Dossier

Industrie : comment se financer

Gérard Rameix : "Il faut des alternatives pour soutenir les PMI"

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3301
Gérard Rameix
© Mathieu Cugnot / Cit’Images

  Pour recommencer à investir, les PMI vont devoir trouver de nouveaux financements. Gérard Rameix, le président de l’Autorité des marchés financiers, présente pour L’Usine Nouvelle les pistes à envisager.

Vous sortez de trois ans à la tête de lamédiation du crédit, comment décririez-vous l’accès au financement des PME industrielles ? Est-il différent de celui du reste des PME ?
Oui, il y a une vraie spécificité des PMI. Elles ont un accès au crédit plus difficile ou des demandes de crédit moindres que les autres PME. Mais l’analyse des causes de ce phénomène est assez difficile à effectuer. Car il ne pourrait s’agir que d’un élément de plus, témoignant du recul de l’industrie dans notre pays. En même temps, sur le terrain, les chefs d’entreprise observent une politique de plus en plus prudente des banques vis-à-vis de certains secteurs industriels. C’est ce que le rapport sur le financement des PMI, que j’avais commencé en tant que médiateur du crédit, tentera d’évaluer.

Quelles sont les perspectives pour ces entreprises ?
Compte tenu des conditions de financement que l’on peut anticiper ces prochaines années du fait des réglementations prudentielles pesant sur les banques, il faut à tout prix prévoir des solutions alternatives pour soutenir les petites et moyennes entreprises. Il faut savoir qu’aujourd’hui, elles sont presque exclusivement financées par les établissements bancaires.

Médiateur du crédit de 2009 à 2012, Gérard Rameix connaît parfaitement la problématique du crédit bancaire des PME. Nommé à la tête de l’AMF, cet ancien de la Cour des comptes va désormais s’intéresser à leur financement par la Bourse.

Plusieurs pistes sont envisageables. Comme le fait d’ouvrir aux PME l’accès au marché obligataire, qui n’est encore réservé qu’aux plus grandes signatures. Ou encore la mise en place de solution de titrisation, c’est-à-dire des émissions d’obligations assises sur des créances bancaires solides. Et enfin, les emprunts groupés de PME. Déjà, des accords entre des compagnies d’assurance et des banques voient le jour pour mettre en place des solutions originales de refinancement. Dans ce schéma, l’assureur rachète une partie des créances détenues par les banques. C’est le cas d’Axa, de la Société générale et du Crédit agricole. C’est une initiative cruciale car cela signifie que la banque peut, ensuite, recommencer à faire des prêts aux entreprises. Ces nouveaux "robinets" du financement doivent cependant tenir compte des contraintes des investisseurs susceptibles de placer de l’argent sur des produits liés aux PME. Ils seront attentifs à la solidité de ces entreprises et au sérieux de l’analyse des risques.

Sont-ils particulièrement méfiants vis-à-vis des PME industrielles ?
Il est vrai que les PMI ne sont pas forcément les entreprises les plus faciles à financer… Quoique certaines ETI (entreprises de taille intermédiaire) industrielles soient extrêmement solides et bénéficient déjà de ces solutions de financement.

Est-ce parce que le niveau des fonds propres des PMI est insuffisant ?
Il n’y a pas de sous-capitalisation structurelle des petites entreprises industrielles. Leur problème, c’est plutôt que, face à l’adversité, elles se sont repliées sur elles-mêmes et qu’elles ont moins investi. Elles ont donc suffisamment de fonds propres, mais leurs bilans financiers ne sont pas en expansion. Leur solidité apparente cache donc une certaine fragilité structurelle. C’est une analyse qui commence à faire consensus. Il faut désormais trouver des solutions, et c’est là que cela se complique. Il y a beaucoup d’argent disponible, il faut juste inciter les gestionnaires de l’épargne à investir dans ce secteur…

La Banque publique d’investissement peut-elle jouer en faveur des PMI ?
L’idée de la Banque publique d’investissement est de réunir des solutions qui étaient déjà, pour partie, en place et qui fonctionnaient. Oséo a notamment beaucoup aidé les entreprises grâce aux garanties qu’elle accorde sur les prêts bancaires. La BPI rassemblera sous unemême organisation la garantie, le crédit et la participation en fonds propres. C’est donc un outil important qui permettra de compenser le relatif recul du crédit bancaire.

Le fait d’être soutenu par un établissement public permet-il aussi de rassurer les investisseurs et de les attirer plus facilement vers l’industrie ?
Il est vrai que cela rassure les banquiers. C’est d’ailleurs la voie choisie par Oséo qui semble préférable: celle du cofinancement entre Oséo et une banque, qui permet de partager le risque entre le public et le privé. Cela permet à certaines PME de lever de l’argent alors que, sans l’établissement public derrière elle, aucune banque n’accepterait d’assumer le risque.

La cotation en Bourse peut-elle aussi être une solution pour financer les PMI ?
Aujourd’hui, c’est encore assez marginal. Il y a eu quelques introductions en Bourse ces derniers mois, mais principalement dans le domaine des biotechnologies. La conjoncture n’est pas non plus très favorable à l’introduction sur les marchés financiers. D’autant que le créneau des valeurs petites et moyennes est un peu négligé par les investisseurs et par l’opérateur de marché. Mais je suis convaincu qu’il est nécessaire d’inverser cette tendance. Nyse Euronext travaille sur le projet de Bourse de l’entreprise et devrait le présenter en octobre.

Quel rôle joue l’AMF dans ce projet ?
Nous avons d’abord le rôle classique de surveillance des marchés.Mais nous allons surtout avoir à regarder la solidité du schéma proposé par l’opérateur de marché et la solidité des transferts de sociétés des segments B et C d’Euronext vers la nouvelle Bourse de l’entreprise. Notre objectif, c’est que personne ne soit lésé. Nous allons donc regarder si ces transferts seront automatiques pour toutes les capitalisations inférieures à 1 milliard d’euros, ou bien si la société aura le choix. Nous veillerons à ce que les droits des actionnaires soient respectés à l’occasion du transfert. Dans le passé, l’AMF a déjà eu à organiser le transfert d’une trentaine d’entreprises du marché Euronext vers Alternext.

Quels sont les moyens de l’AMF pour aider les PME cotées ?
Nous travaillons notamment sur la mise en place de règles juridiques moins contraignantes pour les valeurs petites et moyennes, même si elles doivent toujours respecter les règles d’information. Il s’agit toutefois d’une question complexe, car il faut veiller à trouver un bon équilibre entre la prise en compte des spécificités des PME et la protection des investisseurs. Nous devons mener des discussions au niveau européen. Certains régulateurs nationaux estiment que la défense des actionnaires nécessite que les règles soient les mêmes pour tout le monde, tandis que d’autres, comme nous, sont plus ouverts.

Par exemple, les administrateurs et les dirigeants d’entreprises cotées doivent communiquer toutes les transactions effectuées sur leur titre. Nous sommes en train d’essayer d’obtenir de relever le seuil au-dessus duquel cette obligation s’impose pour les PME. Pour le dirigeant d’une PME, ces formalités sont assez lourdes à gérer. Il ne faut pas oublier qu’il est souvent tout seul, ou presque, à s’en occuper. Dans le même ordre d’idées, la directive européenne "transparence" demandait que les comptes soient communiqués tous les trimestres, dans un délai de deux mois. Aujourd’hui, la Commission européenne propose, dans ses travaux de révision de cette directive, la suppression de l’information financière trimestrielle obligatoire et un allongement à trois mois du délai de publication des comptes semestriels. Au final, l’accumulation de toutes cesmesures devrait avoir un effet positif et incitatif pour les PME.

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