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Il faut reconvertir les salariés

Le 28 janvier 2010 | L'Usine Nouvelle n° 3177
Grenelle environnement BTP
© D.R.

Où chercher les employés adaptés aux métiers de l’environnement? D’abord dans les activités traditionnelles. Ce qui place la formation au coeur de la croissance verte.

L’emploi vert n’existe pas que dans des rapports ministériels. Dans les agences d’emploi et d’intérim, le téléphone sonne désormais pour embaucher. « Les métiers de l’environnement devraient croître de 6% par an », indique Marie-Dominique Straforini, la responsable des métiers de l’environnement de Randstad. Cette progression, sur un marché de l’emploi morose, concerne avant tout la collecte des déchets et l’hygiène, avec des profils peu qualifiés. Cependant, une demande accrue se manifeste de la part du secteur de l’eau et des énergies renouvelables. « On nous demande de nouveaux profils, comme des diplômés en génie biologie. Dans la mécanique, nous recyclons dans l’éolien des techniciens qui travaillait pour l’aéronautique », précise encore Marie-Dominique Straforini. De son côté, Pôle emploi identifie 14000 emplois verts ou « verdis » qui ne trouvent pas preneurs. En cause, le manque de personnels formés. Or, les entreprises ne peuvent attendre qu’arrivent à maturité des générations de salariés formatés « greentech » et « green attitude ».
 
Dans un avis rendu public le 25 janvier, le Conseil d’orientation de l’emploi souligne d’ailleurs que « toutes les filières indiquent qu’à l’horizon de dix ans, il n’y aura que très peu de nouveaux métiers liés à la croissance verte (...), mais cela nécessitera de former les personnes pour qu’elles acquièrent des compétences complémentaires ou de réviser l’organisation du travail ». C’est pourquoi Randstad formera dès cette année des jeunes CAP et bac+2 aux métiers de l’environnement.

Les marchés de l’efficacité thermique du bâtiment illustrent parfaitement les évolutions à mener. Pour assurer l’isolation extérieure, le façadier doit se faire plaquiste et vice-versa. Pour poser du photovoltaïque solaire, l’électricien doit maîtriser la charpente –l’expertise du couvreur– et le couvreur doit, de son côté, intégrer les subtilités du courant continu. Quant au chauffagiste, il lui revient de maîtriser l’ensemble du mix énergétique. Comme l’explique Alain Mahé, le directeur du département BTP à l’Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes), « la majorité des emplois impose de recombiner des expertises éparses ». Lorsque les marchés ne sont pas nouveaux, ce sont les processus de conception et de fabrication qui le sont. Les industries chimique ou manufacturière, impactées par l’écoconception, la sobriété énergétique, le recyclage, sont contraintes d’adapter les compétences d’un grand nombre de salariés. La démarche est impérative car il s’agit de se conformer aux réglementations et certifications qui fleurissent. Valeo Services vient ainsi de lancer un plan pour certifier et former avec l’Afpa plus de 1000 réparateurs automobiles au retraitement des fluides frigorigènes.

Aux branches d’identifier leurs besoins

C’est d’ailleurs sur l’Afpa que porte, prioritairement, l’enjeu de la formation continue au niveau national. L’an dernier, sur ses 180000 stages (de une journée à trois cents heures), 40000 concernaient des métiers verts ou «verdis ». Mais l’efficacité de l’action de l’Afpa, comme des Greta (formation continue pilotée par l’Education nationale), est conditionnée par la réactivité des branches professionnelles. A elles, en effet, d’identifier précisément leurs besoins. Le BTP est le secteur le plus avancé. Il bénéficie en outre de dispositifs spécifiques de financement comme le plan FEE Bat (Formation aux économies d’énergies Bâtiment), qui prend en charge les frais de formation des professionnels.

L’UIC (Union des industries chimiques) n’en est qu’à la phase d’analyse des besoins d’évolution de ses techniciens et ingénieurs. Elle finalise pour juin un rapport sur l’évolution des formations. « Nous savons déjà qu’il faudra décloisonner la chimie des matériaux et la biologie et renforcer les compétences en écotoxicologie pour le traitement de l’eau et des sols », explique Daniel Marini, son directeur des affaires économiques. Mais l’exercice pratique de reconversion est délicat pour la branche. Ses innovations de rupture, comme la chimie végétale, ne sont qu’émergentes alors que les réductions d’effectifs sur les activités traditionnelles s’accélèrent dès aujourd’hui. Du côté de l’automobile, on identifie bien la nécessité de convertir des spécialistes du moteur technique à l’électrotechnique mais la question du timing reste floue. Le rythme est suspendu au succès de l’introduction sur le marché des véhicules hybrides et électriques.

Pour piloter plus finement leurs besoins, les entreprises se prennent en charge et s’investissent directement dans la formation. Les grandes, comme Veolia, disposaient déjà de centres de formation internes qu’elles ont dû renforcer. Les petites, comme Sunnco, fonctionnent souvent avec un mix de formations théoriques courtes, internalisées ou externalisées et de compagnonnage sur le terrain entre les anciennes et les nouvelles générations de salariés.

Ouvrir ses propres centres de formation


Pour Thibault Georges, le PDG de Windtechnics, une société d’implantation et de maintenance d’éoliennes de 110 personnes, « la formation sur le tas atteint ses limites. Nous allons doubler nos effectifs cette année dans la maintenance. Nous n’arrivons plus à assurer la productivité et la qualité de la formation des collaborateurs ». Son entreprise vient d’acquérir un terrain de 20000m2 à Bapaume (Pas-de- Calais) pour installer son centre de formation. Elle disposera ainsi de sa propre tour d’exercice et mobilisera par sessions ses formateurs internes, comme ceux de ses fournisseurs de composants. « Aujourd’hui, sur les composants, je dois envoyer mes salariés en Espagne et cela me coûte 20000euros pour six jours avec le voyage et le logement », témoigne Thibault Georges.

Si les entreprises sont prêtes à former pour assurer leur croissance, elles cherchent aussi à intégrer des jeunes qui ont suivi des cursus adaptés. De nombreuses formations ont vu leurs programmes subitement remodelés pour pouvoir adjoindre à leur intitulé la mention « développement durable». La démarche, dictée dans un premier temps principalement pour attirer des étudiants, commence toutefois à se structurer. Les instituts universitaires de technologies (IUT) réfléchissent ainsi à la mise en place de modules « développement durable » dans chacune de leurs formations. Les écoles d’ingénieurs ont déjà commencé, notamment pour les spécialités liées à l’énergie. La filière de spécialisation «génie des procédés » de l’Ensta ParisTech est ainsi rebaptisée «procédés et développement durable » et fait une large place à l’énergie et à l’environnement.

Une offre spécifique encore trop rare

Outre l’effet de mode initial, la coloration verte des différentes formations répond aussi à une demande des entreprises qui veulent diffuser la dimension du développement durable dans tous leurs métiers. « Ce qui sera porteur, ce seront les formations panachées », assure Hélène Valade, la présidente du Collège des directeurs du développement durable engagés (C3D) et la directrice du développement durable de Lyonnaise des Eaux.

Poussées par le Grenelle de l’environnement, des formations ont vu le jour, pour répondre à l’émergence de certains métiers. Comme à l’Ecole des mines de Douai, qui ouvre cette année une spécialisation en « bâtiment à énergie positive ». Quelques diplômes de techniciens sont également apparus. Le lycée technique François-Bazin de Charleville-Mézières (Ardennes) propose une formation enmaintenance d’éoliennes pour les bac+2. Mais cette offre spécifique demeure rare. Il manque encore une réelle visibilité, au niveau de l’enseignement, sur les métiers porteurs liés à l’environnement. Encore un effort pour atteindre les 600000 emplois supplémentaires attendus en 2020.

Anne-Sophie Bellaiche, Thierry Del Jesus et Arnaud Dumas

De nouvelles compétences

Le durcissement des normes et l’impact du Grenelle obligent à davantage de transversalité dans les fonctions et de collaboration entre différents corps de métier. Si tous les profils doivent évoluer pour intégrer cette dimension, quelques compétences sont de plus en plus recherchées:

> Gestionnaire énergétique des bâtiments
> Ecotoxicologue
> Hydrobiologiste
> Environnementaliste
> Mécatronicien
> Intégrateur territorial du développement durable
> Rudologue (analyse de la gestion des déchets).

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