numérique, coprésident du groupe Open
« L'immatériel est l'industrie du futur. Pour sauver les secteurs plus traditionnels, il faut leur permettre de devenir plus compétitifs avec l'aide du numérique. Airbus, le TGV, Essilor doivent leur réussite à l'utilisation d'outils logiciels. »
Coulisse
MERCEDES ERRA
Présidente d'Euro RSCG Monde et fondatrice de l'agence BETC
« J'adore l'industrie. J'aime aller dans les usines de mes clients pour comprendre comment sont fabriqués leurs produits. C'est un tel plaisir de pénétrer dans une usine, de voir comment est produit un yaourt ou une voiture. Les gens aiment connaître les savoir-faire, la manière dont on fabrique. Les consommateurs sont passionnés par la coulisse. Le succès du tourisme industriel en témoigne et je trouve cet engouement génial. Plus généralement, je crois qu'il faut préserver un équilibre entre l'industrie et les services. L'industrie est une protection fondamentale contre les crises. La France dispose de sérieux atouts, notamment ses ingénieurs que les entreprises du monde entier apprécient. Les hommes politiques devraient plus valoriser l'industrie française, ils doivent inventer une fierté pour elle, nous devrions être davantage contents et fiers de nos usines et de nos marques.
Pour résumer, je crois que nous redevenons des enfants chaque fois que nous pouvons constater de nos yeux la capacité de transformation du monde par l'Homme. C'est ce qui se passe au coeur de l'industrie. »

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