" Il faudra attendre 2014..."
Le 08 octobre 2009 | L'Usine Nouvelle n° 3163Pour les 240 participants de notre congrès annuel "Industrie automobile", qui s'est déroulé les 29 et 30 septembre à Paris, le chaud et le froid ont soufflé. Le froid en raison d'une conjoncture peu porteuse, avec des surcapacités en Europe et des perspectives sombres pour les fournisseurs. Le chaud avec tout de même des espoirs de rénovation dans les relations entre les constructeurs tout-puissants et leurs sous-traitants, grâce aux nouveaux outils comme la plate-forme de concertation et d'échanges issue du Pacte automobile. Les orateurs se sont souvent accordés sur un point : personne ne sortira indemne de la bourrasque actuelle. Et les restructurations vont se poursuivre avec leur cortège de fermetures d'usines et de regroupements. En revanche, certaines évolutions de fond peuvent constituer autant d'opportunités pour la filière : la nécessaire réduction des émissions polluantes a déclenché une vague d'innovations dans les moteurs (downsizing, hybrides, électriques), dans l'allégement des voitures et dans les infrastructures autour de l'automobile. De même, comme l'ont souligné plusieurs intervenants, l'une des rares sources de croissance se trouve dans les pays émergents, notamment les Bric. A condition toutefois que les équipementiers et les sous-traitants soient en mesure de suivre les constructeurs dans leurs conquêtes. Car, plus que jamais, la recherche des bas coûts va dominer les stratégies dans la filière.
Sur la conjoncture
Philippe Jean
Chef de l'unité automobile à la Commission européenne
'' Doit-on s'attendre à des fermetures de sites en Europe ? Sans aucun doute. Le taux de charge des usines est en moyenne de 54 %. Et les récentes ouvertures d'usines en Roumanie (Ford) et en République tchèque (Hyundai) ont encore augmenté les capacités de 600 000 véhicules ! ''
Meïssa Tall
Spécialiste automobile d'Ineum Consulting
'' Il faudra attendre 2014 pour retrouver les volumes de production de l'année 2007, d'environ 70 millions de véhicules. Et cela passera par une consolidation de toute la filière européenne largement entamée : en 2009, le taux de faillite dans le secteur a augmenté de 65 %. ''
A propos des relations constructeurs-fournisseurs
Bernard Brasey
Directeur de la stratégie industrielle et risques fournisseurs de PSA
'' Il est certain que nos fournisseurs traversent une crise sans précédent et que le partage des risques n'a pas toujours été équitable. Mais nous avons consacré 160 millions d'euros à ceux qui étaient le plus en difficulté au premier semestre et nous envisageons à peu près le même montant au second semestre. ''
Patrick Bellity
Directeur général du groupe de fonderie sous pression Arche
'' Soit tout le monde réduit sa production et ses effectifs de 40 %, soit il faut faire disparaître d'une manière ou d'une autre 40 % des entreprises pour laisser les meilleures. Et les meilleures, ce seront des unités entièrement automatisées, de 500 personnes avec 50 presses et un chiffre d'affaires de 70-75 millions d'euros. ''
Claude Charrier
Directeur général de la Fédération des industries mécaniques
'' Les marges et le cash dégagés par les sous-traitants étaient largement récupérés par les constructeurs. Il faut en sortir : la compétitivité doit être partagée entre tous les acteurs ! ''
Sur l'évolution de la filière
Bernard Jullien
Directeur du Gerpisa
'' Dans l'automobile, on essaie de faire boire des ânes qui n'ont plus soif. Car, aujourd'hui, il faut de douze à treize mois de salaires pour se payer une automobile, contre huit mois il y a une quinzaine d'années. Qui va encore acheter des voitures très chères et suréquipées ? La crise n'a fait que confirmer ce divorce entre les consommateurs « riches » et les consommateurs « pauvres ». ''
Odile Desforges
DGA de Renault, directrice des ingénieries et de la qualité
'' Chercher la compétitivité uniquement par les volumes, c'est quasiment fini. L'automobile doit trouver de nouvelles sources d'efficacité, comme l'allégement des véhicules ou la réduction du CO2. ''











