Dossier

L’eau pour tous ? Un défi relevé par les opérateurs privés

"Fournir l’eau est toujours prioritaire !"

Par  - Publié le
Jean Louis Chaussade
© Suez Environnement

Entretien Jean-Louis Chaussade, Directeur général de Suez Environnement

Quels sont les défis à venir pour l’accès à l’eau ?

Le réchauffement climatique aura une conséquence directe sur l’accès à l’eau : il n’y aura pas d’eau potable pour tout le monde. Cela risque notamment d’entraîner des migrations, comme ce qui s’est passé dans ce qu était le croissant fertile de xxx. Viendra ensuite un jour un conflit d’usage : entre l’eau pour l’irrigation et l’eau potable, il faudra faire des choix ! L’urbanisation, aussi, compliquera la donne.

Voyez-vous déjà les effets du manque d’eau ?

Certaines zones comme le Moyen Orient, sont habituées à manquer d’eau. Ils vivent avec, cherchent en permanence des solutions. Pour la première fois, en Australie, j’ai croisé des gens habitués à avoir de l’eau en abondance qui commençaient à être inquiets pour leur avenir. C’est la première fois que je constate cela.

Quels sont les enjeux pour développer les activités des opérateurs privés ?

Les entreprises ne desservent que 7% de la population urbaine des pays en développement, moins de 10% de la population mondiale, il y a donc de la marge ! Mais pour aller chercher des marchés, l’enjeu principal est la gouvernance de l’eau. Il faut que le cadre réglementaire soit en place, ainsi que le contrôle financier. 

Votre groupe réalise 22% de son chiffre d’affaires hors de l’Europe. Est-ce que la part d’activité à l’international est appelée à se développer ?


Je ne regarde pas l’international comme l’eldorado de demain pour Suez Environnement. C’est dans les pays matures que les plus belles opportunités existent, compte tenu des exigences réglementaires qui entourent les activités de traitement de l’eau et des déchets.

Quelles sont les conditions pour qu’un marché vous intéresse ?

L’enjeu pour l’eau est la gouvernance. Mais aussi Là où les normes et les cadres règlementaires sont en place, il y a pour nous un potentiel de croissance. Je suis convaincu que les partenariats locaux sont essentiels pour comprendre les enjeux et la culture des pays où nous nous développons. Cette approche est au cœur de notre stratégie de développement. En Chine par exemple, nous travaillons depuis 25 ans avec  notre partenaire local, New World avec qui nous approvisionnons en eau 14 millions de personnes. Nous agissons de même au Moyen Orient, en Méditerranée... Dans ces pays, les modèles de développement restent classiques, avec des rentabilités « raisonnables », de 3 à 5%.

Regardez vous aussi l’Afrique et l’Inde ?

On ne peut pas se désintéresser de ces pays. Ils font partie des zones où le modèle d’affaires est différent. Où la rentabilité n’est pas à regarder de la même façon. Quand on équipe des grandes villes dont il faut intégrer les bidonvilles, par exemple, où l’occupation du terrain est illégale. Là, il faut combiner rentabilité et nécessité. Il est important de n’écarter personne, de ne pas aggraver les inégalités.

Dans les marchés moins traditionnels, vous prônez des modèles participatifs. Qu’entendez-vous par là ?

Nous sommes aussi présents, dans les pays où la population a besoin de nous et demande nos services. Par exemple, dans les périphéries des grandes villes, comme à Casablanca, où pour n’écarter personne il faut relier les bidonvilles… Dans ces situations, il faut à chaque fois définir des solutions sur mesure, et par conséquent comprendre les besoins locaux. Cela demande de la concertation, donc (de) la participation des acteurs locaux.

Certains disent que l’eau devrait être gratuite pour tous, que répondez-vous à cela ?

Une chose est certaine : actuellement, se fournir en eau potable coûte moins cher aux personnes aisées qu’aux pauvres qui doivent consacrer du temps à aller chercher de l’eau dans les puits, par exemple, ou bien l’achètent à des intermédiaires locaux qui leur vendent très cher. Les populations qui n’ont pas accès à l’eau potable paient leur eau près de cent fois plus cher que celles qui ont accès à l’eau courante !

Vous fournissez de l’eau potable à 76 millions de personnes, comment aller encore plus loin ?

Nous réalisons des opérations purement humanitaires, à travers notre fondation ou notre association Aquassistance, comme en Haïti récemment. Ces interventions qui relèvent du mécénat sont totalement indépendantes de nos activités en tant qu'entreprise. Je ne veux pas que mes salariés soient déchirés entre le besoin d’être rentable et la nécessité humaniste de fournir l’eau. L’accès à l’eau doit toujours être prioritaire.

Propos recueillis par Agathe Remoué
 

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