Il n'y a pas que le nucléaire...

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3282
 STEPHAN CONSTANCE, PDG d'Allures Yachting
STEPHAN CONSTANCE, PDG d'Allures Yachting
© D.R.

  Historiquement terre de grands donneurs d'ordres, Cherbourg s'est engagé depuis plus de dix ans dans une stratégie de diversification, qui a insufflé une nouvelle dynamique à son bassin d'emploi.

Bernard Cazeneuve, le député-maire PS de Cherbourg, s'amuse à dire qu'il est « certainement le seul socialiste de France dont le projet consistait à faire émerger une bourgeoisie ». Très au fait de la chose industrielle, l'élu veut signifier par-là que sous sa gouvernance, entamée en 2001, le chef-lieu de la Manche est passé d'une dynamique de grands donneurs d'ordres à une économie diversifiée, dans laquelle un patronat local, souvent jeune, joue un rôle primordial. Au cours des dix dernières années, 3 000 emplois ont été créés dans l'agglomération cherbourgeoise. Et plus du double dans le Cotentin, l'une des seules régions de France où l'activité industrielle ne baisse pas ou peu.

 

Une volonté d'excellence

Les grands chantiers comme celui du réacteur EPR, à Flamanville, ne sont bien sûr pas étrangers à cette résistance. Mais les PME et les PMI y contribuent pour une bonne part. La croissance du groupe Éfinor est à cet égard emblématique. Fondée en 1988, cette société a su s'appuyer sur ces grands chantiers pour se développer en amont comme en aval de son activité première : le travail du métal. Vingt-quatre ans plus tard, Éfinor emploie 500 salariés et explore les champs de la métallurgie de pointe au service de secteurs aussi divers que le nucléaire, la construction navale, le bâtiment, le ferroviaire, l'aéronautique, l'aérospatiale ou l'armement. La branche ingénierie du groupe vient de mettre en place un département animation 3 D pour ses projets clients.

Les industries de la mer apportent également leur part au développement économique de la cité. La filière cumule 2 600 emplois dans le Cotentin, ce qui est loin d'être négligeable au regard des 5 700 emplois du nucléaire (DCNS, EDF, Areva). La filière agromer est en plein développement, tirée vers le haut par des entreprises comme le laboratoire Dielen, spécialisé dans les compléments alimentaires, ou Saumon de France et sa ferme aquacole unique dans l'Hexagone. Avec sa centaine de salariés, cette entreprise est en train de gagner son pari : relancer la production d'un saumon français de grande qualité. Avec un autre projet avant-gardiste dans sa mire : la valorisation des coproduits (excédents de pêche et invendus), qu'imposera une directive européenne à compter de 2014.

Même dynamisme au sein de la filière nautique : dans le sillage des CMN (Constructions mécaniques de Normandie), un chantier comme Allures Yachting est devenu le leader européen des voiliers de grand voyage [lire l'interview page 43]. Quant au fabricant d'enrouleurs de voiles Facnor, il fait référence sur la planète entière. Tous ces industriels savent ce que leur réussite doit aux responsables locaux. « On est toujours mis dans la boucle des discussions, explique Alexis Jourdain chez Éfinor. On s'inquiète de nos besoins en formation au regard des métiers en tension. » Franck Gouix, le patron de Saumon de France, tient le même discours : « Nous avons en face de nous des gens à l'écoute et qui s'impliquent. Il y a ici une volonté de tirer vers l'excellence. » Depuis quelques mois, la filière nautique dispose d'une nouvelle infrastructure dans la zone industrialo-portuaire des Mielles : un plateau technique doté d'engins de levage. Sept entrepreneurs du secteur avaient identifié un potentiel de développement de leur activité. Les pouvoirs publics ont immédiatement suivi.

 

Mieux accompagner les projets

Deux cellules de coordination ont été mises en place sur le territoire de la communauté urbaine de Cherbourg (CUC) : un groupe de veille économique et sociale et un autre de développeurs. Le premier, animé par le sous-préfet de Cherbourg, réunit les services de l'État, Pôle emploi, la Maison de l'emploi et de la formation du Cotentin, les organismes consulaires, les collectivités territoriales, le syndicat mixte Ports normands associés et la technopole Cherbourg-Normandie. Il a pour objectif l'échange et le dialogue. Le second, animé par la CUC, rassemble des techniciens. Il a pour but de définir le meilleur mode opératoire pour l'accompagnement des projets de développement.

Jean-Michel Houllegatte, le responsable du développement économique à la CUC, évoque « un réseau unique à entrées multiples. On vend plus que la lumière ». La Communauté d'agglomération dispose, sur son territoire, de 90 hectares de parcs d'activités. Quelque 200 PME, totalisant 2 800 emplois, y sont implantées. Trente hectares supplémentaires sont dans les cartons. En matière d'enseignement supérieur, IUT, BTS, licence professionnelle GSI et école d'ingénieurs (Esix) font désormais partie de l'offre cherbourgeoise. Depuis un an, un blog fait même la synthèse de toutes ces informations, toujours pour faciliter le lien.

Pour le port de Cherbourg, le XXIe siècle sera industriel ou ne sera pas ! Faute d'un hinterland, son avenir passe par le développement des énergies marines renouvelables. Le consortium EDF-Alstom a retenu le site de Cherbourg pour l'implantation d'une unité de production d'éoliennes offshore. Le Nord-Cotentin est également en pointe pour les hydroliennes, le raz Blanchard représentant à lui seul la moitié du potentiel hexagonal ! Dans la perspective d'un appel d'offres de l'État annoncé d'ici à 2014, DCNS, qui vient d'entrer au capital d'OpenHydro, s'est déjà positionné en réservant des espaces sur le port. Les deux projets pèseraient alors 1 400 emplois !

2 600 C'est le nombre d'emplois cumulés dans les industries de la mer du Cotentin.

 

 

STEPHAN CONSTANCE, PDG d'Allures Yachting

 

« Cherbourg s'est imposé comme une évidence »

  • Pourquoi avez-vous choisi Cherbourg?

À l'origine, en 2003, Allures Yachting n'était qu'une start-up. Nous avions identifié une opportunité de marché sur un concept très spécifique, les voiliers de grand voyage. Mais tout restait à construire. Nous avons alors entrepris un tour des côtes françaises. Deux éléments nous ont attirés à Cherbourg : on pouvait s'appuyer sur un grand frère industriel, les CMN, qui proposaient de nous héberger ; et on sentait les collectivités territoriales réellement motrices sur le sujet.

  • Quel soutien avez-vous reçu des pouvoirs publics?

On nous a aidés à trouver des partenaires industriels. Sur le financement, on a pu faire une présentation unique, en sous-préfecture, avec tous les acteurs autour de la table. À l'arrivée, les aides remboursables ont représenté la moitié de notre mise de départ. En un mot, la sphère publique a rendu possible un projet privé.

 

  • Neuf ans après, où en est Allures Yachting?

Nous sommes désormais installés dans la zone industrialo-portuaire des Mielles. Nous avons réalisé deux opérations de croissance externe avec le rachat des chantiers Garcia à Condé-sur-Noireau (Calvados), et Outremer à La Grande Motte (Hérault). Actuellement, le groupe compte 95 salariés et réalise un chiffre d'affaires annuel de 10 millions d'euros. Nous tablons sur un doublement de notre activité dans les trois à cinq ans.

 

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