"Il faut connecter les politiques climatiques et industrielles"
Par Astrid Gouzik - Publié le
ENTRETIEN Après avoir remis son rapport à la ministre de l'Ecologie le 2 novembre, le comité "Trajectoires 2020-2050" attendait qu’il soit examiné en Conseil des ministres, ce 9 novembre. Rendez-vous manqué. Le gouvernement indique qu’il sera examiné "dans les prochaines semaines". Christian de Perthuis, président du comité et professeur d’économie associé à l’Université Paris-Dauphine, détaille pour L’Usine Nouvelle les mesures du rapport.
L'Usine Nouvelle - Vous avez exploré différents scénarii afin de mettre en place des mécanismes d'incitation pour décarboner l’économie. Quels sont-ils ?
Christian de Perthuis - Nous déroulons deux fils rouges dans cette étude : jusqu’à présent la politique climatique et la politique industrielle étaient peu connectées en France. Nous avons donc réuni des propositions pour coupler à la fois des politiques climatiques, de développement des filières industrielles et une politique de reconversion et de formation des personnels. En effet, s’il n’existe pas de mesures proactive et anticipative sur le marché de l’emploi, les transferts nécessaires ne se feront pas sur les secteurs où s’opèrera une baisse de l’emploi.
Le deuxième levier est une réflexion sur la manière de recycler le produit des enchères pour la partie ETS (emission trading scheme). Les modèles utilisés montrent que si on utilise judicieusement les produits de la valeur carbone, alors on peut avoir un effet net positif.
Néanmoins ces effets apparaîtront seulement si une partie des produits de la valeur carbone est allouée à la réduction des coûts, notamment des coûts salariaux. Et si l’autre partie est affectée pour inciter à l’accélération de la R&D et de l’innovation technologique.
Le rapport présenté à NKM établit un lien entre la réduction des émissions de CO2 et la création d’emplois… Mais comment le miracle se produit-il ?
Par exemple dans l'un des modèles évoqués dans le rapport, celui du mésange, nous avons fait des simulations en supposant qu’il y a un prix du carbone dans l’économie avec un mécanisme de tarification. C’est ce que l’on a appelé la contribution climat-énergie. On affecte son produit à deux usages : à la baisse des charges pour deux tiers, et pour un tiers à l’intensification de l’effort de recherche et développement via le crédit impôt-recherche. Cet effet de bascule permet d’avoir un effet positif sur l’emploi.
Il faut préciser qu’un grand nombre de conditions doivent être réunies. Ce n’est pas mécanique. La première est de mettre en place cette tarification du carbone, la deuxième limite est que l’effet n’est pas absolument instantané. Néanmoins il arrive rapidement si on fait ces transferts. En un ou deux ans, les effets positifs commencent à apparaître. Il ne faut pas attendre 20 ans comme pour le rapport Stern qui prévoit 20 ans pour installer des politiques climatiques dont on retire les bénéfices au bout de 40 ans.
Le rapport devait être étudié en Conseil des ministres mercredi 9 novembre. Son examen a finalement été repoussé. Qu’attendez-vous dans les prochaines semaines ?
Le plus important pour moi, c’est que ce rapport déclenche un dialogue intéressant et constructif entre les différentes parties prenantes. J’attends qu’il puisse éclairer correctement, à partir d’une information complète le débat public, le débat sur l’orientation de la politique climatique. Sur le nucléaire par exemple, nous recommandons d’augmenter l’efficacité énergétique et d’aller vers une diversification du mix énergétique. J’espère que le travail que nous avons fourni va contribuer à alimenter la démarche européenne.

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