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Il ne faut pas désespérer l'industrie

Le 22 février 2007 | L'Usine Nouvelle n° 3044

Une chronique de Dominique Dambert et Didier Adès, producteurs de « Rue des entrepreneurs » sur France Inter.

Sus au chômage ! Depuis le temps que l'on répète le mot d'ordre ! Les candidats à la présidence de la République, une fois encore, en font un cheval de bataille. Les potions proposées donnent bien l'impression que leurs analyses sont un peu courtes. Il faudrait mettre en parallèle offres d'emplois et pénurie de main-d'oeuvre. Tous les secteurs ou presque sont logés à la même enseigne. Dans l'industrie par exemple, 20 % des offres d'emplois ne sont pas satisfaites. Depuis quinze ans au moins, les campagnes de séduction pour attirer les jeunes sont loin de répondre aux attentes.

Il est vrai que délocalisations et restructurations qui sont le lot quotidien de l'information ternissent l'image de l'industrie et induisent un avenir incertain.

De plus, le travail à l'usine ne correspond pas aux valeurs que les jeunes se font de l'épanouissement au travail et hors travail. Etre ouvrier aujourd'hui, même qualifié, n'est plus une référence dans l'échelle des valeurs sociales. Plus encore, c'est l'industrie qui doit redorer son image. Les grandes écoles d'ingénieurs alimentent de plus en plus la finance ou le conseil au détriment de l'industrie. Les métiers techniques n'ont pas bonne réputation. Les industriels eux-mêmes reconnaissent qu'ils n'ont pas su « vendre » leur image. Ils n'ont pas su vendre la nouvelle réalité de l'industrie qui est moins pénible, qui a moins les mains dans le cambouis, qui est moins routinière, qui laisse plus d'espace à la responsabilité (qui est donc moins soumise à l'omniprésence de la hiérarchie), qui est mieux rémunérée. Et, en plus, elle offre des possibilités d'évolution de carrière.

Il est vrai que les entrepreneurs eux-mêmes ont toutes les raisons d'être prudents. Les carnets de commandes sont difficiles à remplir. Très souvent, l'activité est cyclique, alors que leurs charges sont permanentes. Cercle vicieux aussi quand des commandes se présentent, il n'est pas exceptionnel qu'ils aient du mal à y répondre, faute de main-d'oeuvre.

Les grands groupes, dans les années 80, ont été sous l'oeil des médias. Ils ont dû se restructurer, à l'instar des sous-traitants (aujourd'hui équipementiers) de l'automobile. Nouveaux produits, nouveaux modes de production, nouvelles compétences et incapacités à anticiper socialement les mutations...

Depuis trente ans, les politiques cherchent à éteindre l'incendie. Ils ont d'abord poursuivi le fantasme de la grande usine qui, d'un seul coup d'un seul, relancerait région et filière comme Toyota à Valenciennes. Aujourd'hui, ils entonnent le cantique de l'économie de la connaissance qui devrait permettre de renouer avec la croissance et créer des emplois. Ce nouveau modèle peut-il prospérer sans activité de production ? Doit-on produire à proximité des centres de recherche ou à proximité des marchés ?

Avoir de l'ambition est une nécessité, à condition d'arriver à la faire partager. Le discours pessimiste qui pleure sur les gloires d'hier doit laisser la place à un pragmatisme sans idéologie. Par exemple, la France occupe une place de premier plan sur le marché européen des tuiles, notamment en terre cuite. C'est une industrie naturellement locale, d'innovations technologiques et le fait de grandes et moyennes entreprises.

Ce n'est pas un cas isolé. Etre proche de ses marchés, produire avec des compétences pour améliorer la qualité, la recette commence à prendre. D'autant qu'elle permet de conserver les savoir-faire, grâce aux liaisons université-industrie. Les lycées professionnels et les entreprises travaillent chaque jour un peu plus ensemble. Intérêt mutuel bien compris, quand Hermès, par exemple, a implanté dans les Ardennes un atelier de sellerie, en partenariat avec le lycée professionnel Armand-Malaise de Charleville-Mézières. L'emploi est assuré à la fin de la formation si l'élève répond avec succès aux exigences de l'entreprise. Mais attention aux disparités locales ! Certaines formations, faute de débouchés, ont fermé. Et quand il faut répondre à une demande ponctuelle, les travailleurs ne sont pas dans le bassin d'emploi.

Malgré les discours sur la désindustrialisation, il existe encore un tissu d'entreprises dense et vivace en France...A condition qu'elles sachent s'adapter techniquement et socialement, sans que l'Etat n'alourdisse un peu plus la barque, le travail dans l'industrie pourrait même être une valeur en hausse !

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