ENQUêTE 8 milliards d'euros d'investissements pour exploiter le pétrole guyanais (source : Shell)
L'affaire était entendue : une fois les gisements de gaz à Lacq et de pétrole dans le Bassin parisien épuisés, la France ne produirait plus d'hydrocarbures. L'an passé, la production de pétrole s'élevait à peine à 20 000 barils par jour, soit 1% de la consommation domestique... Mais c'était sans compter la découverte de pétrole au large de la Guyane (1 milliard de barils récupérables) ainsi que de pétrole et de gaz de schiste en métropole (2 milliards de barils dans le Bassin parisien, 5,1 milliards de m3 de gaz de schiste dans le Sud). Ces gisements inattendus posent à nouveau la question de l'indépendance énergétique de la France. La possibilité d'une production domestique d'hydrocarbures permettrait d'alléger de 5 à 10 milliards par an la facture énergétique de la France, qui a atteint le niveau record de 61 milliards d'euros en 2011. « Remplacer du gaz russe et algérien par du gaz français serait une très bonne chose », souligne l'économiste Michel Chevalier. D'abord pour les caisses de l'État, qui bénéficieraient de la fiscalité sur l'exploitation. En Guyane, Shell a accepté d'acquitter une taxe de 12% sur son chiffre d'affaires, qui sera répartie à parts égales entre le département et l'État. Les sceptiques diront qu'il faut la comparer au coût d'un éventuel accident environnemental, mais le projet est bien lancé. Un temps menacé, ce dernier est placé sous la protection du chef du gouvernement. Jean-Marc Ayrault a usé de son autorité pour laisser Shell poursuivre ses explorations au large de la Guyane, tout en initiant une réforme du code minier. Justification ? Sous réserve d'une exploitation sûre, les hydrocarbures peuvent être pensés comme des leviers du redressement productif. « Produire des hydrocarbures en France est positif pour l'industrie, les emplois et l'économie française », confirme Philippe Boisseau, membre du comité exécutif de Total.
Le pétrole avance, mais le dossier schiste est pour l'instant bloqué. Le gouvernement de François Fillon avait attribué, en 2008, des permis d'exploration, avant de les abroger en 2011. « Le refus des gaz de schiste au Parlement n'a pas été dicté que par un souci environnemental, mais aussi par le désir de cesser d'être dépendant du pétrole et du gaz », justifie François Loos, le président de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Pour les industriels, ce choix revient à se priver d'un précieux atout. Le nouveau gouvernement veut d'ailleurs rouvrir le dossier dans le cadre de la refonte du code minier. Pour les ministères de l'Environnement et du Redressement productif, « ce chantier sera l'occasion de réexaminer les conditions d'exploration et d'exploitation du gaz de schiste ». À juste titre. Total, GDF Suez, mais aussi Vermillon, Shell, Shuepbach et Toreador, tous étaient prêts à investir des millions d'euros dans des campagnes d'exploration et des milliards pour une éventuelle exploitation des hydrocarbures. Le forage de milliers de puits nécessaires pour exploiter le pétrole et les gaz de schiste pourraient bénéficier aux champions tricolores du secteur : Technip, Vallourec, CGGVeritas, Doris Engineering, Bardot... À méditer : ces dernières années, les gaz de schiste ont suscité près de 45 milliards d'euros d'investissements aux États-Unis, où ont été créés plus de 600 000 emplois. On sait déjà, qu'en cas d'exploitation du gisement de pétrole au large de la Guyane, Shell et Total comptent investir 8 milliards d'euros, avec à la clé, un millier d'emplois.
Avec les énergéticiens, les industriels de la chimie sont sans aucun doute ceux qui souhaiteraient le plus ardemment une exploitation du gaz de schiste en France. Pour eux, l'enjeu est double : la ressource leur servirait pour leurs besoins en énergie, mais aussi en tant que matière première. L'exploitation ouvre la voie à la production d'une grande gamme de plastiques et d'engrais chimiques. Les industriels français voient avec envie la réindustrialisation qui s'opère aux États-Unis, où l'exploitation de gaz de schiste connaît un développement sans précédent et offre à des pans entiers de l'industrie des gains importants de compétitivité.









