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Imaginer l'industrie du futur

Par Laurent Guez - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3166
EADS Atrium
© AFP/Pascal Pavani/PP

Définir une « nouvelle politique industrielle ». C'est l'ambition de Christian Estrosi. En lançant jeudi dernier les états généraux de l'industrie, le ministre avait trouvé des accents gaulliens, voire « rooseveltiens »... Son « new deal » annoncé suscite bien des attentes. Entre faillites et réductions de coûts, plans sociaux et chômage partiel, l'industrie tire en effet la langue. Déjà, entre 2000 et 2007, nos usines avaient perdu 500 000 emplois. Depuis le début de la récession, ces pertes s'accélèrent. Plus de la moitié des sites recensés dans « L'Atlas des Usines », que nous publions cette semaine, ont réduit leurs effectifs en 2008 (lire notre enquête page 22, ainsi que le classement exclusif des 100 premières usines de France).

DE FORTES ATTENTES

Le malaise social, la peur du chômage et la grippe économique - malgré l'embellie relative - suscitent de fortes attentes. Habilement, Christian Estrosi s'adresse à toutes les parties, secteurs traditionnels et technologies nouvelles, PME et géants industriels, dirigeants et salariés. Pourra-t-il compter sur leur soutien ? Pour l'heure, nul ne veut afficher un enthousiasme qu'il pourrait regretter, si ses idées n'étaient pas reprises ou si les résultats se révélaient décevants. Mais l'accueil est souvent favorable. « Il y a la volonté affirmée de déboucher sur une stratégie industrielle nationale et c'est quelque chose que nous souhaitions depuis fort longtemps », a déclaré Yvon Jacob, le président du Groupe des fédérations industrielles (GFI). Côté syndical, on demande tout de même à voir : « Le discours de jeudi dernier était très politique, estime Philippe Martinez, le secrétaire général de la métallurgie CGT. On ne sait plus où se situe Christian Estrosi sur l'échiquier politique. Quand il dit "il faut refuser le diktat des directeurs des achats", cela m'amuse : cette phrase, je l'ai déjà écrite mot pour mot dans des tracts ! On attend les actes derrière les mots. »

Un poids indéniable...

> L'industrie emploie 3,4 millions de salariés. Avec les services aux entreprises, elle pèse près de 10 millions d'emplois.
> Elle génère 85 % des exportations françaises et 77 % des investissements en R et D.

... mais un réel déclin

> En août, la production industrielle était en retrait de 11,8 % par rapport à celle d'août 2008.
> 100 000 emplois manufacturiers ont été détruits au premier semestre. Entre 2000et 2007, l'emploi industriel a chuté de 15 %.
> La part des produits français dans les exportations européennes a reculé de 25 % en dix ans.

En fait, les fédérations et les organisations syndicales avaient déjà commencé à plancher, en toute discrétion. Depuis juin, l'UIMM (métallurgie) et l'UIC (chimie), en présence du GFI, rencontrent les syndicats pour imaginer l'avenir de l'industrie : flexibilité et sécurité de l'emploi, financement de la protection sociale, compétitivité... Les travaux devraient déboucher sur des premiers résultats fin octobre. Ce n'est pas un hasard si le président de l'UIC, Bernard Chambon (par ailleurs en charge d'une « délibération sociale sur la politique industrielle »), a été choisi par le Medef pour le représenter pendant ces états généraux.

En attendant, leur mise en oeuvre se prépare activement à Bercy. Le Président avait annoncé leur tenue « avant la fin de l'année ». Or, l'opération, qui prévoit un remue-méninge national et des ateliers régionaux (lire l'encadré ci-dessous), est lourde à organiser. Il fallait aller vite pour élaborer le calendrier, consulter les fédérations, les centrales syndicales, bâtir un site internet. Puis constituer un « comité national », groupe d'industriels, de syndicalistes, d'économistes et de sociologues qui piloteront l'ensemble de la démarche. Christian Estrosi le présidera lui-même.

Pour orchestrer l'opération, le ministre de l'Industrie s'appuiera au quotidien sur ses proches collaborateurs. Très en pointe, Michaël Trabbia, directeur adjoint de cabinet, aussi en charge des filières industrielles, Sylvain Roques, conseiller technique, et François-David Cravenne, conseiller spécial du ministre, le politique de l'équipe. Bien sûr, l'Elysée suit le dossier de près : Raymond Soubie, le conseiller social du chef de l'Etat, fin connaisseur des partenaires sociaux, Xavier Musca, secrétaire général adjoint de la Présidence, et Matthieu Louvot, conseiller chargé de l'industrie, sont sur le pont. Plus discret mais hyperactif sur ce dossier qui le passionne, Henri Guaino, conseiller spécial et plume lyrique du Président.

Avant même d'accéder au sommet de l'Etat, Nicolas Sarkozy avait fait du thème de la réindustrialisation un étendard. « L'industrie, c'est lui », titrait récemment « Le Monde ». Les états généraux ont donc intérêt à déboucher sur du concret. Car le grand plan pour l'industrie, qui sera annoncé fin février ou début mars, ce sera encore lui.

Etats généraux, mode d'emploi


Trois mois de concertation devraient permettre d'élaborer une nouvelle politique industrielle. Dans la pratique, dix groupes de travail (innovation, emploi, financement...) vont être constitués au niveau national, autour d'industriels, de partenaires sociaux et experts. Ils seront chapeautés par un comité national. Leurs travaux commenceront début novembre. Les débats se dérouleront aussi dans chaque région, où les préfets vont mettre en place des ateliers sur les thématiques transversales et les points forts régionaux. Une consultation sera menée en outre sur internet (www.etatsgeneraux.industrie.gouv.fr). Un premier point d'étape devrait être établi mi-décembre.

La concertation s'achèvera début février 2010 par une convention nationale à Paris. Nicolas Sarkozy devrait y présenter sa « nouvelle politique industrielle » s'appuyant sur les conclusions des états généraux.

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