Galderma, le laboratoire de l'alliance L'Oréal - Nestlé
Par ADRIEN CAHUZAC, AVEC PATRICK DÉNIEL - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3206Créé en 1981 en joint-venture, Galderma s'est imposé et s'offre aujourd'hui une marge d'exploitation confortable. Mais les deux imposants propriétaires ont-ils la volonté d'aller plus loin ou au contraire de dénouer leur coopération ?
L'affaire Woerth-Bettencourt, l'avenir de la participation de Nestlé dans L'Oréal... Au-delà des ambitions que l'on prête au géant suisse de prendre le contrôle du géant français des cosmétiques, c'est l'avenir de leurs deux joint-ventures, Galderma et Innéov, qui se retrouvent sous le feu des projecteurs. Et notamment celui de la plus ancienne et de la plus importante de ces filiales communes, Galderma, détenue à parité. Créée en 1981 par L'Oréal et Nestlé, cette société spécialisée dans les produits dermatologiques est un peu leur pépite commune. Et, sans aucun doute, une belle réussite. Galderma réalise aujourd'hui 978 millions d'euros de chiffre d'affaires, à 50 % aux États-Unis. Elle possède depuis 2006 le plus grand centre de R et D mondial en dermatologie, à Sophia-Antipolis, regroupant 450 chercheurs. Et le joint-venture se paye même le luxe d'être plus rentable que ses prestigieux actionnaires, avec une marge d'exploitation de 17,4 % en 2009 (contre 14,6 % chez Nestlé et 14 % chez L'Oréal).
Depuis sa création, la société a rempli deux missions pour ses géniteurs. Celle de laboratoire expérimental pour alimenter leurs propres équipes de recherche. Et celle de machine à cash pour consolider leur trésor de guerre. Galderma enregistre chaque année de fortes croissances de son activité (+ 15 % en 2009) et d'importantes marges. « Au départ, l'entreprise était une activité exploratoire, rappelle Sylvie Ouziel, la directrice générale adjointe d'Accenture Management Consulting. Ce laboratoire a permis aux deux groupes de tester des nouveaux relais de croissance, aux frontières de leurs marchés traditionnels. » Le joint-venture a parfaitement joué son rôle. Il s'est hissé parmi les leaders de la dermatologie mondiale, grâce « à une collaboration étroite entre les équipes de recherche de L'Oréal et de Nestlé », explique-t-on en interne, sans plus de précision. Nous n'en saurons guère plus sur les retombées concrètes de cette activité, ni sur les compétences que les deux groupes ont pu acquérir grâce à cette expérience. La société impose le silence complet, compte tenu du contexte actuel.
SE DIVERSIFIER, UNE DÉCISION STRATÉGIQUE
Malgré les rumeurs, la pépite de Nestlé et de L'Oréal trace son sillon. Mais elle doit faire face à la fameuse « falaise des brevets », touchant le secteur pharmaceutique et qui marque la fin de la protection de nombreuses molécules enregistrées il y a environ vingt ans. Une échéance fixée à l'horizon 2012-2013. « Galderma essaie de se développer en dehors des produits sous prescription médicale pour s'ouvrir à l'esthétique et à l'automédication, deux marchés en forte croissance », explique Vincent Genet, le directeur de la branche santé du cabinet de conseil Alcimed.
Grâce à un partenariat avec le français Ipsen, Galderma commercialise en Europe un produit à base de toxine botulique pour combler les rides. Et propose depuis le printemps son premier traitement à prescription facultative, afin de lutter contre la mycose des ongles.
Mais ces nouvelles perspectives n'exempteront pas L'Oréal et Nestlé de décisions plus stratégiques. La part de Galderma dans leur chiffre d'affaires respectif reste minime. « Le tandem devrait peut-être se lancer dans des acquisitions, afin d'atteindre une taille critique », estime un analyste. La seule véritable croissance externe réalisée par les actionnaires de Galderma date de 2008. Les deux groupes avaient racheté CollaGenex, un petit laboratoire américain de 40 millions d'euros de chiffre d'affaires, maîtrisant les traitements contre la couperose. Cette fois, les deux alliés pourraient viser plus gros.
L'essentiel n'est pas là. Dans le cadre d'une éventuelle acquisition, la parité entre les deux actionnaires pourrait être remise en cause. Et l'un prendre l'avantage sur l'autre. Pour Sylvie Ouziel, « la situation entre les deux partenaires est amenée à évoluer. Dans les grands joint-ventures, il y en a toujours un qui finit par racheter les parts de l'autre », analyse-t-elle. L'Oréal paraît être le candidat le plus évident, d'autant que Galderma se lance dans la dermo-cosmétique. Et que Nestlé semble mener une politique de recentrage de ses activités sur l'alimentaire. Sauf si le groupe suisse a d'autres idées en tête. « Il pourrait éventuellement inventer un modèle d'entreprise à deux jambes : l'une agroalimentaire, l'autre cosmétique », imagine Philippe Jaegy, le vice-président du cabinet de conseil, Solving Efeso. Cela reviendrait à racheter L'Oréal. Et donc Galderma.
À mi-chemin entre l'alimentaire et les cosmétiques, Innéov était, sur le papier, plus que légitime. Huit ans après, « la révolution annoncée n'a pas eu lieu », tranche Marion Meslin, analyste chez Alcimed. Innéov est arrivé en 2002 sur un marché du complément alimentaire concurrentiel et n'a jamais réussi à s'imposer parmi les leaders. « Un seul axe stratégique autour de la nutricosmétique ne répond plus aujourd'hui aux attentes du marché des compléments alimentaires ni à celles du consommateur », analyse Philippe Sibour, le PDG d'Alliance Consulting. Innéov souffre avec 3,2 millions d'euros de pertes d'exploitation en 2009 pour 60 millions d'euros de chiffre d'affaires. Il doit migrer vers les compléments alimentaires à vocation santé. Plus suisse que français, même si son marketing est intégré à celui des Laboratoires Vichy, Innéov mise sur l'expertise de Nestlé pour être le premier à faire valider à Bruxelles une allégation santé sur les probiotiques.
- 978,2 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2009
- 17,4 % du chiffre d'affaires, pour le résultat d'exploitation
- 3 200 salariés, dont 450 en R et D
- 20 % du chiffre d'affaires sont investis en R et D
- Sites de production Alby-sur-Chéran (France), Montréal (Canada) et Hortolandia (Brésil)

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