Gabriel Artero : "J'ai l'industrie à coeur, je suis entrepreneur !"

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Gabriel Artero - CFE-CGC Métallurgie
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Par Gabriel Artero, Président de la CFE-CGC Métallurgie.

Que la ré-industrialisation de la France devienne grande cause nationale ne peut que me rassurer. A une condition cependant, qu'elle ne se résumât  pas à un seul argument de campagne électorale où les mots, la forme, l'emporterait sur les maux, le fond.

Une politique industrielle robuste suppose de la puissance publique constance et détermination dans le suivi et l'application des décisions, des schémas de développement, des engagements de dépenses. En rêvant un peu, elle pourrait faire l'objet d'un consensus général, traversant échéances et alternances. Rien n'est moins sûr.

Traitons en premier lieu la césure, à mes yeux trop arbitraire, entre emplois industriels et emplois de services, du moins services opérationnels, c'est-à dire ceux recouvrant les activités au service des entreprises : informatique, maintenance, juridique…

Ces services dépendent souvent d'une politique d'externalisation plus ou moins poussée, voire, s'agissant de l'intérim, de la variable d'ajustement de l'activité, dont usent les employeurs. Que les activités et emplois associés, considérés "cœur de métier", fassent défaut et ce sont les seconds qui tombent à l'eau.

En ce sens, le Conseil d'analyse stratégique (CAS ) dans deux documents publiés le 17 janvier dernier, pointe les secteurs en perte d'emplois : automobile, chimie, énergie… pendant que d'autres, aéronautique, agroalimentaire, pharmacie se stabilisent. Le "recentrage sur le cœur de métier" et l'externalisation massive va "perdre graduellement en intensité ". Comprenez, ce processus n'est pas terminé.

L'industrie se développe et s'oriente dans le temps long

Ce que le CAS traduit dans ses prévisions à moyen terme par une création de 236.000 emplois de services opérationnels. C'est donc, pour rester à surface équivalente, sur la variation de la somme de ces deux composantes que nous devrions raisonner.

Mais les questions essentielles qui demeurent sont de deux ordres. D'une part,  comment orienter les projets et les développements d'avenir, gage des emplois de demain, tout en stabilisant les activités matures, les emplois d'aujourd'hui ? D'autre part, comment accompagner cette transition sur le moyen/long terme et la rendre socialement supportable ?

Premier élément fondamental : l'industrie se développe et s'oriente dans le temps long. Il en va des investissements comme des retours attendus : une balance entre constance et patience. Favoriser les grands programmes, dénoncés par certains comme relents d'un "Colbertisme" dépassé, ou soutenir l'innovation en faveur des PME-PMI considérées comme les  véritables sources de création d'emplois  relèvent bien de décisions politiques au long cours.

Fortes et structurantes, elles induisent  dans le temps une sectorisation ou spécialisation, de préférence à forte valeur ajoutée. C'est précisément ce que le "modèle" allemand, devenu référence, a su produire. En la matière,  il a croisé les deux au lieu de les opposer.  Le pragmatisme avant tout  !   

Deuxième élément fondamental : agir au bon niveau. Aider des PME à acquérir un bien de production  peut se décider aisément à partir de lignes budgétaires de collectivités territoriales. Pour mémoire, 90% des établissements relevant de la branche Métallurgie sont composés de moins de 50 salariés. Simplifier et faciliter l'accès aux crédits, créer un guichet unique devient une priorité absolue.

"Les budgets de R&D ne sont pas à la hauteur"

En creux, c'est la réforme de la puissance publique et de son maquis administratif qui apparait incontournable. Concevoir et organiser l'ensemble des activités et des modèles économiques associés  nés  de nouvelles  technologies, telles l'électro-mobilité ou le génie génétique par exemple, doit  en revanche être concerté et piloté au plan national.

Enfin il est des domaines considérés comme stratégiques et d'avenir, mais trop fortement capitalistiques, dont seule l'Europe a les moyens. C'est,  me semble t-il, le cas des nanotechnologies et du semi-conducteur aujourd'hui, comme ce fut le cas hier pour la maîtrise de l'espace ou de l'air.

Nous disposons en France de nombreux  attributs de la réussite : laboratoires de recherche reconnus,  écoles d'ingénieurs de qualité, pôles de compétitivité. Mais demeure une  seule certitude, les budgets de R&D ne sont pas à la hauteur, loin des enjeux auxquels nous sommes confrontés, loin du traité de Lisbonne.

Qu'il faille créer, ce que d'aucuns appellent de leurs vœux, un "choc de compétitivité" par transfert de charges de l'assiette du travail vers la consommation ne peut raisonnablement être démontré et encore moins accepté en quelques semaines. Qu'il faille que les organisations syndicales, impuissantes à changer le signe négatif du solde "création-destruction"  prennent,  sans tabous, leurs responsabilités est une évidence. Mais cela aussi demandera un peu de temps. De même,  je prône  un changement de gouvernance des entreprises, par une plus grande implication des salariés, tel l'actionnariat salarié.

Convaincu qu'il n'est point d'économie forte et durable sans industrie forte, je suis de ces acteurs qui gardent la foi et  ont l'industrie à cœur. Du changement … je suis entrepreneur  !

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1 réaction

Berni50 | 03/02/2012 - 16H36

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