"Il faut faire attention à ne pas détourner le bâtiment de ses fonctions premières"

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Bâtiment HQE intelligent
© Pascal Guittet - L'Usine Nouvelle

  Directeur de l’activité construction et expert en "green building" chez Bureau Veritas, Mickael Sigda livre à L’Usine Nouvelle sa vision du bâtiment intelligent, et des écueils qu’il doit éviter. Entretien en complément de notre enquête publiée dans notre numéro du 13 septembre 2012.  

L'Usine Nouvelle - Comment définissez-vous le bâtiment intelligent ?
Mickael Sigda - Il est difficile de donner une définition très précise mais l’on peut dire que c’est un bâtiment capable de s’auto-réguler et d’auto-mesurer ses performances. Son objectif est d’améliorer l’habitabilité et les conditions de travail de ses occupants, de minimiser son impact sur l’environnement et d’optimiser son coût global. Mais au fond, ce qui m’intéresse le plus en tant que spécialiste de la prévention des risques, c’est plutôt ce que le bâtiment intelligent ne doit pas être, à savoir être détourné de ses fonctions premières.

Trop d’intelligence peut-elle nuire au bâtiment ?
Trop d’intelligence peut détourner le bâtiment de ses fonctions de base : stabilité, solidité, étanchéité, habitabilité… La recherche à tout prix de l’efficacité énergétique peut par exemple conduire à dégrader les conditions sanitaires si l’isolation du bâtiment, qui prend parfois l’allure d’un "thermos", nuit au recyclage de l’air et donc à sa qualité. L’intelligence génère aussi de la complexité qu’il faut savoir gérer, des équipements supplémentaires qu’il faut maintenir et entretenir, avec des surcoûts à la clé.

L’accent mis sur la performance énergétique ne masque-t-il pas d’autres aspects importants du bâtiment ?
On a mis l’accent sur l’énergie, surtout en Europe et encore plus en France car c’est une problématique essentielle. Mais aussi car les financements et les gains peuvent se calculer plus facilement. C’est plus visible que les déchets ! Ce serait pourtant réducteur de se limiter à la performance énergétique. Dans l’outil d’évaluation Green Rating que nous avons créé, 6 indicateurs sont pris en compte : la consommation énergétique, les émissions de CO2, les déchets, le confort intérieur, la consommation d’eau et les transports autour du bâtiment.

Sait-on vraiment garantir les performances d’un bâtiment ?
La difficulté vient de qu’il faut distinguer les performances intrinsèques d’un bâtiment de ses performances en utilisation. Les premières, qui sont par exemple celles que définit en France la Réglementation thermique 2012, peuvent être calculées à la conception et effectivement réalisées. Mais elles ne tiennent pas compte de l’utilisation au jour le jour du bâtiment. Pour accéder aux performances réelles, la mesure est essentielle. Il faut installer de multiples capteurs et compteurs, avec des personnes pour exploiter les données recueillies et maintenir ces équipements. Enfin, l’utilisateur du bâtiment doit échanger régulièrement avec son propriétaire. C’est l’une des avancées du bail vert français.

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