Ils s'associent: chimie
Deux groupes dans la course aux pigments colorés
Rhône-Poulenc et Ferro veulent s'associer pour rattraper au vol un marché menacé par l'environnement.
Rhône-Poulenc et l'américain Ferro annoncent leur projet d'association avant même d'en avoir conclu les termes. Anxieux, ils s'empressent d'avertir les fabricants de plastiques qu'ils peuvent leur proposer un nouveau pigment rouge à base de terres rares, avant que le marché ne leur échappe. En effet, habituellement fabriqué avec du cadmium, le pigment rouge disparaît du marché à cause des réglementations sur l'environnement, qui limitent l'utilisation des métaux lourds tels que le cadmium. "Il existe bien un pigment organique rouge qui peut se substituer au cadmium. Mais il ne convient pas pour tous les matériaux, notamment certains plastiques comme l'ABS, les polycarbonates, le nylon, etc.", explique Richard Fitoussi, directeur du projet pigments colorés à la division intermédiaires organiques et minéraux de Rhône-Poulenc. Or l'ABS rouge est par exemple très apprécié des Américains pour les tableaux de bord de voitures ou les caisses de transport des bouteilles de Coca-Cola. Mais les goûts et les couleurs passent avec les modes. Les stylistes peuvent très bien orienter les consommateurs sur d'autres teintes..., et certains marchés "rouges" disparaîtraient alors tout simplement. Espérant combler cette lacune, Rhône-Poulenc a développé un nouveau composé minéral issu des terres rares, le sulfure de cérium, "non toxique et stable à haute température", affirme Richard Fitoussi. Cependant, le groupe chimique ne connaît pas sa clientèle potentielle, et, des fabricants de concentrés de couleurs aux transformateurs de plastiques, les circuits sont complexes. L'alliance projetée avec le groupe Ferro, spécialiste des pigments inorganiques et implanté mondialement, peut donc l'aider à diffuser son nouveau pigment. D'autant que le groupe Ferro y trouverait aussi un intérêt commercial en proposant un produit de remplacement du cadmium. Les deux firmes officialisent donc dès maintenant leurs fiançailles et montent un pilote de fabrication qui entrera en service dans le courant de l'automne. Ils y affineront la mise au point du pigment pour que ses caractéristiques physico-chimiques correspondent précisément aux attentes des plasturgistes. Ensuite, les entreprises envisageront le véritable lancement industriel sur le site de Roches-Roussillon (Isère), qui dispose des unités spécifiques à la sulfuration. Néanmoins, tout n'est pas encore gagné. "Nous discutons la création éventuelle d'une filiale commune pour industrialiser et commercialiser ce pigment coloré", précise Richard Fitoussi. Avant d'en arriver là, il faudra vérifier les débouchés réels du pigment au cérium. En effet, Rhône-Poulenc s'attaque à un marché très étroit. L'ensemble des pigments colorés pour les plastiques représente tout au plus quelque 11 à 12 milliards de francs à l'échelle mondiale, tous coloris confondus. Les pigments organiques ont déjà conquis 80% de ce marché, et il sera très difficile de les détrôner.
Pigments organiques contre pigments minéraux
Les pigments organiques ne possèdent pas toutes les qualités requises pour la coloration des plastiques. Ainsi, si la température d'extrusion dépasse 150°C, leurs coloris virent, alors que les pigments minéraux restent stables. "Les bases organiques résistent mal aux ultraviolets, altèrent la résistance mécanique de certains plastiques, et leur opacité reste faible, contrairement à leurs homologues minéraux", précise Richard Fitoussi. Cependant, les pigments organiques disposent aussi d'avantages appréciables. Par exemple, leur pouvoir colorant est beaucoup plus fort que celui des minéraux. Cela permet d'utiliser de faibles quantités de produit pour obtenir le degré de coloration voulu. Ainsi, même si leur coût, de 300 à 1000francs le kilo, dépasse de deux à six fois celui des composés minéraux, le prix de revient final peut être inférieur.
Les partenaires
Rhône-Poulenc Spécialiste des terres rares
Incluse dans la division intermédiaires organiques et minéraux, l'activité terres rares et gallium de Rhône-Poulenc représente un chiffre d'affaires inférieur à 800millions de francs par an. L'application majeure concerne la catalyse avec l'oxyde de cérium destiné aux pots catalytiques pour automobiles.
Ferro Spécialiste des colorants
Avec un chiffre d'affaires global de 6,2milliards de francs, le groupe nord-américain Ferro intervient majoritairement dans le secteur des additifs et colorants pour porcelaines, céramiques, plastiques, etc. Le groupe bénéficie d'une implantation mondiale, et notamment aux Pays-Bas en ce qui concerne l'Europe.
USINE NOUVELLE - N°2464 -









