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Gestion des risques accidents : « ne jamais mésestimer les conséquences d'un sinistre »

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Pour se prémunir des multiples risques d'accidents, l'entreprise doit autant investir en équipements que former et sensibiliser ses salariés, en s'appuyant éventuellement sur des compétences externes. Objectif : la sécurité du personnel, le respect de l'e

Incendie, projection, fuite, explosion... un site industriel est exposé à de nombreux risques d'accidents. En jeu la sécurité et la santé du personnel, des citoyens habitant à proximité de l'usine, la préservation de l'environnement, mais aussi la performance de l'outil de production et la pérennité de l'entreprise. Ce n'est pas un hasard si les entreprises les plus performantes sont souvent les plus en pointe sur la sécurité. En effet, un accident provoque de nombreux effets négatifs, directs et indirects : absences et choc psychologique des salariés, d'où une chute de la productivité, mise en cause de la responsabilité pénale du directeur d'établissement, arrêt ou diminution de la production, perte de parts de marché (les clients ne reviennent pas forcément après le redémarrage de l'activité)... Luc Guerrillot, directeur sécurité du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis, chiffre le coût d'un accident entre 30 000 et 50 000 euros. Près de deux entreprises sur trois ayant connu un sinistre déposeraient le bilan dans les cinq années suivantes.

Dès lors, comment se prémunir contre ce faisceau de risques aux fâcheuses conséquences ? Peu importe le taux de fréquence des accidents (nombre d'accidents pour un million d'heures travaillées), il est tout d'abord nécessaire d'identifier, d'analyser et de hiérarchiser les causes d'accidents (survenus ou potentiels), avant d'établir un plan de mesures de prévention et de sécurité. Il n'existe que très rarement, voire jamais, une cause unique, mais plutôt une arborescence multi-causale. Par exemple, un incendie est souvent déclenché par une défaillance des installations électriques (surchauffe, court-circuit...). Se pose alors la question de l'entretien et des contrôles de ces installations, de leur fiabilité et de leur régularité. Les procédures et équipements anti-incendie (détection et extinction) peuvent également être mis en cause. La gestion des risques d'accidents revêt au moins trois dimensions : technique (les équipements), organisationnelle (maintenance, procédures de surveillance, de prévention et d'intervention, formation) et individuelle (respect des règles et procédures).

S'appuyer sur les services de son assureur et des pouvoirs publics

Pour réaliser une analyse des risques et définir des mesures en conséquence, il peut être très utile, surtout pour les PME-PMI, de solliciter un audit auprès de son assureur (qui en effectue aussi de sa propre initiative). Les grandes compagnies d'assurance disposent de services spécialisés en gestion des risques, assurant le diagnostic, le plan d'action et le suivi de sa mise en œuvre. Elles agréent également des prestataires dans le cadre d'Abonnement prévention conseil incendie (APCI). Pour Pascal Gavid, ingénieur prévention-conseil chez AXA Entreprises, « c'est du gagnant-gagnant ! En suivant les conseils avertis de son assureur (qui vont au-delà de la réglementation, l'entreprise améliore sa sécurité et bénéficie souvent de bonus tarifaires. Les recommandations peuvent d'ailleurs être contraignantes vis-à-vis du contrat d'assurance. De l'autre côté, l'assureur limite les risques de sinistre et donc d'indemnisations. » L'assureur apporte également du recul et des compétences dont la PME ne dispose pas forcément en interne.

Pour améliorer son plan de sécurité (par exemple, remplacer le matériel dangereux ou modifier l'organisation de la production), l'entreprise peut également s'appuyer sur les contrôles de la DRIRE (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement) pour les Installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE), ou ceux de la Direction départementale des services vétérinaires (DDSV) pour les industries agroalimentaires. Dans tous les cas, sur les services de l'Assurance Maladie et de l'inspection du travail. Par ce biais, Centipharm, filiale chimico-pharmaceutique du groupe Axyntis implantée à Grasse, s'est mise en conformité avec les normes HSE (Hygiène, Sécurité et Environnement) et a structuré un service dédié, composé de quatre personnes (pour 75 salariés). Aujourd'hui, elle intègre la problématique des risques dès la R&D et tout au long de la mise en production. « Outre le respect de la réglementation (qui a été durcie suite aux gros accidents industriels, notamment l'explosion du silo de Blaye et AZF), la maîtrise des risques participe des normes qualité et constitue un critère essentiel aux yeux des donneurs d'ordres, en matière de sécurisation de leurs approvisionnements. Au sein de l'entreprise, le thème de la sécurité représente aussi un vecteur de consensus qui fédère les salariés », soutiennent en chœur Christine Colbalchini, responsable HSE, et Guy Duquesne, directeur de l'usine Centipharm.

Diffuser la culture de gestion des risques

« S'il est toujours intéressant de faire appel aux expertises externes, notamment pour rester ouvert aux méthodes différentes et aux innovations, il ne faut pas totalement sous-traiter sa sécurité, assure Luc Guérillot de Sanofi-Aventis. Les formations en interne sont essentielles. Le personnel doit s'approprier la compréhension des causes d'accident et les actions à mener. L'encadrement doit diffuser la culture de gestion des risques. » L'ensemble des mesures de prévention et de sécurité doivent être intégrées, de manière cohérente, au sein du système de management HSE, qui repose sur des aspects méthodologiques, réglementaires et communicationnels.

Une fois que l'entreprise obtient des résultats satisfaisants - un taux de fréquence des accidents proche ou inférieur à 5, contre une moyenne de l'industrie française autour de 25 -, il faut se concentrer sur les incidents et signaux faibles, c'est-à-dire les situations sans conséquence notable, mais qui, en d'autres circonstances ou à force de se répéter, pourraient provoquer un accident. Baisser la vigilance pourrait bien s'avérer préjudiciable. Si le « risque zéro » demeure une chimère, la maîtrise des risques n'est pas une vaine utopie.

Matthieu Maury


Coopérer avec ses concurrents, une autre manière de gérer les risques

La PME de l'agroalimentaire France Ponte* a connu deux incendies en 1990 et 1997 (probablement provoqués par des actes de malveillance). Dans les deux cas, l'activité a été interrompue une dizaine de mois. « Et il a fallu reconquérir les parts de marché que nous avions perdues. Cela n'a pas été facile ! Les clients n'attendent pas le redémarrage de la production. Surtout, ne jamais mésestimer les conséquences d'un sinistre, insiste le P-DG Philippe Lafon.
Après le second incendie, France Ponte reconstruit son site de l'Essonne (1 200 m2) en suivant les conseils en amont de son assureur. S'équipant de portes coupe-feu, de détections automatiques d'incendie, de contrôles d'accès et d'alarmes intrusion. Un an après, l'entreprise investit dans un second site (2 500 m2) dans la région Centre, en poussant encore plus loin la sécurisation. Avec notamment un système d'extinction automatique d'incendie (type Sprinkler) et une séparation des activités du site en trois bâtiments. En parallèle, la direction sensibilise fortement son personnel à la gestion des risques à travers des formations, des exercices et audits inopinés. « Tout cela a un prix, mais un accident coûte beaucoup plus cher ! »
Aujourd'hui, France Ponte coopère même avec des entreprises étrangères du même secteur. Elle a récemment approvisionné un partenaire qui avait été contraint de stopper sa production. « Avant d'en arriver là, il a fallu apprendre à se connaître..., souligne Philippe Lafon. Cela prend du temps, mais à mon avis, ce genre de collaboration entre concurrents se multipliera à l'avenir. »

* France Ponte fabrique des produits prêts à l'emploi (frais et surgelés) à base d'œufs pour la restauration à domicile (professionnels et grande distribution), dans une moindre mesure pour l'industrie pharmaceutique.

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