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Haine

Par Par Olivier Jay, directeur déléguéde la rédaction - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3092

Il faut être du même sang pour se haïr autant. Laurence Parisot, la présidente du Medef, a, la première, évoqué des secrets de famille à propos des valises de billets de l'UIMM. Avec ce mot désormais fameux : « Nous savions inconsciemment ». Ceux qui les connaissent depuis longtemps ne savaient pas que Daniel Dewavrin, issu d'une dynastie industrielle du Nord ou Arnaud Leenhart, grande figure du protestantisme, étaient de « sacrés menteurs ». Alors, pourquoi tant de haine dans la famille patronale qui n'a jamais étalé ses bagarres avec une telle violence ?

Longtemps, le patronat a compté sur l'UIMM pour ses sales besognes, quand il fallait se battre devant le danger communiste, hier centre de gravité de la politique française. L'UIMM a soutenu les « bons » syndicats, les mouvements d'étudiants qui aiment l'ordre, subventionné des candidats aux élections (certains, parfois, n'étaient pas de droite), salarié à travers des instituts satellites de futurs parlementaires et d'anciens membres de cabinets ministériels.

C'était la France. Celle où les distributeurs d'eau et les bâtisseurs d'hypermarchés distribuaient de grosses valises. Le PC a disparu. Le monde politique s'est réformé dans les scandales. Quelques élus, parfois brillants, y ont laissé leur carrière. L'UIMM, sûre d'elle et dominatrice, s'est crue au-dessus des lois.

D'autant qu'elle faisait bénéficier le patronat de son professionnalisme hégémonique. François Ceyrac, Pierre Guillen et Denis Gautier-Sauvagnac ont été les grandes figures d'une forme de cogestion à la française qui n'a jamais dit son nom. Là où certains organismes patronaux accueillaient les cadres dont les grands groupes ne voulaient plus, l'UIMM se dotait des "pros", à Paris et dans les fédérations. Payer, nommer les hommes, dire le droit : le péché d'orgueil a tout submergé.

Une page va se tourner. La main qui tient l'épée de Laurence Parisot ne tremble pas. Une main de plus en plus politique. Seul l'avenir dira si la France sociale a progressé en professionnalisme. Ou, au contraire, s'est affaiblie dans cette guerre fratricide.

ojay@usinenouvelle.fr

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