Gazprom affiche son appétit
Le 10 juin 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle
Le patron du géant gazier russe n'a pas froid aux yeux. Numéro un des entreprises mondiales d'ici huit ans, et bientôt premier opérateur gazier en France : pour Alexeï Miller, l'avenir du groupe semble limpide.
Dans une interview publiée ce mardi 10 juin par Le Figaro, Alexeï Miller, directeur du puissant groupe russe semi-public Gazprom, revient sur les enjeux énergétiques en Europe. Et annonce la couleur : il « entend devenir l'opérateur énergétique de référence en France », tout en précisant que « la clientèle visée est d'abord celle des professionnels et des PME ». Ce mardi à Deauville pour une réunion d'affaires, il a également déclaré que Gazprom serait « la première société au monde d'ici sept à huit ans, et pas seulement dans le secteur énergétique ».Gazoducs. Sur la question de « gazoducs ouverts à tous », liée à des enjeux géopolitiques lourds alors que l'Europe tente réduire sa dépendance aux pipelines russes qui pompent le gaz dans la mer Caspienne et l'acheminent vers l'Ouest, la réponse d'Alexeï Miller est claire. « Ces installations (...) sont traditionnellement réalisées par les compagnies énergétiques elles-mêmes. C'est leur intérêt. En revanche, réserver exclusivement à des entreprises tierces la responsabilité de réaliser ces investissements ferait peser une menace d'insuffisance de capacité de transport. N'est-ce pas un grand risque à faire courir à l'Europe dont la consommation de gaz va beaucoup augmenter ces prochaines années ? ». Visé en filigrane, le projet de gazoduc Nabucco, qui doit acheminer à partir de 2013 le gaz de la mer Caspienne vers l'Europe en évitant la Russie, et qui risque sérieusement de capoter. Ses coûts ont doublé, victimes du pétrole cher, et le consortium se heurte à la difficulté de conclure des contrats d'approvisionnement de gaz auprès de l'Azerbaïdjan, sous influence russe.
Priorité au marché intérieur. Dans le contexte actuel de flambée des prix pétroliers, les ressources en hydrocarbures confèrent à la Russie un argument de négociation de poids sur le plan international. Alexeï Miller a d'ailleurs affirmé que le prix du baril de pétrole atteindrait 250 dollars, sans préciser à quelle échéance. Le patron de Gazprom a également indiqué que le marché intérieur russe allait devenir "prioritaire" par rapport au marché des exportations. Interrogé pour savoir si Gazprom allait faire des acquisitions en Russie, Alexeï Miller a rappelé que son groupe avait "acquis beaucoup d'actifs pétroliers en Russie" et que maintenant il "les consolidait", avec un objectif de produire "jusqu'à 100 millions de tonnes de pétrole par an" à partir de 2020.
TNK-BP, 3ème groupe pétrolier de Russie détenu pour moitié par la major britannique BP et pour le reste par trois milliardaires russes, avait vu les ennuis, notamment judiciaires, pleuvoir sur lui ces derniers mois. Nombre d'analystes estimaient qu'il pouvait s'agir de pressions déguisées pour contraindre le groupe à s'offrir au géant gazier. En guise de gage à l'Europe inquiète, le conseiller du président russe Dmitri Medvedev a déclaré, en marge du Forum économique de Saint-Pétersbourg le 9 juin, qu'une entrée de Gazprom au capital de TNK-BP « n'était pas à l'ordre du jour ». Ephémère caution.
Ana Lutzky
Lire aussi :
Le gazoduc Nabucco victime du pétrole cher, le 04/06/2008
Gazprom dépasse GE et China Mobile, le 14/05/2008

dans la même rubrique
13/02/2012 La loi d'austérité adoptée par le parlement grec12/02/2012 Renault cherche cadres marocains, même inexpérimentés
12/02/2012 Grande manifestation en Grèce avant le vote du plan d'austérité












