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Fuite de l'oléoduc de Crau : « Nous avons été surmédiatisés »

Par Ana Lutzky - Publié le
Pierre Schmider
© SPSE

Interview de Pierre Schmider, responsable de la division maintenance et inspection chez SPSE, exploitant de l'oléoduc à l'origine d'une fuite d'hydrocarbure le 8 août.

Après la fuite de pétrole du 8 août survenue dans la réserve naturelle de Crau (voir vidéo), la secrétaire d’Etat à l’écologie venue sur place a indiqué que la dernière inspection « de fond » du pipeline  avait eu lieu 9 ans en arrière. De quoi s’agit-il ?

Outre la protection cathodique, la surveillance visuelle du tracé et la surveillance électrique du tube (voir l’article « La sécurité des oléoducs en 5 questions »), nous effectuons une inspection par an à l’aide d’un racleur détecteur de fuite. Un racleur détecteur de corrosion, qui mesure l’épaisseur du tube par technologie d’ultra-sons et permet de prévoir la durée de vie du tuyau, est quant à lui passé dans les canalisations tous les 10 ans. Pour cela, nous faisons appel à des sociétés extérieures qui mettent en œuvre des outils perfectionnés. La dernière inspection de ce type avait été effectuée en 2001.

Avez-vous commencé à analyser en interne les causes de l’accident ?


Nous attendons avec impatience l’autorisation de sortir le tube perforé de terre pour commencer à analyser finement ce qui s’est passé. Dans le rapport datant de 2001, aucun défaut n’a été signalé dans ladite zone. Mais une fois le tube identifié, nous pouvons réutiliser les relevés d’ultra-sons ou magnétiques effectués lors de l’inspection de 2001, et « zoomer », voire appliquer différents filtres, pour corréler ces données avec les indications de faciès sur la métallurgie du tube perforé.

Quelle est la raison du délai auquel vous êtes soumis avant de pouvoir agir ?

L’aspect médiatique nous empêche en partie d’avancer dans notre enquête. Nous avons fini de pomper la flaque de pétrole sur les deux hectares touchés, en 24 heures. Reste maintenant à excaver la terre infiltrée de pétrole sur 15 cm de profondeur, pour éviter qu’il ne pleuve dessus et que l’hydrocarbure ne se répande. La multiplicité des interlocuteurs, et la surexposition médiatique de l’incident expliquent la difficulté des décideurs à prendre une décision rapide.

Les conditions sont pourtant plutôt de nature à réduire limiter les risques : il s’agit d’un endroit désert, un béton naturel constitué par une formation calcaire appelée « poudingue » sépare la nappe phréatique de la contamination en surface, mais chaque jour est défavorable. Nous aurions dû enlever la terre depuis 5 jours déjà.
 
Quelle technique de dépollution sera-t-elle mise en œuvre ?

Nous avons travaillé sur les différentes possibilités de retraiter la terre contaminée, et mis ces propositions à la disposition des décideurs. Selon le taux d’hydrocarbures qu’elle contient, la terre peut être incinérée en cimenterie (elle sert alors de combustible), ou bien envoyée en décharge de classe 1, 2 ou 3. Les bâches sont là pour récupérer la terre, une équipe de 25 personnes attend de pouvoir être mobilisée. Mais la décision finale appartient au Conseil général des Bouches du Rhône, propriétaire de ce site classé,  en concertation avec le Meedat, la DRIRE, la DREAL… espérons qu’une fois la pression médiatique retombée, et un climat plus sain retrouvé, les travaux s’accélèreront.

Combien va coûter cette dépollution ?

Elle peut coûter jusqu’à 5 millions d’euros et sera à la charge de SPSE. A titre de comparaison, notre chiffre d’affaires annuel s’élève à 60 millions d’euros. C’est pourquoi nous prenons la précaution de souscrire des assurances : le montant de la dépollution devrait en effet être pris en charge par nos assureurs. Le budget « maintenance » sur la totalité de nos installations (dépôts de pétrole, 750 km de tuyaux), hors opérations exceptionnelles, s’élève quant à lui à 5-6 millions d’euros par an.

Quelles conséquences pour la politique de sécurité de SPSE ?


SPSE transporte un tiers de tout le pétrole brut consommé en France. La dernière fuite de cette ampleur a eu lieu voici une quinzaine d’années, et durant les 50 ans d’existence de la société, seules trois grosses fuites ont été recensées. Il s'agit donc d'incidents rares ! C’est dommage que tous nos efforts de sécurité au quotidien soient détruits aux yeux du public par un événement tel que l’accident du 8 août dernier. Des voies d’améliorations sont à trouver néanmoins du point de vue de la technologie : une meilleure résolution des outils de contrôle serait à développer.
 

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1 réaction

francoiseugene | 14/08/2009 - 07H59

Avec des partenaires comme le conseil général des bouches du rhone la DRIRE le Dreal etc, espérer une décision rapide relève de l'utopie, le jeu principal de ces institutions étant de refiler la patate chaude à l'autre; espérons que le site soit dépollué avant les pluies de l'automne!!!

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