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L'usine Agro

"Il nous faut un grand ministère pour développer une politique de l'alimentation ambitieuse", réclame Jean-Philippe Girard

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Entretien Non respect de la loi par la grande distribution, transparence sur les prix, étiquetage nutritionnel négocié ce jeudi avec Marisol Touraine, réformes nécessaires... L’Usine Nouvelle a interrogé Jean-Philippe Girard, le président du syndicat de  l’industrie agroalimentaire,  l’Ania. La première industrie de France présente ce 16 mars ses propositions aux candidats à l'élection présidentielle.

Il nous faut un grand ministère pour développer une politique de l'alimentation ambitieuse, réclame Jean-Philippe Girard

L'Usine Nouvelle - L'agro-alimentaire est la première industrie française. Pourtant, les candidats à la présidentielle n'évoquent que l'amont de la filière. Pourquoi ?

La France a une grande tradition agricole et la situation de certaines filières d'élevage a connu de vrais problèmes. Les politiques français ont une tendance naturelle à parler agriculture à la place d'alimentation. Je pense qu'il ne faut pas opposer l'agriculture à l'agroalimentaire mais les penser ensemble dans le cadre d'un modèle commun et global au service des consommateurs. Nous achetons plus de 70% de la production agricole française. Nos destins sont liés et nous partageons les mêmes ambitions. Ce n'est qu'unie que notre belle filière française gagnera.

"2017 doit être l'occasion du réveil de la filière alimentaire ", dites-vous. Qu'attendez-vous des entreprises...

Des entreprises agroalimentaires, j'attends de l'audace et de l'initiative. Cela passe d'abord par de la fierté d'être industriel. Ensuite, cela nécessite de la responsabilité car être le premier employeur industriel de France nous engage vis-à-vis des jeunes, et être au cœur de la chaîne de valeur de l'alimentation nous engage vis-à-vis des consommateurs. Enfin, nous devons placer l'ambition au centre de notre modèle par le développement de l'innovation et de l'internationalisation.

… Et de notre futur(e) président(e)?

J'attends une vision globale sur l'alimentation afin d'apaiser les relations tendues que nous entretenons avec la grande distribution, d'accompagner les entreprises à créer de la valeur en les délestant des normes absurdes et des taxes fantasques, en continuant à diminuer les charges sur salaires et la pression fiscale, en soutenant leur développement et en leur facilitant leur démarches administratives.

Vous appelez à la création d'un grand ministère de l'alimentation.  Le ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll n'a donc pas été à la hauteur à vos yeux?

Ce grand ministère pourrait développer une politique de l'alimentation ambitieuse et cohérente impliquant l'ensemble des acteurs de la filière. Il pourrait projeter une vision sur le long terme, s’appuyer sur l’ensemble des expertises publiques : comme par exemple le Conseil National de l’Alimentation, lieu de dialogue entre toutes les parties prenantes, auquel il faut redonner plus de poids.

Il pourrait aussi contribuer à rapprocher les producteurs des consommateurs comme l'Ania l'a proposé avec son Nouveau Pacte Alimentaire en 2016 (voir le pacte). Stéphane Le Foll a été le ministre de l'agriculture. Il nous faut des politiques plus globales allant de la fourche à la fourchette, et de la fourchette à la fourche. Nous avons besoin d'union et d'actions pour faire gagner la France.

Vous visez 200 milliards d'euros de chiffre d'affaires, 500 000 emplois, et 10 milliards d'excédent commercial. A quel horizon et à quelles conditions ?

Bien entendu, une ambition économique et des emplois associés ne se décrètent pas, ils se conquièrent par les entreprises sur le terrain jour après jour. Nous pouvons imaginer un cap à atteindre collectivement. C'est une vision de long terme qui dépasse évidemment le temps politique, c'est à dire un mandat de cinq ans. Cela dit, nous ne sommes pas non plus dans de la futurologie à vingt ans. Nos douze propositions contribuent à créer les conditions de cette ambition. (voir encadré)

Vos entreprises appellent à supprimer la loi LME pour sortir de la guerre des prix avec la grande distribution. En contrepartie, vont-elles répondre à l'effort de transparence sur leurs marges et les prix demandé par le gouvernement ?

J'ai toujours été pour une transparence dans le cas où elle renforce la confiance entre les partenaires. Il ne faudrait pas que la grande distribution s'en serve comme un levier supplémentaire pour faire pression sur les prix. Notre métier de transformation a beaucoup de valeur et il ne faut pas la nier ou la réduire. De plus, la transparence doit être réciproque. Mais avant cela, il me semble tout aussi nécessaire que les enseignes de la grande distribution respectent la loi. Les récentes assignations et condamnations montrent que ce n'est malheureusement pas encore acquis.

Et pour offrir plus de garanties aux consommateurs, croyez-vous au système d'étiquetage nutritionnel retenu par Marisol Touraine ?

Je crois qu'il est important d'améliorer l'information nutritionnelle des consommateurs. C'est la raison pour laquelle l'Ania a participé à la concertation menée par le ministère de la Santé. Nous devons d'ailleurs discuter aujourd’hui des résultats de l'expérimentation avec l'ensemble des parties-prenantes. J'ai compris que la ministre avait une préférence. D'application volontaire, il est important de trouver un système fiable et efficace qui puisse bénéficier de l’adhésion du plus grand nombre d'acteurs pour le rendre possible. Mieux informer sans infantiliser les consommateurs reste un défi à surmonter ensemble.

Allez-vous jouer le jeu et l'appliquer ?

L'information des consommateurs n'est évidemment pas un jeu. Nous prenons les réflexions et les travaux de la concertation avec beaucoup de sérieux, notamment les résultats de l'expérimentation et le dernier avis de l'Anses. Dans ce cadre, nous maintenons notre implication dans le dialogue en cours et nous attendons la présentation officielle des résultats pour les analyser avec nos adhérents. L'application future du dispositif choisi relèvera de la décision de chaque entreprise. Comme l’administration, l’Ania restera évidemment vigilante sur la conformité du dispositif choisi avec le cadre réglementaire européen pour que l’initiative soit pérenne.

Propos recueillis par Gaëlle Fleitour

 

Les principales requêtes de l’industrie agroalimentaire

L'agroalimentaire est le premier secteur industriel français avec 172 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, près de 17 650 entreprises et 427 200 emplois. Ses trois propositions phares, pour Jean-Philippe Girard : "Changer la loi LME qui régit depuis 2009 les relations commerciales avec la grande distribution et qui a pour effet de détruire de la valeur. Simplifier les normes et instaurer un véritable moratoire fiscal pour les entreprises agroalimentaires. Renforcer l'accompagnement des pouvoirs publics sur l'innovation, la modernisation et l'exportation, avec une attention particulière pour les PME et ETI qui représentent 98% de notre secteur." Malgré un solde commercial positif de 7,2 milliards d’euros, le secteur a en effet vu l’an dernier ses exportations baisser, et seulement deux entreprises sur dix vendre à l’étranger.

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