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Imprimerie : s'adapter à une baisse structurelle de son secteur

Franck Stassi ,

Publié le , mis à jour le 18/06/2015 À 17H09

Pour résister aux nouveaux modes de diffusion de l’information, des imprimeurs revoient leurs process et se diversifient dans le digital.

Imprimerie : s'adapter à une baisse structurelle de son secteur
Les imprimeurs doivent engager des profils numériques pour renouveler leurs services.

Les menaces qui peuvent bouleverser le secteur de la communication sont légion. L’une des plus redoutées ? La numérisation de l’information. « Pour répondre à cette évolution, nous devons passer d’une industrie de volume à une industrie de projets », explique Bernard Trichot, le directeur de l’Institut de développement et d’expertise du plurimédia (Idep). Les tonnages imprimés par les imprimeries de labeur ont reculé de 5 % entre 2012 et 2013, et la production de périodiques a chuté de 4,6 %, alors que celle-ci représente un tiers du volume imprimé. Seules les commandes d’emballages résistent à cette tendance. L’Idep et le Groupement des métiers de l’imprimerie ont déjà évoqué les options à privilégier pour s’adapter : réduction des coûts, lancement de métiers digitaux... Des pistes qui pourraient inspirer d’autres secteurs confrontés à l’évolution de leur métier.

1 Se recentrer sur un segment rentable

Après un dépôt de bilan en 2001, Chevillon Imprimeur, implanté à Sens (Yonne), s’est progressivement recentrée sur le segment des brochures, suffisamment rentable. Même si « le nombre de publications et la pagination diminuent et que le rythme des parutions s’allonge dans le secteur », la coopérative de Sens a réussi à attirer deux magazines, auparavant imprimés en Espagne et en Italie, en proposant une offre plus qualitative. Dans la foulée, elle a rationalisé son parc de machines. Avec une seule presse offset ayant vocation à fonctionner 24 heures sur 24 en 3 x 8, l’entreprise bourguignonne, qui emploie 34 salariés et réalise 3,7 millions d’euros de chiffre d’affaires, se positionne à contre-courant en se spécialisant sur la brochure. « Nous n’avons pas d’autres machines, le solde de notre parc ayant été vendu. Nous n’imprimons même pas nos propres cartes de visite », ironise Damien Foulon, le directeur général de Chevillon Imprimeur. Deux plieuses et une façonneuse complètent le parc.

2 Réintégrer de la valeur ajoutée

De nombreux imprimeurs ont au contraire cherché à capter du chiffre d’affaires supplémentaire en offrant une palette de services suffisamment large pour répondre aux besoins et fidéliser les clients. à Liévin (Pas-de-Calais), L’Artésienne, une entreprise de 60 salariés, a ainsi investi 7,5 millions d’euros entre 2007 et 2012, pour adapter son parc de machines, avec en particulier une chaîne grand format. « Nous cherchons à réintégrer de la valeur ajoutée en internalisant des marchés pour répondre à l’ensemble des demandes, indique son directeur général, Brian Billaut. Un outil web-to-print permettant aux clients de personnaliser leurs documents en ligne avant leur envoi à l’imprimeur, a ainsi été déployé. » La scop, qui dégage un chiffre d’affaires de 8,4 millions d’euros, assure gagner des parts de marché chez ses clients, le numérique (10 % du chiffre d’affaires) et le grand format (1 %) répondant aux nouvelles attentes. La gestion des stocks et la logistique de l’entreprise sont par ailleurs internalisées. D’autres sociétés complètent leur activité en se rapprochant des métiers de la communication. Dans le même département, Easily Havet Concept Group (50 salariés, 7,2 millions d’euros de chiffre d’affaires) regroupe quatre entreprises : une imprimerie classique, une imprimerie numérique, une agence spécialisée dans les objets publicitaires et textiles personnalisés... ainsi qu’un studio graphique intégré. Le groupe maîtrise l’ensemble de la chaîne, de la conception des supports à leur routage, et conçoit également des sites internet.

3 Revisiter son produit à l’aune des mutations

à Guilherand-Granges (Ardèche), Impressions Modernes, une imprimerie familiale fondée en 1966, qui compte 30 salariés pour 3,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, s’est engagée sur le segment de la communication digitale dès 2006. « L’objectif était d’apporter du contenu numérique par smartphones sur tous les supports que nous fabriquions, et de rendre nos papiers communicants, expliquent Stéphane et Jessie Gelly, directeur développement et innovation et directrice générale. Nous avons donc créé une nouvelle activité : Tag & Play, un intégrateur de tags NFC, RFID et QR codes. Un vrai challenge ! » Ils poursuivent : « Deux ans ont été nécessaires pour développer une plateforme cloud de gestion des contenus et 1 million d’euros ont été investis pour fabriquer une machine spécifique. Nous enrichissons le support papier, pour mieux le conserver. » Tag & Play, qui fonctionne comme une start-up intégrée, représente aujourd’hui 20 % du chiffre d’affaires d’Impressions Modernes et fournit notamment Samsung. « Cette marque nous sert également auprès des revendeurs et de nos confrères. Ce n’est pas une exclusivité réservée à nos clients », insistent-ils.

4 Savoir attirer de nouveaux talents

« Au début, il a fallu un peu de temps pour faire comprendre cette activité, mais l’arrivée de nouveaux profils a permis de décloisonner les services. Nous avons créé cinq postes de développeurs web, experts RFID et ingénieurs qualité. Notre statut d’imprimeur n’attire pas ce type de profils, très recherchés. Nous avons donc noué des partenariats avec des écoles », soulignent Stéphane et Jessie Gelly. Chez IsiPrint (6,5 millions d’euros de chiffre d’affaires), un imprimeur de La Plaine Saint-Denis, « quinze personnes sur trente-sept ne travaillent pas sur des machines techniques. Je regrette que les étudiants en arts graphiques souhaitent tous devenir web designers ! », lance son directeur associé, Jean-François Raynaud. « Nous sommes passés d’une posture d’industrie de production à celle d’entreprise de services numériques », explique pour sa part le directeur des ressources humaines de Jouve, Pascal Manczyk. Les services d’impression ne représentent plus que 30 % de l’activité du groupe. Créé en 1903, il a pris depuis trente ans le virage numérique, en se dotant de trois services supplémentaires : l’externalisation de processus métiers, les solutions IT et les services éditoriaux. « Cette mutation impose de revoir les modes de travail et de faire évoluer les emplois et les compétences de l’entreprise, ajoute Pascal Manczyk. Face au déclin de certains métiers, nous devons les former à de nouvelles aptitudes, comme la gestion de la relation client. Mais il ne faut pas perdre de vue que cela peut être déstabilisant. » Miser sur l’intégration de nouveaux profils digitaux pour accélérer la transmission des savoir-faire est aujourd’hui capital.

L’Imprimerie nationale se convertit à la data

Créée en 1538, l’Imprimerie nationale a elle aussi muté. Le groupe, de nouveau rentable, a vu son chiffre d’affaires progresser de 23 % entre 2013 et 2014, en proposant des solutions adaptées aux nouveaux cycles de vie des documents. Les papiers (d’identité notamment) sont enrichis de puces, tandis que des services « data » proposent de recueillir et de stocker des flux digitaux et physiques, à l’instar des demandes de bourses étudiantes gérées par le Crous. Les courriers peuvent être aussi traités depuis une solution cloud.

 

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