Génériques : "Lilly France, 1er à concrétiser l’accord avec un façonnier français"
Par Gaëlle Fleitour - Publié le
EXCLUSIF Alors que le groupe vient de perdre un brevet pour le Zyprexa, Marcel Lechanteur, président de la filiale France du laboratoire américain Lilly depuis Juin 2011, évoque en exclusivité pour l’Usinenouvelle.com, l’avenir de son groupe et revient sur les difficultés qu’il a du gérer ces derniers mois.
L'Usine Nouvelle - Quels sont vos projets pour la filiale France de Lilly ?
Marcel Lechanteur - Le marché pharmaceutique dans sa totalité est en train de changer. Nous sommes au cœur d’un système qui lui-même est réformé. Notre stratégie est surtout centrée sur le patient, au lieu de partir d’une logique produits. Nous disposons de 70 molécules dans notre pipeline, avec une trentaine en phases 2 et 3, dont une dizaine en phase 3. Entre 2012 et 2014, nous allons livrer sur le marché français des produits en diabétologie (dès le premier semestre 2012), en urologie et dans le diagnostic d’Alzheimer. Les perspectives à moyen terme sont relativement encourageantes, pour peu que le marché français continue de permettre l’innovation, et que nous soyons à la hauteur de ses exigences. Les nouvelles attentes du marché, encore mouvantes, rendent les choses plus compliquées mais intéressantes !
La filiale française a rencontré récemment plusieurs difficultés : diffusion en janvier auprès de ses visiteurs médicaux d’une vidéo qui a fait polémique, inscription de quatre produits de Lilly dans la liste des 77 médicaments sous surveillance de l’Afssaps… Comment les avez-vous gérées ?
Cette vidéo était totalement inappropriée. Nous avons renforcé l’ensemble des procédures de diffusion interne, pour qu’une telle situation ne se reproduise pas.
Quant à la liste de l’Afssaps, l’enjeu est de comprendre d’où elle vient. Tous les traitements commercialisés à partir de 2005 y figuraient car ils sont placés dans un plan européen de gestion des risques. Ce plan est une très bonne chose, afin d’assurer le suivi des produits dans le cadre de la vie pratique. Mais il faut assurer l’équilibre entre la transparence et la qualité de l’information. L’intention de la liste était très bonne, mais le problème est l’application lorsqu’on met une information sans son contexte. Or ce n’était pas une nouveauté, mais la publication de quelque chose qui était déjà acté.
Comment avez-vous anticipé la perte du brevet du neuroleptique Zyprexa, intervenue le 27 septembre ?
Ce médicament est extrêmement important pour nous : il représente 20 à 25% du chiffre d’affaires du groupe. Dès 2009, notre CEO a anticipé en annonçant un plan de restructuration avec une réduction des effectifs et des coûts. La seconde partie de la stratégie était l’accélération du pipeline. En France, nous allons rester proches de nos domaines de prédilection comme la schizophrénie ou les neurosciences.
En 2010, nous avons également signé un accord avec la société Delpharm, pour mettre en œuvre une mesure du Conseil stratégique des industries de santé (CSIS), visant à stimuler l’existence de façonniers en France et en Europe investis dans la fabrication pharmaceutique. Grâce à cet accord, Delpharm a pu commencer la fabrication des génériques de l’olanzapine (la molécule du Zyprexa, ndlr) avant l’échéance du brevet. Nous l’avons aussi aidé pour l’obtention de l’AMM, afin que le produit mis sur le marché soit de bonne qualité. En retour, nous bénéficions d’une remise accordée par le CEPS dans le cadre du CSIS (dont le montant n’est pas encore connu, ndlr). C’est une mesure très originale que nous avons été les premiers à concrétiser. Elle trouve aussi son sens dans un contexte de préoccupation sur la disponibilité des médicaments.
Vous étiez précédemment PDG d'Eli Lilly Canada. Que pensez-vous de la réforme du système du médicament menée en France ?
Le Leem (le syndicat de l’industrie pharmaceutique) a bien résumé les choses : nous sommes alignés sur la plupart des propositions. Derrière l’esprit, il y a l’exécution : si nous y sommes associés, on peut arriver à des résultats. Concernant les visites collectives à l’hôpital, il faut laisser le débat suivre son cours.
De nouveaux investissements sont-ils prévus dans votre usine de Fegersheim, en Alsace ?
Créée il y a 40 ans, cette usine est devenue le premier site de production du groupe ! Nous y avons investi en continu, notamment 126 millions d’euros entre 2007 et 2009, pour améliorer nos process et optimiser le système de conditionnement de notre production d’insuline. 95% de sa production part à l’export : elle représente 7% du commerce extérieur réalisé par l’industrie pharmaceutique française.
Comment expliquez-vous l’arrêt de travail lancé en septembre par l’intersyndicale de cette usine ?
En lien avec les annonces de notre groupe, nous avons lancé un plan de volontariat dont l’objectif était de toucher environ 10% de nos effectifs. Il est finalisé depuis juin : 258 salariés auront quitté notre filiale d’ici la fin de l’année. Le groupe a aussi annoncé un gel des salaires à l’échelle mondiale, mais en tenant compte des obligations légales ou des contraintes liées aux différents marchés. Nous allons tenir compte des avis des instances représentatives.
Qu’attendez-vous du prochain CSIS, qui devrait se tenir fin janvier ?
Le PDG de notre groupe était venu lors du précédent CSIS, en 2009. Nous avons investi dans le fonds Innobio, une initiative des pouvoirs publics pour promouvoir les biotechnologies en France. Nous nous étions fixés l’objectif de doubler nos investissements en partenariats publics privés sur la période 2010-2012, pour atteindre 1,5 million d’euros. Cela nous permet d’être proches du marché et de comprendre ses attentes. Compte tenu des enjeux de recherche aujourd’hui, il faut parfois être plusieurs partenaires autour de la table pour avancer.
Le prochain CSIS permettra de faire le bilan de ces différentes mesures, et de prendre des axes forts et discriminants. En France, ne pas avoir une politique axée sur l’innovation ne serait pas acceptable. La mesure avec les façonniers va perdurer, d’autres devront être amendés. Et pourquoi pas, dans un second temps, réunir tous les acteurs de la chaîne de la santé : les acteurs du diagnostic, de l’assurance…

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