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i=CO2, le théorème de l’innovation automobile

Par THIBAUT DE JAEGHER - Publié le
Thibaut de Jaegher, rédacteur en chef
© DR

Les constructeurs ont organisé leur stratégie d’innovations autour d’une seule thématique : l’environnement. Tout se passe comme si les ruptures technologiques proposées par leurs partenaires (Bosch, Faurecia, Valeo…) n'avaient de valeur qu'au regard du nombre de grammes de CO2 qu’elles permettent d'économiser.

Dans les salons automobiles, comme dans tout show digne de ce nom, il y a la vitrine... et les coulisses. Au rendez-vous de Francfort, comme la tradition l’exige, on découvrira, sur les stands, des voitures rutilantes et des concept-car bodybuildés. Mais les vrais enjeux, eux, se partageront derrière, dans ces salles que les marques aménagent pour recevoir leurs partenaires : constructeurs, équipementiers ou sous-traitants. Là, ils ne parleront pas vitesse de pointe, rapport poids/puissance ou positionnement de marques. Non, ils ne se poseront qu'une seule question, la seule qui vaille désormais : CO2, combien de divisions ?

 
Au-delà du bon mot, il apparaît de plus en plus évident que les constructeurs ont organisé leur stratégie d’innovations autour d’une seule thématique : l’environnement. Tout se passe comme si les ruptures technologiques proposées par leurs partenaires (Bosch, Faurecia, Valeo…) n'avaient de valeur qu'au regard du nombre de grammes de CO2 qu’elles permettent d'économiser. Les pneus verts, développés par Michelin ou Pirelli, ont été adoptés car ils permettent de gagner jusqu’à 4 grammes de CO2. Le double embrayage sur des boites de vitesse allant jusqu’à 7 voire 8 rapports, il permet de réduire les émissions de 3%. Le système Stop&Start, qui éteint et rallume automatiquement le moteur en ville, il peut réduire la consommation d’une voiture de 15%.
 
Cette litanie d’innovations pourrait être ânonnée à l’infinie. La chasse au gramme de CO2 est devenue une véritable obsession chez toutes les marques automobiles. Une obsession largement aiguillonnée par Bruxelles. En effet, d'ici à 2015, les voitures neuves immatriculées dans l’Union européenne ne devront pas émettre plus de 130 grammes de CO2 par km et par constructeur en moyenne. A défaut, les industriels devront payer une pénalité financière pour chaque véhicule. On comprend alors pourquoi l’équation i=CO2 (où i est l’innovation) est devenue LE théorème de l’automobile.
 
Cette tendance ne va cesser de s’affirmer. Malgré le lobbying intense que les industriels mènent à Bruxelles, aucun retour en arrière ne semble possible. Récemment, la Commission européenne a plutôt confirmé son engagement. Une nouvelle réglementation, publiée cet été, prévoit même de récompenser les constructeurs modèles en matière d’écotechnologies. La Commission envisage  de donner des quotas d’émissions de carbone aux industriels qui adopteraient très tôt des systèmes permettant de réduire la consommation des véhicules.
 
Dès lors, on comprend mieux pourquoi les constructeurs cherchent, vaille que vaille, à produire des véhicules électriques. Malgré les batteries qui chauffent (parfois jusqu’à l’explosion), malgré sa faible autonomie qui limitera son usage, malgré des infrastructures inadaptés, ces voitures zéro émission auront toute leur place dans les concessions. Logique : il suffira d’en vendre quelques-unes pour qu’une marque réussisse à abaisser sérieusement la moyenne de ses émissions. On vous l’avait dit, i=CO2, CQFD !

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