Frédéric Sanchez, le sherpa du B20
Par Solène Davesne - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3259
Frédéric Sanchez, PDG du groupe d’ingénierie Fives, a piloté les négociations du sommet des organisations patronales qui se tient à Cannes les 2 et 3 novembre, juste avant le G20. Ce fin négociateur espère avoir réussi à réconcilier les Français avec l’international.
Le 3 novembre, il ne sera pas sur la photo officielle. Sur les terrasses de l’hôtel Martinez, Frédéric Sanchez, le PDG du groupe d’ingénierie Fives, devrait se tenir quelques pas en retrait de Laurence Parisot et des représentants des organisations patronales des pays les plus puissants du monde. Pourtant, le patron de Fives connaît les moindres détails de ce sommet du B20 regroupant les 150 chefs d’entreprises qui feront des propositions aux chefs d’État réunis à Cannes pour le G20.
Depuis mars, cornaqué par le secrétaire général de l’Élysée, Xavier Musca, il supervise l’organisation, déléguée au Medef, du sommet des patrons et les négociations de douze groupes de travail. "Ça débat sur les mots, sur les idées. Mais on voit les lignes bouger", s’enthousiasme Frédéric Sanchez, 51 ans, natif du Tarn qui a gardé une pointe d’accent du Sud-Ouest de son enfance.
Hispanophone et anglophone, il ne cache pas son goût pour l’international. Un lointain souvenir de ses débuts comme stagiaire dans une banque de la côte ouest américaine pendant ses études à HEC. Et les récits de ses grands-pères - docker militant CGT d’un côté, maçon de l’autre - originaire d’Espagne et d’Italie.
Au sein du groupe qu’il dirige depuis 1997 et qui réalise un chiffre d’affaires d’un milliard d’euros - un nain par rapport aux groupes qu’il représente -, il a fait de l’export sa pièce maîtresse. En dix ans, Fives est passé de 60%d’activité en Europe à moins de 30% et le chiffre d’affaires a été multiplié par deux. "Nous avons ouvert des usines en Chine, des bureaux d’études en Inde pour suivre nos clients. Cela n’a pas détruit d’emplois en France, au contraire", martèle le PDG. Cette stratégie lui a assuré une longévité rare pour un patron sous LBO.
À l’aise en Chine comme au Mexique
Ses amis, dont Stéphane Richard, le PDG d’Orange qui l’a connu à HEC, lui reconnaissent une immense qualité : le sens du contact humain, une capacité à briser la glace et à charmer. Sympa, en un mot. "C’est quelqu’un de très chaleureux. Il sait fédérer les énergies et emporter l’adhésion", assure Guillaume Jacqueau, le directeur de Barclays Private Equity, un des actionnaires minoritaires du groupe, qui l’a vu à l’oeuvre dans une filiale américaine.
Frédéric Sanchez est entré chez Fives comme contrôleur de gestion et y a gardé les mêmes proches collaborateurs depuis quinze ans. Pour rester au contact du terrain, il visite une fois par trimestre ses filiales au Japon, aux États-Unis ou en France. "Il est l’une des rares personnes que je connaisse à être aussi à l’aise dans toutes les cultures, de la Chine au Mexique. Il peut dire des choses dures en trouvant les bons mots", lui reconnaît Jean-Marie Caroff, son directeur du développement international depuis douze ans, qui le décrit comme un fin négociateur.
Une qualité dont il a dû user dans sa nouvelle activité de diplomate. Dans le groupe de travail du B20 sur la corruption, il lui a fallu aplanir les différends entre General Electric et Siemens, qui se disputaient sur des virgules. Ou rallier les Chinois à ses positions. "En Chine, les grands groupes doivent aussi se protéger contre leurs concurrents locaux qui veulent les copier, assure Frédéric Sanchez. La propriété intellectuelle, la corruption, ce sont des thèmes pour lesquels ils sont maintenant prêts à se mobiliser."
Son poste de sherpa du B20, il le doit à ses liens avec Laurence Parisot. La présidente du Medef le classe parmi ses plus proches au sein du mouvement patronal. "Je me repose beaucoup sur lui, assure- t-elle. Il ne lâche rien. Il est tenace et très patient quand il faut négocier." Leur rencontre remonte à 2008, au bar d’un grand hôtel de Delhi, lors d’un voyage de Nicolas Sarkozy en Inde. Elle s’en souvient comme d’un coup de foudre. Rien que cela! Au retour, elle l’a propulsé à la tête de la commission internationale de l’organisation.
Hyperactif, Frédéric Sanchez gère Fives à la manière d’une PME, suivant en direct bon nombre de décisions, tout en menant le B20 de front. Cet automne, il a pourtant dû se résoudre à renforcer la structure de management du groupe, en créant des directions de business unit.
Dans sa maison du bassin d’Arcachon, où il a passé ses vacances en famille, il a relu les 36 propositions - trois par groupes – qui ont été transmises fin sept-embre aux sherpas des chefs d’État du G20. Il en a réécrit certaines pour les rendre plus percutantes. Frédéric Sanchez est persuadé que le B20 peut changer la vie des entreprises françaises. "Il ne faut pas en attendre des décisions immédiates, prévient-il, mais le processus est lancé." En tout cas, il y travaille.

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