ENQUêTE Avec moins d'emplois productifs facilement délocalisables et plus d'activités de haute technologie, la région freine l'érosion de l'effectif industriel.
Comment peut-on percevoir une pointe d'optimisme du secteur de l'automobile - le plus gros employeur industriel francilien avec 46 000 salariés en 2010 -, alors que se précisent les menaces de fermeture du site de production PSA d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ? Pourtant, quelques signes encourageants montrent que les constructeurs continuent de voir leur avenir en Île-de-France et d'y préparer leurs mutations.
Ainsi PSA a-t-il investi 150 millions d'euros dans son usine historique de Poissy (Yvelines) pour assurer la fabrication de la Peugeot 208, dont les premiers exemplaires sont sortis des chaînes en début d'année. Renault de son côté doit démarrer cette année à Flins (Yvelines) la construction de la Zoe, l'un des modèles de sa gamme électrique.
« Un des enjeux de l'industrie en Île-de-France tient dans la manière dont les industries qui se sont développées à la fin du siècle dernier vont réussir à se renouveler. Elles vont rester, mais il faut savoir si elles sont capables de réussir la transition écologique et la manière dont elles aborderont le marché », s'interroge Denis Tersen, le directeur général de l'Agence régionale de développement Paris Île-de-France. Les événements livrent des réponses partielles, mais encourageantes. Certes, PSA devrait dégraisser l'effectif de son technocentre de Vélizy, où il a inauguré, à la fin 2011, le hub de son réseau StelLab (science technologies exploratory lean) qui regroupe plusieurs laboratoires de recherche spécialisés.
GROS TEMPS SUR PSA À AULNAY-SOUS-BOIS
C'est un fleuron de la construction automobile en Île-de-France qui disparaîtrait si la fermeture de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) était confirmée. Les 3 000 salariés du site vivent en apnée depuis l'été 2011 et la révélation par les syndicats d'un document interne détaillant le projet de fermeture. Officiellement, la direction de PSA s'est simplement engagée à produire sur place la Citroën C3 jusqu'en 2014. L'idée d'une reconversion en plate-forme logistique a été évoquée par les syndicats. Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a reçu Philippe Varin, le PDG du groupe, après avoir organisé une table ronde qui a confirmé les craintes des syndicats et des élus. Tous redoutent l'annonce de la fermeture de l'usine d'ici la fin du mois de juillet.
Parallèlement, la communauté automobile s'unit dernière le projet d'institut VeDeCom (véhicule décarboné communicant et de sa mobilité) qui a été labellisé Institut d'excellence dans le domaine des énergies décarbonées (IEED). Il devrait rassembler 300 chercheurs à Satory (Yvelines).
Le groupe Safran a inauguré, à la fin 2011, son établissement de Buchelay (Yvelines), qui accueille les activités de mécanique fine de Turbomeca. Eurocopter, pour sa part, a prévu d'investir 120 millions d'euros pour construire à Dugny (Seine-Saint-Denis) un site de production de pales en remplacement de celui de La Courneuve (Hauts-de-Seine). Air France Industries poursuit aussi son développement. La société a pris livraison à Roissy (Val-d'Oise) d'un banc d'essai pour les très gros réacteurs. Elle va aussi dégager 40 millions d'euros afin de construire une usine pour l'activité aérostructures. « Nous avons fait le choix stratégique de valoriser l'ancrage territorial et de réaliser nos opérations sur un site où nous étions déjà présents », avance Pierre Girault, le directeur qualité, sécurité, environnement et développement durable de la filiale d'Air France.
En faveur de la R&D
La pharmacie, secteur fort dans la région capitale, devrait être renforcée par l'aboutissement du projet Biolaunch de reconversion du site de production de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Estimée à 200 millions d'euros, l'opération permettra à Sanofi de se doter d'outils de production dans les biotechnologies.
Selon Yves Burfin, chargé d'études au Comité régional d'observation du commerce, de l'industrie et des services (Crocis), la technicité des emplois franciliens, et notamment la présence de nombreux centres de R&D, ont, depuis 2008, protégé l'Île-de-France d'une plus forte érosion des emplois industriels. Plusieurs gros investissements concernant les activités de R&D ont été réalisés ou annoncés récemment. En mars, L'Oréal a inauguré à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) son centre de recherche sur les métiers capillaires, dont le coût avoisine 100 millions d'euros. À Aubervilliers, Veolia Environnement a prévu d'implanter son siège social et sa R&D. Cette dernière bénéficiera d'un quart de l'investissement total de 400 millions d'euros.
Sur le plateau de Saclay (Essonne), le projet System X, dédié à l'industrie du numérique - autre secteur en développement - a obtenu un financement de 336 millions d'euros au titre des investissements d'avenir. L'année 2012 voit aussi la livraison de la pharaonique Cité du cinéma, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), chère au réalisateur Luc Besson et élément essentiel du cluster sur l'image en cours de création. Enfin dans le sillage de Disneyland Paris, l'industrie touristique continue d'investir en Seine-et-Marne. En 2013 devrait être lancée la première tranche de Villages Nature, dont le coût est estimé à près de 700 millions d'euros.
EDF installe sa R&D et son campus à Palaiseau
À l'automne sera donné le coup d'envoi de la construction sur le plateau de Saclay du plus grand centre de R&D du groupe EDF, assorti de la réalisation d'un établissement qui constituera le site amiral de l'activité de formation de l'électricien. Plusieurs parcelles, représentant environ 14 ha et proches de l'école Polytechnique ainsi que de plusieurs centres de recherche, ont été sélectionnées sur la commune de Palaiseau (Essonne). Coût de ce projet gigantesque : 380 millions d'euros. Le nouveau centre de Saclay regroupera les équipes de R&D installées à Clamart (Hauts-de-Seine), soit près de 1 000 salariés. Leurs champs d'expertise sont très divers : nucléaire, mécanique, génie logiciel, mathématiques et simulation numérique, économie de l'électricité. On y trouve aussi plusieurs laboratoires expérimentaux dans des domaines comme les machines tournantes, l'électronique de puissance, les téléservices et la maison communicante. Ainsi, 500 000 m² seront construits avec une extension de 100 000 m² pour le seul centre de R&D, auxquels s'ajouteront 25 000 m² pour le campus formation qui comprendra notamment 70 salles de cours et 270 chambres afin d'accueillir jusqu'à 600 stagiaires par jour. L'ensemble immobilier devrait être livré au deuxième trimestre 2015.









