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Frédéric Sanchez (Fives) : "Notre industrie peut être remise à niveau"

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Le président du directoire de Fives défend des entreprises agiles et croit dans les atouts de la France.

Frédéric Sanchez (Fives) : Notre industrie peut être remise à niveau © Luc Pérenom

Le fait que le management ait repris le contrôle du capital a-t-il joué un rôle dans le redéploiement de Fives ?

Fives est organisé en unités à taille humaine agiles. Cette organisation lui permet de tirer profit d’un réseau de ­compétences tout en étant proche du terrain pour mieux ­intégrer les différences culturelles. Être sorti de la cote ­parisienne a permis d’assumer complètement cette organisation, que j’aime à qualifier de « mille pattes », des pattes ­indépendantes, organisées autour d’un corps central qui réunit toutes les compétences transversales. C’est ce qui rend notre groupe unique. Nous nous définissons comme une ­société industrielle d’ingénierie de procédés : nous ­développons des solutions qui vont aider nos clients à mettre au point de nouveaux produits. Ainsi, dans le secteur de l’aluminium, nous sommes de loin le numéro un mondial dans la réalisation d’ateliers de production d’anodes, grâce au ­Rhodax, un équipement breveté. Autre exemple, la coentreprise que nous avons créée avec Michelin, qui produit depuis déjà plusieurs années des pièces de métal entièrement ­réalisées en fabrication additive pour ses pneus « Cross­Climate ». Cette coentreprise a pour vocation de commercialiser ses machines d’impression 3D pour d’autres applications que celles réalisées chez Michelin. Dans un premier temps, nous utiliserons ces machines pour produire des pièces existantes, d’abord en acier, puis en titane et en aluminium.

Vous devenez un acteur de la fabrication additive. Quel est son avenir ?

Le développement de l’impression 3D prendra probablement plus de temps qu’on ne le pense, car ces solutions ne sont pas encore au point pour produire en temps de cycle industriel des pièces de qualité, répétables. Mais c’est une question de temps, je n’ai aucun doute là-dessus. Nous y travaillons. Quand General Electric achète SLM et Arcam pour 1,4?milliard de dollars, il montre que le futur est en train de se dessiner autour de ces solutions. En ce qui nous concerne, nous allons mettre en place aux États-Unis une machine conçue avec Michelin pour produire en 3D des pièces de rechange pour nos machines. Nous avons aux États-Unis un stock de pièces de 30?millions d’euros. Le but est de progressivement substituer à ce stock des pièces qui seront fabriquées à la demande. Nous ne pourrons pas le faire intégralement, car le temps de réalisation de certaines pièces n’est pas compatible avec le temps d’intervention.

Qu’est-ce qui vous permet de garder votre avance technologique ?

D’abord, la France dispose d’un niveau de formation d’ingénieurs élevé, et pas seulement dans nos grandes écoles. ­Certains se sont détournés un temps des métiers industriels, mais ils y reviennent. Si la crise de 2008 a eu un avantage, c’est d’avoir réorienté les ingénieurs vers ­l’industrie et vers les start-up, et nous profitons de cette tendance. Deuxièmement, en ce qui concerne Fives, la diversité de notre portefeuille d’activités est un atout, et la transversalité nous est très utile. Enfin, notre capacité à créer des solutions pour nos clients est une force. Parfois, nos développements technologiques se font un peu par hasard. Pour reprendre l’exemple du Rhodax : cet équipement n’avait pas vocation à s’imposer dans l’industrie de l’aluminium. L’innovation avait été développée pour le marché du concassage et du broyage pour le ciment, mais n’avait pas rencontré le succès escompté. Des exemples comme cela, nous en avons ­beaucoup. Pour que la créativité puisse s’exprimer, il faut accepter le droit à l’erreur et faire preuve d’agilité pour rebondir. Il faut aussi savoir protéger ses innovations, y compris en Chine.

Vous faites des paris sur l’avenir. N’est-ce pas risqué ?

Nous avons toujours été pionniers. Cette année, nous avons investi une quarantaine de millions d’euros en R & D pure. Nous devons toujours être en avance, même si cela peut conduire à des échecs. Ainsi, nous pensons avoir développé une technologie permettant de produire un nouveau type d’acier aussi léger que l’aluminium. Le projet était de vendre le procédé à un grand sidérurgiste européen, mais aucun n’a été prêt à investir les 50 à 100?millions nécessaires pour industrialiser la solution. C’est dommage, car je suis convaincu que nous tenions là une solution de rupture.

Vous êtes l’un des deux pilotes, avec Dassault Systèmes, du programme Industrie du futur. Restez-vous optimiste ?

Je me suis engagé dans ce projet avec un double espoir. Je crois que notre industrie peut être remise à niveau. Cela passe par la nécessité d’investir, de monter en gamme, d’automatiser l’outil de production. La réindustrialisation est possible grâce à l’émergence de nouveaux procédés, de nouveaux matériaux et de nouvelles technologies, surtout la digitalisation. Les nouvelles technologies représentent une opportunité unique. J’ai cité la 3D, mais on peut également parler du contrôle non destructif, de la cobotique. Les Français sont loin d’être absents de ces terrains de jeux. Mais si l’on ne fait que cela, on n’y arrivera pas. Nous avons aussi besoin d’un écosystème favorable, qui passe par exemple par une plus grande flexisécurité. De la même manière, une refonte de notre système social et fiscal est nécessaire.

Les entreprises, les donneurs d’ordres et les sous-traitants travaillent-ils bien ensemble ?

Les grands groupes sont majoritairement conscients de cette problématique et mènent des politiques responsables, mais l’écosystème défavorable a eu pour effet une dégradation des relations entre les grandes entreprises et les PME : les achats sont devenus la seule variable d’ajustement des grands donneurs d’ordres… Je reste optimiste et j’en veux pour preuve le guide Afep-Medef adopté il y a quelques mois sur ce sujet.

L’Europe ne serait-elle pas le bisounours du monde face à des pays qui ne jouent pas le jeu du libre-échange ?

Je suis un fervent défenseur des accords de libre-échange, mais à une condition, qu’ils mettent la réciprocité au cœur des ­traités. Il faut avoir conscience de la force du marché ­européen, de ses 450?millions de consommateurs, et mettre sur la table cette force pour obtenir des concessions de la part des partenaires avec lesquels nous négocions. Je suis ­assez optimiste sur le fait que l’accord entre l’Europe et le ­Japon va aboutir à des concessions significatives des ­Japonais, ce qui était encore totalement inimaginable il y a cinq ou six ans.

L’Europe est souvent critiquée…

S’inscrire dans une dynamique européenne, c’est fondamental. Qu’est la France à l’échelle du globe ? Je comprends les frustrations qui sont nées de cette Europe qui s’intéresse à des détails et qui ne règle pas les problèmes majeurs de nos pays, mais ne rejetons pas tout en bloc ! Le moment est venu de mettre à plat son organisation, ses missions et sa gouvernance.

Trois idées phares pour 2017


Développer l’apprentissage de l’anglais « La maîtrise de l’anglais est clé, mais demeure un problème. J’ai proposé à Pierre Gattaz d’affecter automatiquement une partie du budget formation à l’anglais. L’anglais pour tous, pas simplement pour les ingénieurs. »

Favoriser les exportations « Il faut se concentrer sur les primo-exportateurs, détecter les entreprises qui pourraient exporter, sans mobiliser tous les moyens publics en ne privilégiant que ceux qui exportent déjà. »

Développer la flexisécurité « Elle est essentielle si l’on veut rester dans la course internationale. Je suis confiant, car je sens que les choses bougent. Les salariés sont prêts à jouer le jeu dès lors qu’une entreprise est transparente à leur égard et les associe à ses enjeux, à ses difficultés et aux défis qu’elle doit relever. » ??

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Usine Nouvelle N°3496-3497

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