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Grand prix: Jacques Lewiner

Par Aurélie Barbaux - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3218
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Le bureau de Jacques Lewiner est à son image. Modeste et ludique. Les murs repeints tranchent avec ceux, jaunis, du bâtiment A de l'École supérieure de physique et chimie industrielles de Paris (ESPCI ParisTech). Son antre depuis plus de trente-sept ans. Sur le rebord de la fenêtre, des dizaines de petits personnages et de robots. Certains ont réussi à s'échapper sur un immense plateau de bois, qui sert de table de travail au professeur depuis son arrivée à l'école. « C'était celui de Marie Curie. Mais avant de l'adopter, j'ai vérifié qu'il n'était pas radioactif », rassure, souriant, le directeur scientifique honoraire de l'école. Pierre Gilles de Gennes, prix Nobel de Physique et directeur de l'École, l'a fait venir du CNRS. Aujourd'hui, à soixante-sept ans, il y enseigne toujours la physique des solides et l'électromagnétisme et dirige son laboratoire d'électricité générale. Une dénomination désuète qui fait sourire dans notre monde de l'électronique. « J'ai gardé le nom qu'avait choisi Paul Langevin, l'ancien directeur de l'école, pour le laboratoire où il avait mené ses travaux sur le sonar. J'ai bien fait. Il me permet de toucher à tous les sujets. »

De fait, dans ce laboratoire, il a mis au point les électrets, ces matériaux qui conservent leur charge. Une découverte pour laquelle il va déposer plusieurs brevets. L'un d'entre eux va trouver preneur et générer suffisamment de revenus pour permettre à Jacques Lewiner d'en déposer beaucoup d'autres. Plus de 1 000... en comptant les extensions internationales. « En fait, j'ai juste marché dans les pas de mes prédécesseurs, comme Pierre Curie. C'est lui qui a insufflé à cette école cet esprit de liberté, qui permettait aux chercheurs de déposer des brevets, mais à leur frais et à leurs risques. »

Bien sûr, tous les brevets de Jacques Lewiner n'auront pas le même succès. Pour vendre ses idées, le physicien ira jusqu'à prendre un stand sur un salon dédié aux composants électriques professionnels ! Horreur, pour la communauté scientifique. « "Le Monde" m'a consacré une page ! », souligne l'iconoclaste inventeur devenu entrepreneur. Seul puis avec d'anciens étudiants, comme Éric Carreel, avec qui il a créé Inventel et développé la première box internet. Il a aussi persuadé Georges Charpak, prix Nobel de Physique, de créer avec lui une entreprise d'imagerie médicale 3D, Biospace (rebaptisée Eos Imaging). Plus récemment, c'est avec un jeune entrepreneur, Christophe Bonazzi, qu'il développe Finsecur, pour fabriquer, en France, des détecteurs de fumée. Il est aussi de l'aventure Cytoo, une start-up qui sait organiser les cellules en culture.

Ce n'est pas seulement auprès de l'industrie qu'il veut valoriser la recherche, mais aussi auprès des jeunes. « La science c'est marrant. Et contrairement à ce que l'on pense, tout est à découvrir. » Une conviction qu'il partageait avec Pierre Gilles de Gennes. Ensemble, ils ont créé l'espace des Sciences, ouvert au public, au sous-sol de l'ESPCI, et soutenu le projet « la main à la pâte » de Georges Charpak, destiné aux écoles. « On s'est bien amusé. L'important, c'était de donner un sens à notre action : la transmission ». Discrètement, via des organisations caritatives auprès des plus démunis, il continue cette oeuvre.

SON DÉCLIC

« Mes trois premiers brevets ont été payés par l'Anvar en 79. Cela m'a donné le virus. Ensuite, je déposais un brevet et cherchais un industriel prêt à le licencier ou l'acheter pour me rembourser et payer d'autres dépôts. »

Classement des écoles d’ingénieurs 2012

Comparatif  des écoles d’ingénieurs 2012

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1 réaction

mcarbonn | 14/12/2010 - 23H15

Je tiens à rectifier une erreur de l'article : le nom de la prestigieuse école (1ère exae quo des écoles d'ingénieurs française égalité selon le classement de Shanghai avec l'Ecole Polytechnique) est l'ESPCI ParisTech et non pas l'ESCPI... Jacques Lewiner est de plus quelqu'un de passionnant notamment quand il raconte ses différentes expériences de dépôts de brevet.

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