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Heuliez cherche à éviter le pire

Par Thibaut De Jaegher, avec Thierry Thomas à Poitiers - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3086

Faute de trouver un partenaire financier, le constructeur et ses 1 360 salariés pourraient clore une aventure industrielle entamée en 1920. Les héritiers jettent leurs dernières forces dans ce combat. Mais ils se sont isolés.

Une bombe se prépare à exploser à Cerizay dans les Deux-Sèvres. Dans ce territoire, aux confins du Choletais et de la Vendée, Heuliez se bat pour sa survie. Depuis octobre dernier, le carrossier s'est mis à l'abri de ses créanciers en activant le processus de la loi sur les sauvegardes. Pour trouver un nouvel actionnaire, en attendant de nouveaux clients.

Né en 1920 à une époque où les Panhard, De Dion-Bouton et autres Hispano-Suiza partaient à la conquête des routes françaises, Heuliez a assemblé la DS Cabriolet, le break XM et la 206 CC. Ce survivant de l'âge d'or de l'automobile, spécialisé dans les cabriolets, ne produit plus que l'Opel Tigra twin-top. Ce qui ne suffit plus à faire face aux charges. Les équipements industriels, pensés pour sortir 200 voitures par jour (en trois équipes), ne produisent que 50 unités. « Nous perdons de l'argent mais nous ne savons pas quelle est l'ampleur du déficit », indique Michel Bourreau, délégué CFE-CGC d'Heuliez. Les derniers comptes disponibles, publiés fin 2006, faisaient état d'une perte nette de 14,5 millions d'euros pour un chiffre d'affaires de 270 millions.

Face à cette mauvaise passe, la famille Queveau, qui détient encore 85 % du capital, apparaît isolée. « Nous nous préparons à un nouveau Matra Romorantin et personne ne lève le doigt », s'insurge Gabriel Artero, le président de la fédération de la métallurgie de la CFE-CGC. Ni les pouvoirs publics ni les constructeurs français ne semblent en mesure de venir à la rescousse de l'entreprise. Les élus locaux se disent impuissants. « En 2006, la communauté de communes a accepté de racheter les bâtiments d'Heuliez pour conforter sa trésorerie. Nous ne pouvons pas aller plus loin », constate Jean Grellier, le député-maire (PS) de Cerizay. Le dossier serait à l'Elysée mais, pour l'instant, aucun secours ne vient du gouvernement.

des erreurs stratégiques

Les constructeurs français ont eux aussi tourné le dos à Heuliez. L'entreprise a pourtant inventé le toit ouvrant rigide. Mais elle a vu PSA, Opel ou Renault se saisir de son innovation pour la produire en interne ou hors de France.

La Mégane coupé cabriolet, qui doit voir le jour en 2009, est symbolique de cette captation. Le carrossier a réalisé toutes les études, développé les prototypes mais a vu la production filer chez son concurrent numéro 1, l'allemand Karmann. La même chose se serait produite avec le coupé 308 RCZ : Peugeot produirait le modèle en utilisant le brevet Heuliez mais confierait l'industrialisation au canadien Magna. « Les constructeurs français nous ont laissés tomber, pense Emile Brégeon, délégué syndical CFDT. Pourtant, Heuliez n'a pas des coûts démesurés par rapport à la concurrence allemande, italienne ou autrichienne. » Interrogés par « L'Usine Nouvelle », PSA Peugeot-Citroën et Renault n'ont pas souhaité s'expliquer. Tous deux se sont réfugiés derrière la confidentialité attachée à chaque lancement de modèle.

Heuliez paie aussi les erreurs stratégiques de ses dirigeants. A trop se concentrer sur les coupés cabriolets, ils ont laissé filer des relais de croissance. Leur volonté de diversification vers l'aéronautique ? Elle a été décidée trop tardivement pour porter ses fruits et maintenant, Airbus réduit son panel de fournisseurs. La bonne santé du marché de l'utilitaire et du véhicule de loisir (5 % à 10 % de croissance par an) ? Le management n'a pas su en profiter. Le véhicule électrique ? Après s'être associé à Dassault pour développer la Cleanova, Heuliez semble en retrait. Le carrossier ne possède plus aucune part de leur ancienne société commune, SVE.

Des critères trop sélectifs

Toutes ces pistes, Gérard Queveau n'a pas voulu les saisir. « L'avenir passe par les coupés quatre places », s'obstine-t-il. Heuliez ne décroche pas de marché ? « A cause de notre petite taille. » « Nous ne sommes pas assez solides financièrement pour engager les investissements inhérents à une nouvelle production », confirme Michel Bourreau, le délégué CFE-CGC.

Ses fonds propres, 18,5 millions d'euros, sont trop faibles pour supporter tout nouveau projet industriel. Le « vieux lion » le sent. Son entreprise est condamnée à trouver un partenaire extérieur. Mais il n'est pas prêt à céder ses parts à n'importe qui, à n'importe quel prix. « Je ne veux pas voir mon entreprise et tout son capital innovation partir à l'étranger », martèle-t-il, fort de ses 750 brevets.

A l'usine, l'inquiétude monte. « Nous entamons notre deuxième tour du monde et nous n'avons ramené aucun contrat pour le site de Cerizay », remarque Michel Bourreau. Depuis l'ouverture de la procédure de sauvegarde, des investisseurs français et des industriels étrangers se sont bien manifestés auprès des administrateurs judiciaires. Mais aucun ne semble convenir aux critères posés par le patron. « J'aurais le dernier mot », martèle Gérard Queveau, arc-bouté sur ses positions. Reste à espérer pour les salariés que son orgueil ne les privera pas d'une issue socialement acceptable. Réponse le 21 avril. .

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