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Grandes manoeuvres dans l'industrie laitière

Par Patrick Déniel - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3153

L'accord sur le prix du lait accentue les difficultés de plusieurs groupes, dont le numéro 3 français, Entremont. Et présage d'un mouvement de recomposition chez les industriels.

Entremont Alliance vacille. Le fromager, troisième laitier français (1,7 milliard d'euros de chiffre d'affaires), a demandé l'aide du Ciri, le Comité interministériel de restructuration industrielle. Il s'agit, pour le groupe issu de l'union de la coopérative bretonne Unicopa et de la Compagnie nationale de portefeuille (CNP) du milliardaire belge Albert Frère, de trouver un partenaire. Entre autres alliés envisageables, Sodiaal, avec qui Entremont a déjà conclu des partenariats.

L'accord sur le prix du lait, signé début juin et valable six mois, pourrait précipiter le rapprochement. Très présent sur les marchés internationaux de produits basiques (poudre, beurre, emmental), Entremont était déjà touché de plein fouet par le retournement de ses principaux marchés au milieu de l'année 2008. La révision de ses prix à la hausse devrait encore l'impacter. Après plusieurs semaines de bras de fer, producteurs et industriels se sont en effet entendus sur une fourchette de 262 à 280 euros les 1 000 litres (au lieu de 230 euros), selon le « mix produit ». Résultat : un industriel qui transforme le lait en yaourts paiera plus cher que celui qui le transforme en poudre de lait.

Ces prix sont encore trop élevés et déconnectés des marchés internationaux, déplore Alain Troalen, porte-parole d'Entremont : « Si nous étions alignés sur les tarifs de nos collègues européens, ce n'est pas 10 millions d'euros de pertes courantes que nous afficherions au premier semestre, mais 30 millions de résultat positif ! » calcule-t-il. Mezza voce, d'autres opérateurs (Sodiaal, Bongrain, Glac ou Eurial Poitouraine) avouent eux aussi leur mécontentement face à l'accord signé et la difficulté qu'ils auront à le respecter.

EPIDÉMIE DE RAPPROCHEMENTS

A l'image d'Entremont, les manoeuvres de recomposition du secteur sont enclenchées, notamment dans les coopératives. A l'Ouest, déjà unies commercialement dans Laïta, les coopératives Coopagri (1,57 milliard d'euros de chiffre d'affaires), Even (1 milliard) et Terrena (3 milliards) viennent de fusionner leurs activités laitières dans une entité pesant 1,5 milliard d'euros et 1,5 milliard de litres de lait. Dans le Sud-Ouest, la coopérative 3A a récemment confié sa branche yaourts en marques de distributeurs (MDD) à une nouvelle structure baptisée Yéo, créée avec le basque espagnol Kaiku.

« Il y aura probablement d'autres opérations », reconnaît Dominique Chargé, secrétaire général de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL). Sodiaal souhaite reprendre le contrôle de Yoplait, dont il avait cédé 50 % au fonds d'investissement PAI Partners en 2002. Pour certains groupes, comme l'Union régionale des coopératives de vente de lait (URCVL), la marge de manoeuvre est plus étroite encore. La coopérative auvergnate a placé en cessation de paiement sa filiale, la petite fromagerie de Haute-Loire Via Lacta (20 millions d'euros de chiffre d'affaires, 130 salariés).

D'ici à six mois, producteurs et industriels doivent trouver des modalités pérennes de fixation des prix. Les grandes manoeuvres seront déjà bien engagées...

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