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Fusion SNPE-Safran : les discussions ont commencé

Par Rédaction L'Usine Nouvelle - Publié le
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Antoine Gendry, P-DG de la SNPE, a dévoilé ses projets pour le groupe lors de son audition par la commission Défense de l'Assemblée Nationale. Il rencontre ses interlocuteurs chez Safran ce 29 janvier.

Le projet de rapprochement de l'activité de SNPE Matériaux énergétiques (SME) à celle de la Snecma Propulsion solide (SPS), société du groupe Safran, a pris la voie rapide. Auditionné par la commission Défense de l'Assemblée nationale le 21 janvier, le P-DG de la SNPE Antoine Gendry a été on ne peut plus clair. « Lorsque le Gouvernement m'a proposé de prendre la direction de ce groupe, il ne m'a pas caché son intention de s'engager dans un processus de privatisation. (...) La lettre de mission que les ministres de la défense et de l'économie m'ont adressée est d'ailleurs explicite (...) ». Le groupe SNPE est en effet détenu à 99,9% par l'Etat. Sa privatisation inquiète les salariés : « Confier la sécurité militaire d'un pays à un groupe privé, c'est osé » estime l'un deux.  « Et dans l'autre sens, ce n'est jamais très bon qu'un groupe privé ait tout intérêt à ce que se déclenchent des guerres, pour faire fleurir son commerce.»

Le patron du chimiste public a évoqué devant la commission le sort de chacun des 4 secteurs d'activité du groupe : « contrairement à la branche propulsion qui est actuellement rentable, les autres filières ont actuellement des résultats négatifs ou très faiblement positifs», a-t-il pointé.

















SME-Safran
: Pour la branche rentable, la voie est tracée. « Les discussions avec Safran sur le projet d'accord commencent le 29 janvier. Les intentions sont relativement simples » a-t-il annoncé.  A savoir, grâce au rapprochement de l'activité de SNPE Matériaux énergétiques avec celle de la Snecma Propulsion solide (SPS), société du groupe Safran, « optimiser la filière de propulsion stratégique et spatiale, notamment avec un missile de plus longue portée que le M51 ». Reste que le rapprochement SME-SPS ne se fera pas sans mises au point. « Nous ne donnerons pas une carte blanche à l'acheteur.» a-t-il prévenu.  « Nous veillerons à ce que l'accord prenne en compte les préoccupations relatives au maintien de l'outil de production, de la recherche, des compétences et des hommes, et sans doute de l'emploi. » a-t-il poursuivi.

SNPE dans le cortège de manifestants

Parmi les 80 000 manifestants bordelais présents dans les rues lors de la grève nationale ce 29 janvier, 250 salariés de la SNPE ont défilé contre la privatisation de leur société.
La reconnaissance des spécificités du rôle de propergoliste de SME, par le motoriste qu'est SPS, tient à cœur des salariés : « quand on ne connaît pas un métier, on a tendance à penser que tout est facile », résume un ingénieur. « Il peut venir à l'idée de certains que le grand mécanicien qu'est Safran, qui fabrique des moteurs d'avions, ne se rende pas pleinement compte de l'intérêt des compétences de SME » a également mentionné le P-DG auprès de la commission Défense. « L'accord de coopération industrielle devra notamment permettre de répondre aux interrogations en la matière » a-t-il précisé.

Autre élément au cœur des négociations : le centre de recherche du Bouchet, « très performant », selon Antoine Gendry, et pour lequel « Safran a d'ailleurs marqué de l'intérêt ». Or ce centre travaille également pour Eurenco et d'autres entreprises de SNPE (Bergerac NC ou Isochem) ou pour des clients extérieurs. « L'accord de coopération industrielle avec Safran devra (...) prévoir comment ces prestations devront être poursuivies » a-t-il expliqué. Même si l'issue du rapprochement est plus ou moins certaine, et que l'Etat est pressé, les discussions sur le projet industriel puis sur le prix devraient tout de même prendre de longs mois, avant la vente.

Eurenco. Pour cette filière, stratégique selon la DGA puisque liée aux munitions françaises, mais en grande difficultés financières, le rachat par Nexter est peu ou prou officialisé : «Nexter a par exemple déjà manifesté de l'intérêt pour cette activité d'Eurenco (...) Si le groupe Nexter confirme ses intentions, il est vraisemblable qu'il voudra poursuivre le mouvement et provoquer une intégration européenne des industries de production de produits explosifs.» (...) a-t-il ajouté. Côté emploi, le P-DG avait déjà prévenu que les effectifs seraient réduits. « La fabrication de certains produits » serait « maintenue en France » a-t-il ajouté devant la commission Défense. Des usines Eurenco sont en effet présentes en Suède et en Finlande, les sociétés Saab et Patricia détenant une partie de son capital.

Eurenco brûle ses dernières cartouches

Pour éponger ses dettes et gagner du temps, Eurenco France s'est fait absorber par sa holding en novembre dernier. Son site de Bergerac fabrique des boîtiers combustibles destinés au canon Caesar de l'Armée française, conçu et fabriqué par Nexter.
Tout porte à croire que les activités liées aux munitions seront rapatriées côté scandinave, les maigres commandes de poudre de la DGA faisant dépérir le site de Bergerac d'Eurenco. Seule devrait rester dans l'Hexagone l'activité liée au 2-ENH, composé qui améliore la combustion des carburants diésels et permet de réduire les émissions de C02.  Le site français en produit 100 000 tonnes par an, et cela marche du tonnerre. Avec l'effort international de réduction des émissions de gaz à effets de serre et la législation européenne concernant les constructeurs automobiles sur ce sujet, le composé est en effet très demandé.
Le P-DG de la maison-mère, reconnu pour ses talents de redresseur d'entreprises, a par ailleurs mentionné des « investissements de productivité », faisant référence au fait d' « automatiser certaines tâches réalisées aujourd'hui manuellement. » Il s'est donné 3 à 6 mois pour trouver une solution.

Quant aux activités de chimie fine et de spécialité, destinées à des usages pharmaceutiques, industriels ou agroalimentaires, « elles s'inscrivent (...) naturellement dans le secteur privé. » estime-t-il. « Il faudra simplement les rendre attractives et trouver de bons partenaires pour défendre au mieux les intérêts patrimoniaux de l'État. » En d'autres termes, en tirer le meilleur prix, Antoine Gendry évoquant à leur sujet un « calendrier (...) sans doute plus long ».

Le versement récent de 150 millions d'euros par Total à la SNPE, concernant le litige AZF qui les opposait, vient à point nommé fluidifier l'opération. « Grâce à ce versement, la dette de la SNPE sera très réduite à la fin de l'année 2009. Et, si SNPE cède SME dans le même temps, elle se retrouvera en possession d'une somme substantielle pour redresser et redynamiser un nombre restreint d'entreprises» a affirmé Antoine Gendry. Pour sûr, il annonce la couleur.

Ana Lutzky

Lire aussi :
SNPE : 1428 emplois menacés par la fusion avec Safran ? le 15/01/2009
La SNPE recevrait entre 100 et 150 millions d'euros de Total pour se retirer du procès AZF, le 14/01/2009
Trêve de noël à la SNPE, le 22/12/2008

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