Gary Klesch : "Arkema a refusé de négocier avec nous"

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Gary Klesch

Alors qu’une délégation intersyndicale de Kem One sera reçue jeudi 7 mars au ministère du Redressement productif, son patron Gary Klesch ne mâche pas ses mots à l’encontre d’Arkema…

"Je ne sais pas combien de temps encore Arkema va continuer à nier la situation." Interrogé par L’Usine Nouvelle, Gary Klesch ne mâche pas ses mots. Et a pour le moins désarçonné la direction du chimiste français en annonçant via un simple communiqué de presse, lundi 4 mars, qu’il attaquait le chimiste français devant un tribunal arbitral pour "fausses informations". "Cela a surpris tout le monde, assure une porte-parole d’Arkema. La méthode va à l’encontre des règles juridiques. Dans ces cas-là, il faut prévenir la partie adverse."

Gary Klesch demande l’indemnisation de Kem One SAS pour "les insuffisances du bilan et du compte de résultat". Il se réserve "le droit de demander au tribunal arbitral l’annulation de la cession de Kem One SAS" et demande au total 310 millions d’euros de dommages et intérêts. Réponse d’Arkema : "Le groupe Klesch a eu, en toute transparence et tout au long des négociations, accès à l’ensemble des informations nécessaires, et usuelles dans ce type de transactions, lui permettant d’apprécier la situation financière."

Comment la relation entre le groupe suisse et Arkema est-elle arrivée à un tel niveau de tension alors même que les deux parties semblaient en parfait accord l’été dernier ? En juillet 2012, l’homme d’affaires américain devenait acquéreur du pôle regroupant les activités vinyliques d’Arkema. Un ensemble important constitué de 2600 salariés répartis dans 22 usines de production de chlore, de soude et de PVC implantées en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Mais un ensemble en perte de vitesse…

Perte de 135 millions d’euros

En raison d’une baisse de la demande pour ces produits de commodités et de sa volonté d’accélérer sa stratégie de recentrage vers les produits de spécialités, Thierry Le Hénaff, le PDG d’Arkema, souhaitait dès 2011 se défaire de ces activités vinyliques. Après dix-huit mois de négociations, Gary Klesch et la direction d’Arkema tombent d’accord : le français prend à son compte les 587 millions d’euros de pertes du pôle – ce qui met Arkema dans le rouge en 2011 - et le nantit d’une trésorerie de près de 100 millions d’euros avant de le céder à l’Américain. "Gary Klesch n’a pas mis un euro dans cet achat", résume une porte-parole d’Arkema.

A l’époque, Arkema est clairement satisfait de se "débarrasser" d’une activité qui n’est plus en phase avec les ambitions de produits de gamme auxquelles le groupe aspire. Quant à Gary Klesch, il se répand largement dans la presse pour assurer de sa capacité à redresser la barre, fort d’une grande expérience dans d’autres secteurs de commodités, tels que l’aluminium et le raffinage. "Nous travaillons déjà avec les commodités et nous savons comment les vendre, avait expliqué Gary Klesch à L’Usine Nouvelle. De plus, notre expertise dans l’électrolyse, utilisée dans l’aluminium et la production de chlore, va nous permettre d’améliorer l’efficacité du process."

Force est de constater que l’entente et l’optimisme ne sont plus. "Les informations liées au montant des bénéfices attendus ne sont pas en accord avec la réalité", estime aujourd’hui le dirigeant. "De juillet 2012 à février 2013, nous avons subi une perte de 135 millions d’euros, c’est que quelque chose ne va pas." Gary Klesch tient à préciser que ces accusations portent sur la partie amont du groupe, Kem One SAS, et non sur la partie aval, Kem One Innovative Vinyls, qui n’est pas déficitaire.

Des perspectives de marché incertaines

Et Gary Klesch d’égrener ses griefs envers Arkema, qui se dit « profondément choqué par ces allégations graves et mensongères ». Le dirigeant s’interroge par exemple sur la démission surprise d’Otto Takken, directeur général du pôle, quelques jours après la transaction alors qu’il avait porté tout le projet depuis le début. « Nous lui faisions confiance, commente Gary Klesch. La lumière devra être faite sur sa démission, qui a provoqué des débuts très mauvais. » Arkema évoque de son côté des raisons de santé pour justifier ce départ.

Gary Klesch déplore des "performances financières insuffisantes" pour expliquer le non-paiement d’un certain nombre de factures de ses fournisseurs. Il balaie d’un revers de la main la faiblesse de la demande de PVC en Europe, destiné en particulier aux marchés de la construction et de l’automobile. "La situation actuelle n’a rien à voir avec le marché", selon lui.

Chez Arkema, qui n’a jamais nié les difficultés du secteur et les perspectives incertaines, on mentionne aussi comme facteurs explicatifs les difficultés d’approvisionnement en éthylène, la hausse des prix de l’électricité (alors que la production de chlore est très énergivore) et l’arrêt accidentel de décembre dernier au niveau de la raffinerie de Naphtachimie de Lavéra (Bouches-du-Rhône). Tant et si bien que les usines de Kem One tourneraient à 50% de leurs capacités, selon une source au sein d’Arkema…

Un processus très long

Gary Klesch aurait-il sous-estimé la situation ? "Nous essayons depuis des mois de négocier avec des interlocuteurs de chez Arkema, mais ils ont refusé", affirme l’Américain. Une version que conteste catégoriquement Arkema. En tout cas, sa gestion financière inquiète les syndicats depuis déjà plusieurs mois. En particulier concernant des mouvements de fonds en direction de Malte et de Jersey. "Ce sont de grands centres d’échanges financiers bien connus, il n’y a rien de caché", répond Gary Klesch. Les élus du comité central d’entreprise n’en ont pas moins lancé un droit d’alerte et réclamé l’intervention de l’Etat.

A l’heure où le gouvernement, et surtout le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, tente d’éviter les fermetures d’usines, le dossier prend une tournure politique. Jean-François Carenco, le préfet du Rhône, a assuré mardi 5 mars à la CGT de Kem One que l’Etat "ne laissera pas tomber" la société. Une délégation intersyndicale de Kem One sera d’ailleurs reçue jeudi 7 mars au ministère du Redressement productif.

Le règlement du conflit promet d’être long. "Le processus peut prendre de un à trois ans, précise une porte-parole d’Arkema. Chaque partie doit choisir un arbitre et s’entendre sur un arbitre juge. Des audiences et de nombreux aller-retour entre les parties devront être organisés." Les salariés espèrent que l’Etat restera à leur côté durant ces longs mois…

Olivier James

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