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Il vote verre

Par PAR LAURENT GUEZ - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3244
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Jérôme Fessard, directeur général de Verallia, doit introduire sa société en Bourse le 20 juin. Cette branche de Saint-Gobain, spécialiste des bouteilles et des bocaux, volera bientôt de ses propres ailes. Portrait d'un patron de 56 ans, qui aime le verre et les usines.

C'est la première fois qu'on s'intéresse autant à moi. » Eh oui, en passant de patron de branche à patron tout court, Jérôme Fessard change un peu de métier. L'entité de Saint-Gobain qu'il dirige se prépare à entrer en Bourse, en principe le 20 juin. Rebaptisée Verallia, cette activité de verre de conditionnement - bouteilles de vin et de bière, pots de Nutella et de confiture - sortira ensuite peu à peu de la sphère de Saint-Gobain, qui poursuit son recentrage sur l'habitat.

Depuis quelques semaines, cet ingénieur de 56 ans sort de l'ombre et apprend à s'adresser au « marché ». Face aux analystes, aux gérants de fonds, aux journalistes spécialisés il défend inlassablement la stratégie de Verallia, son « extrême résilience » démontrée pendant la crise. « Ce n'est pas difficile de parler de ce que je connais le mieux, dit-il. Ce n'est guère plus stressant que la pression quotidienne du business. D'une certaine façon, la communication financière s'apparente d'ailleurs à de la vente, exercice que j'adore. La seule difficulté, c'est qu'il faut faire attention à chaque mot. » Nous voilà prévenus. Le verre est fragile. Surtout à la veille de la mise en Bourse. Du coup, il ne laissera rien au hasard. Il vend. Et, à dire vrai, de belle manière : fluide, direct, presque nature... alors que tout est sous contrôle. « Jérôme Fessard est un manager aguerri. Il a acquis une vraie sensibilité au client grâce à son expérience dans la distribution, chez Point P, note Pierre-André de Chalendar, le PDG de Saint-Gobain. Ce n'est pas fréquent d'allier, comme lui, des qualités d'ingénieur et de commercial. Il est aussi opiniâtre. Il a su me convaincre d'investir en Russie et au Chili, alors que je n'étais pas chaud. » Jérôme Fessard a passé plus de cinq ans en Allemagne, où il a dirigé l'emballage de Saint-Gobain. Des Allemands, il a pris la rigueur. « Je suis très exigeant, reconnaît-il, j'aime qu'on me propose des solutions, avec des arguments clairs et synthétiques. Un nouveau four, c'est au moins 50 millions d'euros. On n'a pas le droit à l'erreur. »

Tout au long de sa carrière, il a souvent eu son bureau à l'intérieur de l'usine. « Une usine de verre, c'est magnifique, dit-il. Les opérateurs de base éprouvent une fierté que je n'ai jamais rencontrée ailleurs. Surtout dans la partie chaude. C'est la noblesse de la classe ouvrière. » Cette culture ouvrière, Jérôme Fessard la porte en bandoulière. L'un des sites industriels de Verallia, rappelle-t-il, date de la fin du XIXe siècle et fait partie du groupe depuis 1998. Il a conservé son nom d'origine : VOA, pour « Verrerie ouvrière d'Albi ». Cette usine avait été créée sous forme de coopérative par Jean Jaurès.

Il n'y a pas que le verre dans sa vie. Amateur de tennis et de ski, ce père de trois enfants, dont deux ingénieurs, est un fou d'opéra. Il cultive aussi un drôle de hobby : une collection d'angelots baroques... Une personnalité originale, donc. Mais aussi un fin politique. Il ne tarit pas d'éloges pour Pierre-André de Chalendar, qui est toujours son patron. En bon soldat (au propre comme au figuré, puisqu'il est capitaine de corvette de réserve), il adhère à fond aux valeurs de Saint-Gobain : respect des personnes, engagement professionnel, intégrité, loyauté, solidarité.

En passant par la fonction publique

Comme nombre de patrons français, celui de Verallia est arrivé à l'entreprise en passant par la haute fonction publique. Après Polytechnique, les Ponts et Chaussées et un Master of Science du MIT, il fait ainsi ses premiers pas au ministère de l'Industrie, où il se lie d'amitié avec Patrick Kron, aujourd'hui PDG d'Alstom. En 1983, Jérôme Fessard participe à la création du Fonds industriel de modernisation. Il y apprend à gérer des projets. Ce dispositif fut en quelque sorte l'ancêtre du Fonds stratégique d'investissement (FSI). Clin d'oeil de l'histoire, Gilles Michel, premier patron du FSI, compte parmi ses proches : « J'ai connu Jérôme à Polytechnique, explique Gilles Michel, aujourd'hui PDG d'Imerys, et nous sommes restés amis. En 1996, nous nous sommes retrouvés par hasard au sein de la même division, l'emballage, chez Saint-Gobain. Moi, patron aux États-Unis, lui en Allemagne. C'est un excellent dirigeant, qui ne se prend pas inutilement au sérieux et qui sait fédérer les énergies autour de lui. Avec son air aimable, je peux vous dire que c'est un négociateur redoutable ! » Avec autant de qualités, il était temps qu'il devienne patron.

Gilles Michel, PDG d'Imerys

« C'est un excellent dirigeant, qui ne se prend pas inutilement au sérieux et qui sait fédérer les énergies. Avec son air aimable, je peux vous dire que c'est un négociateur redoutable ! »

EN QUELQUES MOTS

Ingénieur X-Ponts, diplômé du MIT, il estime pourtant que les ingénieurs ne sont pas toujours ingénieux. Entrepreneur Les classes prépa devraient développer davantage le goût du risque. Matériau Le verre, c'est le matériau de rêve ! Le plus propre et le seul entièrement recyclable. Premium Sa stratégie consiste à entraîner Verallia vers les produits à forte valeur ajoutée. C'est pourquoi il délaisse encore les pays émergents.

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