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"Il faut orienter les capitaux vers l'industrie"

Le 04 février 2010 par Propos recueillis par Solène Davesne | L'Usine Nouvelle n° 3178

Les travaux dans le cadre des états généraux de l'industrie viennent de se terminer. Jean-François Dehecq, le président du comité national, dresse pour « L'Usine Nouvelle », un premier bilan de la vaste consultation et rappelle ce que l'on peut en attendre.

Pourquoi la France doit-elle se doter d'une politique industrielle ?

Ces dernières décennies, l'Etat ne devait pas se charger de politique industrielle mais laisser le marché se réguler. La crise économique a tout remis en cause. Aujourd'hui, le diagnostic est clair : la France a perdu des parts de marché, notamment en Europe, ce qui ne peut pas être mis sur le compte du cours du dollar. Redéfinir une politique industrielle est donc une évidence.

Il ne faut pas se battre sur de mauvais terrains mais repenser le modèle économique. Je ne crois pas à la fatalité de la désindustrialisation. Dans l'aménagement de la ville, dans les TIC, dans les transports, nous sommes capables d'inventer et d'exporter beaucoup de choses.

Les états généraux de l'industrie constituent-ils le cadre le plus pertinent ?

On ne peut pas décider d'une politique industrielle contre les citoyens. Là, des gens très différents se sont retrouvés autour de la table, l'ensemble des syndicats de salariés, des fédérations professionnelles, des architectes, des économistes... Cela a permis de dépasser les clivages et de mettre de côté les idéologies. Le débat a été très libre au sein du comité national. La masse d'informations et d'idées collectée est colossale. Attention, l'objectif de ces états généraux n'est pas de se substituer aux instances paritaires ou aux différents organismes déjà en place et qui travaillent sur le financement de la protection sociale, de la formation professionnelle... Leur rôle est simplement de montrer où sont les priorités et quels sont les leviers que l'on peut actionner.

Quel bilan tirez-vous de ces trois mois de débat ?

Je me suis engagé dans cette démarche sans être convaincu que nous allions aboutir. J'ai horreur du consensus mou et il n'était pas question de faire un énième rapport sur l'industrie. Et un état des lieux des forces et des faiblesses est forcément consensuel. Ce n'est pas le cas des propositions qui ont été faites. Dans notre rapport, nous établissons deux catégories : les mesures qui peuvent être mises en place très vite pour renforcer les atouts de ce pays et celles qui demandent à être plus approfondies. D'où l'idée de poursuivre le travail dans une conférence nationale de l'industrie.

Quel serait son rôle ?

Faire des recommandations, mener une consultation auprès des pouvoirs publics et suivre les mesures mises en place. La réglementation, la flexisécurité, la fiscalité, la participation des salariés dans la stratégie des entreprises sont des thèmes importants. Mais impossible en deux mois et demi, de sortir un rapport définitif sur ces questions. On ne peut pas demander aux partenaires sociaux d'être ouverts aux transformations sociales sans transparence. La négociation ne peut pas se faire à sens unique. L'industrie est aussi une question de filières et un énorme enjeu au niveau des territoires. Nous avons été très frappés par la mobilisation des régions. Beaucoup ont organisé cinq voire dix ateliers sur des problématiques spécifiques.

La dynamique peut-elle retomber ?

Mon pronostic est non. Il y a eu trop de gens investis, trop de sérieux dans les propositions. S'il n'y avait pas un suivi « officiel » de ces états généraux, je pense qu'il y aurait de toute manière un « autosuivi » par les participants eux-mêmes. L'une des réussites de ces états généraux est d'avoir fait se rencontrer des gens qui travaillait parfois à quelques kilomètres les uns des autres mais ne s'étaient jamais parlé.

Quelles sont les mesures que vous retiendrez ?

Il faut stimuler la recherche et l'innovation. Pour beaucoup de gens, il n'y a que la recherche qui compte. Mais l'innovation est une chose très compliquée. Le produit commercialisé doit correspondre à un marché, prendre en compte la propriété industrielle... Les pôles de compétitivité sont très jolis. Mais quand cinq ou six pôles sont positionnés sur le même créneau, le vrai problème, c'est de les mettre en réseau. L'autre priorité est d'orienter les capitaux vers l'industrie. C'est l'idée de la banque de l'industrie. Certains au sein du comité national prônaient un organe public de financement. Personnellement, je ne pense pas qu'on puisse demande à l'Etat de financer plus. Les financements doivent aller plus facilement vers l'industrie. Or, il y a des freins majeurs sont posés par les règles prudentielles de Bale II ou de solvabilité, qu'il faut résoudre. L'industrie n'est pas qu'une question d'argent. Un meilleur usage des dispositifs existants, une meilleure évaluation des réglementations, des normes peut lever les freins.

Le milliard d'euros que Nicolas Sarkozy a décidé de réserver aux conclusions des états généraux est-il suffisant ?

Si le sort de la France pouvait se résumer aux 35 milliards d'euros injectés par le grand emprunt, cela se saurait. La question est plutôt : comment peut-on réorienter des centaines de milliers d'euros voire des milliards vers l'industrie ? C'est au moins autant une question d'état d'esprit que de sous.

Quelle est la marge de manoeuvre des pouvoirs publics face aux stratégies de groupes privés comme Total ou Renault ?

Quand on aide un certain nombre de gens à se sortir des difficultés, on peut être en droit d'attendre des choses en retour. A titre personnel, en trente-cinq ans à la tête de Sanofi-Aventis, je n'ai jamais fait de plan de licenciement. Et le navire s'en porte bien.

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