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PME-ETI

Geneviève Fioraso : "Le levier de la reconquête industrielle, ce n'est pas le coût du travail !"

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Publié le

Entretien La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Geneviève Fioraso, détaille à L'usine Nouvelle son plan pour participer au redressement productif de la France. Plus que sur le coût du travail, elle souhaite travailler sur la compétitivité-qualité et simplifier le paysage de la recherche. Explications dans cette entretien de rentrée.

Geneviève Fioraso : Le levier de la reconquête industrielle, ce n'est pas le coût du travail ! © Luc Pérénom - L'Usine Nouvelle

L'Usine Nouvelle - Quel bilan tirez-vous de l'effort de recherche et d'innovation qui a été mené en France ces dernières années ?
Généviève Fioraso - Je dissocierais l'action politique de la performance de la France. Remettre l'innovation au coeur des enjeux me paraît essentiel. Élever le niveau de formation et les efforts de recherche est fondamental, mais il ne faut pas se contenter d'effets d'annonce comme l'a fait le gouvernement précédent. Ce sujet mérite que l'on fasse les choses sur le fonds et avec les acteurs. C'est d'ailleurs pour cela que nous allons organiser cet automne les Assises de la recherche. Nous voulons remobiliser les acteurs et leur montrer qu'on leur fait confiance.

Vous êtes-vous déjà fixé des objectifs pour participer à l'effort de redressement du pays ?
Pour nous, le levier de la reconquête industrielle, ce n'est pas le coût du travail comme le pense la droite, mais la compétitivité-qualité, c'est-à-dire tout ce qui touche à l'environnement de l'entreprise au sens large. Notre système social, la qualité de vie française, le niveau de formation, notre capacité d'innovation sont des éléments de cette compétitivité. Et mon ministère a un rôle à jouer dans ce domaine.

Mais, concrètement, allez-vous créer de nouvelles structures pour réveiller l'innovation en France ?
Surtout pas. Je pense au contraire qu'il faut simplifier l'organisation de la recherche. Notre système est impossible à expliquer aux étrangers et il est incompréhensible pour des patrons de PME. Nous devons arrêter de superposer les structures. Pour les instituts de recherche technologique lancés par les investissements d'avenir, on pourrait, par exemple, utiliser les organismes déjà en place plutôt que d'en susciter de nouveaux. Cela s'est d'ailleurs fait à Grenoble avec le CEA.

On a aussi beaucoup de hauts conseils, dont certains n'ont jamais été sollicités. On ne va pas faire les choses brutalement, mais il y a des strates à supprimer. Simplifier, c'est aussi accélérer le temps de gestation des dossiers. Songez que quatre ans après le lancement du plan campus, on n'a pas encore posé une seule pierre ! C'est évidemment beaucoup trop long. Pour corriger cela, je souhaite simplifier les procédures des appels d'offres, surtout pour les PME et les ETI. Nous ferons d'ailleurs des propositions après les Assises de la recherche sur ce sujet.

Faut-il aussi réduire le nombre de pôles de compétitivité ?
Ce que doivent faire les pôles, c'est davantage travailler en réseau. Des têtes de réseau doivent émerger pour faire travailler ensemble les poches d'excellence sur les territoires et être plus visible à l'international. Certains le sont déjà. Cela permet aussi de mieux travailler avec l'Europe. Pendant le dernier programme-cadre de recherche (PCRD), on a eu une telle frénésie d'appels d'offres en France, entre l'ANR, les investissements d'avenir, les pôles, que l'Europe a été délaissée.

La France participe pour 17% au financement du programme-cadre européen mais n'a décroché que 11,2% des subventions. Ce n'est pas normal. Pas seulement parce que l'on ne récupère pas sa mise, mais aussi pour des questions d'ouverture. Quand on participe à un projet européen, on s'ouvre à une autre culture.

Cela veut dire que, petit à petit, on conforte l'Europe de la recherche. Et c'est important pour exister face aux pays émergents et face aux États-Unis. C'est un des leitmotivs que je veux marteler auprès des chercheurs : soyez Européens.

Qu'allez-vous proposer aux entreprises ?
Après la simplification et l'Europe, le troisième volet du plan, sur lequel je travaille avec Fleur Pellerin et Arnaud Montebourg, sera dédié à l'innovation et à la recherche technologique. C'est-à-dire à des inventions immédiatement transférables à l'industrie comme celles que développent le CEA ou l'Inria. Nous nous sommes rendu compte que ce type de recherche ne représentait que 4% de la recherche française, alors qu'elle pèse quasiment 30 % aux États-Unis.

Pour pousser les feux sur la recherche technologique au niveau national et la rendre visible aux PMI, nous annoncerons un dispositif dans le courant de l'automne. Cela fera partie du plan de reconquête industrielle. Et on s'appuiera sur ce qui marche aujourd'hui à Saclay, Toulouse ou Grenoble. Le bâtiment des industries intégratives, mis en place par le CEA à Grenoble, est une bonne pratique à déployer. C'est une plate-forme, une sorte de showroom qui expose par thématique les différentes utilisations possibles d'une technologie. L'intérêt c'est que l'industriel bénéficie d'une véritable ingénierie, d'un accompagnement pour réussir le transfert.

Y aura-t-il un nouveau fonds unique interministériel (FUI) pour les pôles de compétitivité ?
Je souhaite que les pôles accompagnent davantage les PMI-PME. Et que l'on n'aille pas au-delà d'une masse critique dynamique qui fédère et ne travaille pas à leur place. Les Régions sont déjà très actives dans le financement, et si on attire d'avantage d'entreprises il y aura d'avantage de cotisations. Concernant le FUI, sa suppression n'est pas tranchée. C'est quelque chose qui se regarde en ce moment. Mais il faut éviter sa lourdeur. Je suis pour une labellisation au fil de l'eau, pas au bout d'un an. Il faut une structure moins administrative et plus réactive.

Allez-vous réformer le crédit impôt recherche (CIR) ?
L'élargissement de son assiette en 2008 a été une bonne chose. On peut se dire qu'il ne faut pas que ce dispositif dépasse les 5 milliards d'euros actuels, mais nous ne voulons pas le remettre en cause. Ceci dit, il représente un effet d'aubaine pour certaines grandes entreprises, comme l'ont montré la Cour des comptes et le rapport du sénateur Michel Berson. Nous souhaitons que le CIR bénéficie davantage aux PME-PMI innovantes et de croissance, les EIC, et surtout aux ETI. Nous voulons mettre fin aux abus en concentrant les contrôles fiscaux sur les SAS mises en cause.

Êtes-vous favorable à une modulation du taux ?
Ce point n'est pas encore tranché. C'est une des hypothèses du rapport Berson, mais je n'ai pas compris que cela recueillait un enthousiasme délirant.

Propos reccueillis par Aurélie Barbaux et Thibaut de Jaegher

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5 commentaires

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06/09/2012 - 14h59 -

Cette dame est complètement dogmatique dans son raisonnement. Nous avons désormais passé le stade de l'économie planifiée chère au rêve socialiste. Il faut baisser les charges pesant sur les seuls salaires (dont bénéficie certes toute la population même non salariée) au lieu de les augmenter d’année en année en alourdissant le coût du travail (ce qui baisse mécaniquement le pouvoir d’achat). Il faut transférer une partie de ces charges sur la CSG , voire en alourdissant la TVA (tabou) sur tous les produits non indispensables ou surdimensionnés (luxe, voitures ,loisirs …),ce qui sera presque indolore pour la majorité (car elle consomme l’indispensable et pas le superflu). De toutes les manières les entreprises ont trouvé la parade ; elles multiplient les emplois précaires, letemps partiel , les stagiaires et les intérimaires. Dans une vision dantesque on pourrait imaginer le futur avec seulement des CDD si ça continue. Démocratie Sociale, pourquoi pas mais avec un minimum de réalisme adapté à notre siècle.
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02/09/2012 - 17h39 -

Faut il présenter à cette dame ministre les concurrents étrangers qui m'ont proposé de créer un prix de l'Idiot Utile industriel pour les décideurs français des 35 heures? Triple aubaine pour nos concurrents: augmentation des coûts Français,perte de capacité à un moment de grande demande et dissuasion des grands client à acheter Français.Et arrogance comme si nous étions les seuls à pouvoir faire de la Qaulité ! L'ignorance ne devrait pas empêcher le réalisme.
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31/08/2012 - 15h44 -

G. Fioraso qui a eu 10 ans d'opposition pour réfléchir, propose pour rendre les entreprises compétitives, une commission "théodule bidon", ci devant nommée pompeusement "assises de la recherche". Les socialistes sont spécialistes de ces commission théodule dont les experts "théodule bidon N°1, théodule bidon N°2, etc." sont choisis avec l'échine suffisamment souple pour endosser sans critique le rapport final déja prêt de ces assises. Le résultat de tout cet enfumage est par exemple la fonctionnarisation de toute la recherche lors des dernières assises de la recherche en 1981 mises en place par Mitterand, dont le scénario a été celui décrit ci dessus. Tout le monde se mord encore les doigts de cette fonctionnarisation. Comme Fioraso nie que le coût du travail soit un problème pour la compétitivité des entreprises, il faut bien trouver un coupable: ce sera l'idiotie des chefs d'entreprise, qui ne comprennent rien à l'innovation (verbatim) c'est à dire aux dispositifs mis à leur disposition pour faire des produits plus performants plus vendeurs, etc.; pour cela il faut, dit elle, de la "compétitivité-qualité", notion qui, compte tenu de la définition qu'elle en donne, n'apporte rien à la compétitivité sinon des freins supplémentaires. Si elle m'avait demandé un nom à accoler à compétitivité, plutot que de demander à son cabinet, j'aurais pu lui proposerles mots "machin" en souvenir de De Gaulle ou "chose" pour ne pas être accusé de copierla grand homme. J'avoue que le terme "compétitivité-machin" excite l'esprit beaucoup plus que compétitivité-qualité. Pour A Montebourg, autre élève brillant de ce gouvernement, au vu de ses interventions,les chefs d'entreprises sont soit des voyous soit des filous, soit des incapables; Fioraso rajoute l'idiotie à ces qualités. Il faut, après cela, beaucoup de courage et d'esprit d'entreprise à quiconque veut créer son entreprise. Pour être malheureusement sérieux, il y a un profond (abyssal) mépris de toute la classe politique et administrative envers les entrepreneurs. L'URSS n'est pas loin...
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31/08/2012 - 12h01 -

Cette brave dame n'a pas encore compris que la recherche est une chose et la fabrication une autre. Vous pouvez avoir un produit miraculeux, si son coût de fabrication est trop élevé cela ne vous permet pas de le vendre aussi bien en France qu'à l'export. Le client préfère un produit équivalent ou proche mais meilleur marché. Même si ses intentions sont louables, éjecter d'un revers de main le problème du coût de production relève de la dialectique et ne fait pas avancer les choses !!!!
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31/08/2012 - 11h23 -

Geneviève Fioraso est atteinte d'un strabisme sur-aigu, on peut même se demander si elle a sa place au gouvernement, comme d'autres d'ailleurs. Deux nouvelles d'actualité immédiate pour la contre-dire. L'Inde est en train de fabriquer des appareils auditifs à 50 euros (ttp://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70791.htm) et Natco Pharma prévoit de produire le traitement mensuel anti-sida à 130 euros au lieu de 4800 euros (http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/70790.htm).
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