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Guy Degrenne, il ne fait pas que des fourchettes !

Par ADRIEN CAHUZAC - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3255
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Pour diversifier ses revenus, le spécialiste des arts de la table développe une activité de sous-traitance. Il prospecte les salons, notamment allemands, et propose ses compétences dans l'emboutissage de l'Inox à des fabricants du nucléaire, de l'aéronautique ou de l'électroménager.

Des presses qui débitent en cadence des boîtes à combustibles pour Areva, des corps de vérin pour un fabricant allemand de machine-outil alimentaire, des bols en Inox pour un robot mixer haut de gamme Vorwerk... Nous sommes à Vire, au coeur de la Normandie, chez Guy Degrenne. Pour diversifier ses revenus et sauvegarder sa principale usine en France, le spécialiste des arts de la table s'est tourné vers la sous-traitance industrielle de haute précision. Cette activité assure 75 % du travail du site, contre 25 % pour celle, historique, de production de fourchettes et de couteaux. « Fabriquer des couverts en France n'a de sens que si l'on est sur du haut de gamme », justifie Thierry Villotte, le PDG. Depuis son arrivée en 2004 en tant que directeur administratif et financier, il a choisi de développer la sous-traitance industrielle. Un axe aussi stratégique que l'accroissement du réseau de boutiques ou la vente de couverts pour l'hôtellerie-restauration.

Seulement voilà : il n'est pas facile de s'improviser sous-traitant dans l'acier inoxydable, quand on est essentiellement connu pour ses couverts présents sur les tables des Français depuis l'après-guerre. Le développement de ce nouveau business s'est fait progressivement. « Nous fabriquions depuis longtemps pour des confrères dans les arts de la table, explique Thierry Villotte. Nous avons beaucoup travaillé ensuite pour les usines voisines de Moulinex [avant le dépôt de bilan en 2001, ndlr] ». Les pièces embouties, mises au point pour l'ancien leader de l'électroménager, lui offrent alors une reconnaissance sur la maîtrise de l'emboutissage profond de l'Inox.

Pour pousser cette nouvelle activité, une entité autonome avec des objectifs propres a été créée. Depuis l'an 2000, Guy Degrenne Industrie déniche ses clients... parfois par le bouche-à-oreille ! « Au cours de vacances communes, un ami qui est dans l'aéronautique m'a parlé de ses difficultés à trouver un fabricant capable de réaliser une pièce pour la partie froide des réacteurs d'avions, se rappelle le PDG. Il avait fait la tour du monde sans trouver la perle rare. » Pourquoi aller si loin alors que le savoir-faire se trouve... en Normandie. Le contrat est rapidement signé. En parallèle, le groupe nomme un responsable commercial dédié. Et, en 2007, il lance un site internet pour présenter les compétences de Guy Degrenne Industrie.

70 % de l'activité avec des Allemands

La voie royale pour trouver de nouveaux débouchés reste la participation à des salons spécialisés, comme le Midest - le salon international de la sous-traitance - ou la foire de Hanovre. Ce dernier rendez-vous est particulièrement important car 70 % de l'activité est faite avec des Allemands. La PME normande répond aussi à des appels d'offres de grands groupes. Des devis pour les outillages et les pièces sont réalisés. « Soit nous fabriquons en interne la matrice et le poinçon pour l'emboutissage, soit nous faisons appel à des partenaires, selon la complexité de la pièce, indique Philippe Renelleau, le directeur de la production à Vire. Une fois réalisés, ces outillages appartiennent généralement aux clients. »

Pour répondre à leurs exigences, le spécialiste des arts de la table modernise progressivement son outil industriel. Ainsi, 2,5 millions d'euros sont investis en moyenne chaque année dans des machines et des logiciels. L'usine met en oeuvre des technologies de découpe et de soudure laser en trois dimensions issues de l'aéronautique. Et dispose d'un large éventail de presses - mécaniques, hydrauliques, à pilon ou à transfert - allant de 100 à 1 200 tonnes. « Nous réalisons des profondeurs d'emboutis pouvant aller jusqu'à trois fois le diamètre du tube, pour des épaisseurs de tôle atteignant quatre millimètres », souligne Philippe Renelleau. De nouvelles technologies sont intégrées, comme l'hypertrempe sous vide*. Le fabricant achète chaque année de nouveaux robots pour effectuer des opérations de polissage ou de soudure, auparavant réalisées à la main et pouvant être à l'origine de troubles musculo-squelettiques (TMS). « L'opérateur est toujours là, mais c'est lui qui programme et surveille le robot », insiste Philippe Renelleau.

Le bureau d'études, lui, dispose de logiciels de simulation de parcours pour la découpe laser, les robots ou l'emboutissage et du logiciel Catia, de Dassault Systèmes, pour la conception automatisée par ordinateur. « Nous avons été les premiers, hors des secteurs aéronautique et automobile, à être dotés de Catia », se félicite Thierry Villotte, en soulignant que le groupe possède le dernier opus, la version 5. Guy Degrenne utilise aussi ces outils pour concevoir ses couverts et ses assiettes fabriqués à Vire ou dans ses trois autres usines (à Limoges, en Hongrie et en Thaïlande). Une bonne façon de rentabiliser plus facilement les investissements.

* Un processus de chauffe à 1 050° suivi d'un refroidissement brutal à 100°.

LES TROIS VERTUS DE LA DÉMARCHE

Désaisonnaliser son activité Moins dépendante de la saisonnalité du marché des arts de la table, l'entreprise peut lisser ses revenus sur l'année et les sécuriser dans le temps. La sous-traitance industrielle représente 30 % des 86,5 millions d'euros du chiffre d'affaires 2010-2011 du groupe, soit 26,7 millions (13,7 en 2003).

Sauvegarder l'emploi de son usine La nouvelle activité a permis de compenser la perte de volumes sur les arts de la table, secteur où les pays à bas coûts sont très concurrentiels, et de stabiliser l'emploi. Près de 500 personnes travaillent sur le site de 35 000 m2, dont 240 en production et 110 en logistique.

Mutualiser les investissements Les logiciels comme Catia V5, pour la conception assistée en trois dimensions, AD Cut, pour simuler le parcours des découpes laser, ou Autoform, pour simuler l'emboutissage, peuvent servir aussi bien pour la sous-traitance que pour l'activité historique de Guy Degrenne.

 


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