GM revient en Bourse « pour prouver qu’il est capable de s’assumer »
Le 16 août 2010 par Barbara Leblanc

Daniel Akerson à la tête de General Motors
GM prépare un retour en Bourse à son rythme
Aux USA, GM acquiert une société de crédit
liens sponsorisés
Les rumeurs vont bon train concernant la date de dépôt du dossier d’introduction en Bourse de General Motors. Cela ne devrait plus être qu’une question d’heures, selon les médias américains citant des sources proches du groupe. Reste à savoir pourquoi le constructeur se lance dans cette aventure dès maintenant, soit seulement un an après le début de sa restructuration.
« Nous sommes tous impatients ». Daniel Akerson, le tout nouveau PDG de General Motors, résume le climat qui règne actuellement autour du groupe. Tout le monde frétille d’impatience quant à l’introduction en Bourse du constructeur. De Barack Obama lui-même, qui verrait dans cette mesure la réussite du sauvetage du secteur automobile mené par l’Etat, aux analystes qui entretiennent chaque jour le suspens quant à la date de dépôt du fameux dossier. Décryptage.
Pourquoi General Motors désire-t-il entrer rapidement sur le marché financier ?
« Pour se démarquer de l’Etat et effacer cette dépendance qu’il a envers lui », explique Philippe Gattet, analyste automobile chez Xerfi. Le constructeur est en effet sous la tutelle du gouvernement américain depuis juin 2009 et son dépôt de bilan. L’Etat fédéral américain, qui a subventionné le sauvetage du constructeur, possède la majorité des parts de GM (61%). « Les Américains rechignent à acheter les véhicules d’un constructeur contrôlé en partie par l’Etat et General Motors veut au plus vite qu’on lui retire l’étiquette de "Gouvernement Motor" », précise l’analyste. « Ce que veut General Motors, c’est prouver à tout le monde qu’il est capable de s’assumer », confirme Bertrand Rakoto, analyste automobile chez R.L.Polk.
Dans cette volonté de tourner la page et de redevenir indépendant, le constructeur américain entendrait aussi développer de nouvelles activités. Pour ce faire, il souhaite lever des capitaux pour faciliter ses achats dans des sociétés de financement, comme il l’a fait en juillet dernier en achetant Americredit.
Par quels moyens le constructeur envisage-t-il son retour sur les marchés financiers ?
Les analystes pariaient sur un retour en Bourse en plusieurs étapes, avec une vente partielle, suivies de plusieurs ventes moins importantes. Mais l’ancien PDG du groupe Ed Whitacre a annoncé le 12 août que le groupe tablait sur une cession globale, en une seule fois. « C’est un coup politique, assure Bertrand Rakoto. Le constructeur subit la pression des démocrates, qui doivent prouver qu’ils ont fait le bon choix pour sauver GM. L’argument le plus fort pour eux est de dire que l’entreprise est retournée dans le privé ». Un argument qu’Ed Whitacre a rejeté : « Nous ne sommes liés à aucune élection ».
Cette démarche est-elle risquée ?
Selon Linda Killian, gestionnaire pour le fonds Renaissance Capital, « vendre en une seule fois représente plus de risques, car les actions se cèdent moins bien ». Or, la conjoncture américaine semble encore fragile au regard du taux de chômage élevé et à l’aggravation de la dette publique, des facteurs peu propices à l’achat d’actions. Mais pour Bertrand Rakoto, une vente segmentée peut avoir comme « inconvénient que les investisseurs qui ont acheté lors de la première vente et qui sont mécontents ne poursuivront pas leur investissement. Les marchés financiers sanctionnent souvent trop rapidement les industries lourdes comme l'automobile. Elle nécessite des investissements importants qui vont à contre courant de l'intérêt court-termiste des marchés financiers ».
Est-ce vraiment le bon moment ?
« GM se précipite un peu », selon Philippe Gattet. Certes, le groupe a dégagé un résultat net de 1,3 milliard de dollars au deuxième trimestre pour un chiffre d’affaire de 33,2 milliards de dollars. Pour autant, le second semestre 2010 pourrait être plus délicat pour l’automobile. Selon les analystes, les marchés matures (Etats-Unis, Europe) ont commencé à ralentir avec la fin des mesures de soutien aux marchés, après un rebond des ventes depuis le milieu de l’année 2009. Seuls les marchés émergents conservent un dynamisme. « Il est risqué de se lancer en Bourse, alors que la situation n’est pas stable pour l’avenir », conclue Philippe Gattet.
Une position partagée avec Bertrand Rakoto, qui déplore le manque de stratégie claire pour le futur de General Motors. « Les investisseurs ne savent rien de la démarche d’avenir du constructeur : ni quels marchés il cible, ni quelle gamme il compte mettre en oeuvre, ni même quels axes de développement l'entreprise privilégie », précise-t-il.
Sans compter que le groupe a encore des dossiers en cours, à l’instar de la vente de sa marque Hummer. « Le groupe a encore d’importants chantiers à mener et doit réussir à réduire ses coûts de production et accroître ses capacités dans les pays émergents et surtout en Chine, là où se fait la croissance mondiale désormais », explique Philippe Gattet. Autant de changements qui pourraient chahuter le tout nouveau cours de Bourse du constructeur dans les premiers mois.

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