Gaz de schiste : précaution n'est pas raison

Par  - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3299
Thibaut De Jaegher, directeur de la rédaction
© P.G.

Au principe de précaution, il manque un contre-pouvoir. Puisqu'il n'est plus interdit d'interdire, si l'on ne veut pas subir cette loi inique, il faudrait lui adjoindre un devoir d'innovation.

Dans le doute, interdis ! Depuis quelques années, la France semble vivre sous le diktat de cette nouvelle loi. Nos hommes politiques, députés, sénateurs, ministres ou Président, n'hésitent plus à ostraciser des filières technologiques entières au nom du principe de précaution. Les OGM en ont fait les frais et, aujourd'hui, les hydrocarbures non-conventionnels, les fameux gaz de schiste, semblent promis au même destin, le président de la République ayant affirmé qu'il n'accorderait aucun permis d'exploration durant les cinq années de son mandat.

Avec ce nouveau coup d'éclat qui a pris par surprise les industriels [lire notre enquête page 54], c'est le concept même du principe de précaution qui est questionné. Depuis son inscription dans notre Constitution, en 2005, il est presque devenu un dogme. Et, comme tous les dogmes appliqués à la lettre et sans esprit, il ne permet pas de prendre des décisions équilibrées. Il disqualifie, a priori, tout autre critère de discernement dès lors que l'on parle de nouvelles technologies ou de production industrielle. Dans le cas des gaz de schiste, il a été poussé à son paroxysme, puisqu'il sert d'argument pour nous empêcher de regarder ce que recèle - ou non - le sous-sol français...

Il ne s'agit pas ici de remettre en cause cette règle de prudence. Elle est légitime et indispensable pour ne pas agir aveuglément. Le problème, c'est qu'elle est devenue le seul critère pour évaluer l'intérêt d'une technologie. Critère qui agit comme un prisme déformant nous faisant voir le mal partout. En fait, au principe de précaution, il manque un contre-pouvoir. Puisqu'il n'est plus interdit d'interdire, si l'on ne veut pas subir cette loi inique, il faudrait lui adjoindre des devoirs. Nous pourrions, par exemple, imaginer que tout rejet d'une technologie oblige l'État à lancer un effort national de recherche pour lui trouver des alternatives. Dans le cas des gaz de schiste, les politiques ne pourraient geler toute exploration sans fixer les conditions qui permettraient de lever cette interdiction. En l'espèce, ils pourraient exiger l'utilisation ou la mise au point de technologies moins polluantes. En somme, pour nous libérer du principe de précaution, il faudrait lui adjoindre un principe d'innovation.

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