Gouvernance
Le 20 novembre 2008 par Par Pierre-Olivier Rouaud, rédacteur en chef délégué | L'Usine Nouvelle n° 3124Jean qui rit, Jean qui pleure. Le sommet du G20 s'est donc soldé par un demi-succès ou un demi-échec. C'est selon.
Relance concertée, promesse d'amélioration des normes comptables, encadrement des agences de notation ou surveillance accrue des banques... Pas si mal. Les tenants de la création d'un corps international de police financière ou ceux d'un Bretton Woods version 2.0 auront, eux, été déçus. Pouvait-il en être autrement ?
Le fait le plus marquant de cette réunion, c'est bien sûr sa tenue même. Et surtout l'idée que, devant cette crise, le monde ne devait faire (presque) plus qu'un. Si le G20 a tenu une dizaine de sommets ministériels depuis sa création en 1999, ce fut le premier au niveau des chefs d'Etat. Une belle photo souvenir et surtout l'occasion pour les pays émergents, Brésil, Russie, Chine, Inde et quelques autres, d'affirmer que rien ne pourra plus se décider sans eux.
Fait notable, ce G20 s'est d'ailleurs affranchi des vieilles postures anti-impérialistes ou des donneurs de leçon libérale. Dans un monde que certains rêvent multipolaire, c'est peut-être un tournant.
Et ensuite ? Il est d'autres domaines où les nouveaux aspirants à la gouvernance mondiale pourraient se distinguer. Les négociations sur le changement climatique en sont un. Le 1er décembre est convoquée à Poznan, en Pologne, une importante réunion qui va ouvrir la voie à la révision du protocole de Kyoto prévu à Copenhague, fin 2009.
Il n'est pas contestable que pour la Chine, le Brésil, l'Inde... le développement humain, l'accès partagé à l'eau ou à l'énergie soient des priorités absolues. Il ne l'est pas moins que sans ces pays (et avant eux l'Amérique d'Obama !) une réduction massive des émissions de gaz à effet de serre est illusoire. La Chine, en particulier, a dépassé les émissions de CO2 des Etats-Unis. Et, pour produire un dollar de PIB, elle consomme six fois plus d'énergie que la moyenne européenne.
L'Europe peut se fixer des objectifs ambitieux en matière climatique (au risque de tirer une balle dans le pied de son industrie), les véritables marges de manoeuvre ne sont plus chez nous. Il n'est pas question d'appliquer des mécanismes absurdes de contrainte au paysan du Sichuan, mais d'inventer de nouveaux outils. Une vraie question de gouvernance mondiale. Après Washington, rendez-vous à Poznan.
porouaud@usinenouvelle.fr
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