Fuites d'eau, la traque s'accélère
Le 28 août 2008 par Camille Chandès | L'Usine Nouvelle n° 3112La détection des fuites dans les réseaux d'eau potable devient l'une des priorités des collectivités locales. Les opérateurs privés comme Suez et Veolia suivent le mouvement et les fabricants d'équipements en profitent.
Difficile de trouver une manifestation sur l'eau potable n'abordant pas la question du maintien de la bonne performance des réseaux de distribution. Le 13e Congrès mondial de l'eau, sous l'égide de l'Association internationale des ressources en eau qui se tient du 1er au 4 septembre à Montpellier, ne fera pas exception à la règle. En France, 20 % en moyenne de l'eau potable se perd avant d'arriver au consommateur. Un chiffre pouvant atteindre 50 % dans certains pays de l'Est ou du Proche-Orient. Les principaux coupables sont bien connus : des réseaux défectueux laissant s'échapper l'eau.
« Depuis une dizaine d'années, les collectivités locales sont de plus en plus sensibles au problème des fuites », souligne Jean-Louis Gagnon, le directeur adjoint technique responsable de l'exploitation pour la Saur, le troisième opérateur français dans la gestion déléguée de services de l'eau pour les collectivités locales.
nécessité de préserver l'or bleu
La première raison provient des réglementations contraignantes pour les collectivités. Un décret de mai 2007 leur impose de fournir un indicateur de performance sur le rendement de leur réseau (rapport entre les volumes réellement distribués et ceux produits). Aucune collectivité ne souhaite voir cette valeur mauvaise, car elle conditionne certaines subventions versées par les agences de l'eau. Cela les pousse à investir.
Ensuite, parce que l'enjeu économique est de taille. Selon l'Institut français de l'environnement, les fuites relevées sur les 850 000 kilomètres de canalisations d'eau potable que compte la France étaient estimées, en 2004, à 1,3 milliard de mètres cubes. Sans compter la facture énergétique. « L'eau est rendue potable selon des normes européennes très strictes. Ceci requiert beaucoup d'énergie pour la produire. Les élus sont conscients du manque de logique à mettre cette eau dans des réseaux ressemblant à des passoires », précise Jean-François Donzier, le directeur général de l'Office international de l'eau.
Enfin, l'idée de la nécessité de préserver l'or bleu fait son chemin. Il se raréfie progressivement. Si la France a la chance de bénéficier de ressources abondantes, le réchauffement climatique devrait conduire à des périodes de sécheresse toujours plus fréquentes et entraîner des limitations de consommation. Poussés par les collectivités locales, les industriels spécialisés dans la gestion de services de l'eau n'ont pas eu d'autre choix que d'accélérer leurs programmes de traitement des fuites en France. « Depuis cinq ans, les contrats comportent systématiquement des objectifs chiffrés en matière de réduction des pertes, avec des pénalités à la clé pour l'exploitant en cas d'échec », indique Régis Taisne, l'adjoint au directeur des services de l'eau de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies.
la télésurveillance réduit les délais de détection
Suez Environnement, à travers sa filiale Lyonnaise des eaux qui gère 110 000 kilomètres de réseau d'eau potable en France pour le compte de collectivités, a ainsi créé en 2003 un programme baptisé « Le cercle des eaux disparues ». Il vise à réduire les délais de détection des fuites grâce à des technologies de télésurveillance. La société se targue ainsi d'avoir fait économiser à la ville de Dijon, 1,2 million de mètres cubes d'eau en 2007 grâce à la mise en place d'un système de prélocalisation (voir l'encadré page 34). Son principal concurrent Veolia a mis en place un système analogue sur la ville de Toulouse. Par ailleurs, ces industriels n'ont cessé d'étoffer leurs équipes de techniciens spécialisés dans la recherche de fuite et mettent en place des programmes de formation spécifiques.
De nouvelles sociétés en renfort
De nombreux « chasseurs de fuite » et de bureaux d'études spécialisés dans la modélisation des réseaux ont également vu le jour. « Sur les cinq dernières années, entre 50 et 100 sociétés, généralement de moins de deux salariés, se sont installées », raconte Thierry Hoffmann, le gérant de la filiale française du fabricant d'équipement allemand Sewerin. Elles sont souvent appelées en renfort par les collectivités quand celles-ci gèrent directement le service de l'eau (en régie) et les opérateurs extérieurs quand ils n'ont pas d'équipes disponibles. L'alsacien Gerris (1,5 million d'euros de chiffre d'affaires en 2007, 11 salariés), spécialisé dans la recherche et la distribution de matériel de détection de fuites a ainsi consolidé ses positions. « Nous ne cessons de nous développer. Nous recrutons un à deux techniciens par an », explique Christophe Ullmann, le responsable d'exploitation de l'entreprise.
pas de solution miracle pour économiser l'eau
Mais les grands gagnants demeurent les fabricants d'équipements destinés à la recherche de fuite (débitmètres, détecteurs de canalisations, corrélateurs acoustiques, capteurs). Là encore, des sociétés ont vu le jour. La PME lilloise Hydrelis, créée en 2004, a mis au point une gamme de disjoncteurs d'eau autonomes capables de détecter, grâce à un système embarqué, des fuites, mais aussi des surconsommations ou des ruptures de canalisations et peut couper l'arriver d'eau. Les fabricants établis (ils sont moins de dix) ont profité de la tendance. Mais le marché, évalué à six millions d'euros en France, reste une niche.
Le holding britannique Halma Water Management (propriétaire des sociétés Palmer, Radcom Technologies, Hydreka et Radio-Tech) et l'allemand Sewerin restent les leaders mondiaux. Ce dernier a vu son chiffre d'affaires français croître de 10 % par an ces cinq dernières années pour atteindre quatre millions d'euros. Le Britannique Primayer, présent depuis quatre ans en France, à quant à lui vu ses ventes augmenter de 30 % en cinq ans.
Reste que les technologies destinées à détecter les fuites ne constituent pas la solution miracle pour économiser l'eau. Pour des raisons financières, de nombreuses communes choisissent en effet de laisser fuir le réseau, les fuites étant encore coûteuses à rechercher et à réparer, puisqu'il faut compter 1 000 euros la fuite environ. Au-delà, maintenir le réseau de distribution d'eau potable en état passe par le renouvellement des canalisations vieillissantes. Des investissements estimés cette fois en milliards d'euros.

dans la même rubrique
13/02/2012 Comment Eurocopter tourne les "offset" à son avantage en Malaisie13/02/2012 Les réacteurs nucléaires doivent fonctionner au-delà de 40 ans pour l'Etat
13/02/2012 Le Brésil va "très probablement" choisir le Rafale












