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Grève chez Total et pénurie de carburant : le mouvement s’étend

Par Ana Lutzky - Publié le

Face au spectre d'une pénurie de carburant, l'Elysée met la pression sur la direction de Total.

Sixième jour de grève dans les raffineries françaises. Les procédures d’arrêt d’installation des six usines Total arrivent à leur terme, a expliqué à l’Usine Nouvelle.com Charles Foulard, coordonnateur CGT pour le groupe Total. « On n’arrête pas une raffinerie, fonctionnant à 400°C ou 700°C, comme ça. Il faut réaliser un certain nombre de manœuvres, ce sont des outils qui valent des millions d’euros et comportent leurs contraintes. » Après l'achoppement des négociations syndicats-direction la veille, des assemblées générales ont eu lieu lundi dans plusieurs raffineries pour voter la reconduction de la grève.

Chaises en plastique. «On délocalise les usines pour ne plus avoir chez nous, miser sur du low-cost social et environnemental dont on deviendra dépendant à l'étranger, mais on est bien content d'avoir des chaises en plastique et de rouler en voiture. La direction a dilapidé 100 millions d'euros dans un grand arrêt de maintenance à Dunkerque qui ne débouchera sur aucun redémarrage!» s'indiqne auprès de l'Usine Nouvelle.com le délégué syndical. «En 2009, la demande de produits pétroliers n'a diminué que de 2,4% en France. Les fermetures impliqueraient, elles, une baisse de production de 12% ! En 2009 toujours, nous avons importé 6% de plus de produits raffinés, c'est dire si l'outil de raffinage ne correspond pas à la demande », a-t-il poursuivi.

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi a demandé au groupe pétrolier « de réunir à brève échéance son comité d'entreprise afin de clarifier sa position ». « Soit Total est en mesure d'apporter un projet précis et daté d'implantation de nouvelles activités, soit Total doit très rapidement redémarrer sa raffinerie de Dunkerque », arrêtée depuis septembre, a-t-il affirmé.

L'ex-patron du groupe, et actuel président du conseil d'administration, Thierry Desmarest a ensuite été reçu à l'Elysée, le directeur général Christophe de Margerie étant en déplacement aux Etats-Unis.

La direction s'est engagée à demander l'organisation d'une table-ronde le 4 mars sur « l'avenir du raffinage de Total en France », au cours de laquelle les « investissements à cinq ans pour chaque site seront présentés et discutés ».Une autre table-ronde est proposée pour le deuxième trimestre pour examiner la question du raffinage au niveau national. Le DRH du groupe, François Viaud, avait répété dimanche l'engagement de ne procéder à aucun licenciement sur le site des Flandres.

CCE avancé au 8 mars. Un porte-parole de Total a annoncé lundi que le comité central d'entreprise prévu le 29 mars était avancé au 8 mars pour répondre à l'une des principales revendications des salariés de la raffinerie des Flandres. Les grévistes de la raffinerie Total de Dunkerque ont néanmoins voté lundi après-midi la reconduction du mouvement. Le CCE, qui interviendra à trois jours du premier tour des élections régionales, abordera à l'ordre du jour «l'information-consultation sur le projet d'évolution de l'établissement des Flandres et l'évolution de la situation des sites du raffinage en France», selon Total.

Pénurie : Loire-Atlantique et Rhône-Alpes les plus touchées

« Nous ne connaissons pas le niveau des stocks dans toutes les régions, des dépôts indépendants et des cuves de grades surfaces existent sur le territoire. Néanmoins, des stations sont à sec en Loire Atlantique et en région Rhône-Alpes », indique à l’Usine Nouvelle.com Charles Foulard, coordonnateur CGT pour le groupe Total. Des stations-service ont fermé dans certaines villes, comme Toulouse et Rennes, provoquant des désagréments mais pas vraiment de problèmes majeurs d'approvisionnement pour les automobilistes à ce stade. D'après Jean-Louis Schilansky, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), il reste « entre 7 et 10 jours » de stocks de carburant disponibles. La direction de Total a indiqué lundi que 132 stations-service Elf et Total sur 2.000 étaient à court de carburant, en plein chassé-croisé de vacances d'hiver, les conducteurs s'approvisionnant par précaution. « J'appelle l'ensemble des consommateurs à créer la pénurie, à aller faire le plein, pour éviter que ne dure trop la grève », a carrément lancé devant les salariés Marcel Croquefer, délégué CGT régional du pôle chimie devant les salariés de la raffinerie des Flandres, menacée de fermeture.

Le mouvement s’étend

ExxonMobil : Marseille et le Havre. La CGT d'ExxonMobil (ExxonMobil gère les raffineries de Port-Jérôme et de Fos-sur-Mer via ses filiales Esso et Esso Raffinage) a confirmé son appel à une grève de 24 heures mardi dans les deux raffineries du groupe en France pour « amplifier » le mouvement des salariés dans les six raffineries de Total, et d'autres sites pourraient leur emboîter le pas mercredi. « Il y aura une grève de 24 heures à partir de 13h » mardi, a déclaré Rémi Armandi, délégué CGT de la raffinerie ExxonMobil de Fos-sur-Mer, précisant qu'il ne s'agissait « pas d'une grève de soutien à Total », mais d’« interpeller les pouvoirs publics sur le démantèlement du raffinage en France ».Le syndicat a également appelé à une grève de 24 heures à partir de 14h à la raffinerie et au complexe pétrochimique de Port-Jérôme-Gravenchon, près du Havre (Seine-Maritime).

CIM : le Havre. A la Compagnie industrielle et maritime (CIM), qui assure la manutention du pétrole brut et des produits raffinés sur le port du Havre, un préavis de grève doit être déposé mercredi matin. « Il s'agit d'un préavis en solidarité avec les travailleurs de la raffinerie des Flandres et sur nos propres revendications », a précisé Patrick Colibert, délégué CGT.

Inéos : Marseille. La CGT a appelé lundi à une grève à partir de mercredi matin sur le site pétrochimique du groupe britannique Ineos de Lavéra (Bouches-du-Rhône) où elle est majoritaire, a-t-on appris après du secrétaire (CGT) du comité central d'entreprise Gérard Guerrero. La décision a été prise lundi lors d'une assemblée générale, a-t-il ajouté, précisant: « c'est un geste de solidarité avec les salariés de Total, mais c'est surtout par rapport au nouveau paysage national du raffinage ». Selon lui, les raffineries françaises sont menacées par « la construction de trois terminaux dont l'un à Fos, un autre sur l'Atlantique et un troisième près de Dunkerque par où arriveront les approvisionnements depuis d'autres pays ».

Petroplus (ex-Shell) : Rouen. La CGT a appelé à une assemblée générale mercredi à 12H45 à la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, près de Rouen (Seine-Maritime). « Le personnel décidera de la forme et la durée d'un mouvement de solidarité envers les salariés de Total après une prise de parole du syndicat », a précisé Nicolas Vincent, délégué CGT.


Lire aussi :
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