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L'Usine Auto

Ford, Toyota et PSA face aux Gafa

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Transformation numérique Des constructeurs ont ouvert aux développeurs une plate-forme. L’enjeu : garder la main sur la voiture connectée face à Google et Apple.

Ford, Toyota et PSA face aux Gafa
Les représentants de Ford, Mazda, PSA, Subaru, Suzuki et Toyota ont concrétisé en janvier leur adhésion au consortium SmartDeviceLink. L’objectif est de faire émerger un standard en matière de connectivité smartphone-véhicule pour contrer notamment Apple et son interface CarPlay. Fondée sur la technologie propriétaire de Ford, la plate-forme SmartDeviceLink a été déclinée en open source. Une solution qui permet aux développeurs d’adapter leurs applications à cette interface.

Il y a quelques années, pour utiliser son téléphone en voiture, il fallait brancher son kit mains libres. Et se résigner à n’utiliser que la fonction principale de son appareil mobile : recevoir des appels. Mais depuis le début des années 2010, les systèmes intégrés permettent de connecter le mobile au véhicule en répliquant l’écran du premier sur le tableau de bord du second. Grâce à cette solution, les conducteurs peuvent consulter leurs messages, accéder au GPS intégré dans leur téléphone ou écouter de la musique via des applications dédiées. Autant de fonctionnalités qui font l’objet d’un véritable bras de fer entre les acteurs traditionnels de l’automobile et les géants du numérique. En 2014, Apple et Google ont respectivement lancé CarPlay et Android Auto afin de permettre à leurs clients de connecter leurs propres modèles de smartphones aux véhicules du marché. Une irruption dans la voiture connectée plus que fructueuse. D’ici à 2020, ces deux solutions devraient équiper près de 80 % des véhicules vendus dans le monde, selon des projections réalisées par le cabinet IHS Markit.

Les géants du numérique ont bien saisi l’intérêt d’être de la partie. Dans la course à la voiture connectée, la capacité à déployer une plate-forme permettant de connecter au véhicule un smartphone et les applications associées est cruciale. Car qui dit maîtrise de la plate-forme logicielle dit, in fine, contrôle des données issues des applications. Une ressource capitale dans les années à venir pour répondre aux bouleversements dans l’automobile. « En disposant de ces données, les acteurs de l’automobile et les membres des Gafa [Google, Apple, Facebook et Amazon, ndlr] peuvent connaître plus précisément les usages des automobilistes et proposer des services adaptés à leurs nouvelles façons de se déplacer », explique Mouloud Dey, directeur de l’innovation chez l’éditeur SAS France. Or « les services additionnels disponibles dans le véhicule connecté constitueront une part non négligeable du chiffre d’affaires de demain », assène Guillaume Crunelle, associé chargé du secteur automobile chez Deloitte.

un standard accessible en open source

Pour rester maîtres de cette valeur nouvelle dans le véhicule, certains acteurs traditionnels de l’automobile ont décidé de mener la fronde avec des méthodes nouvelles, à côté de leurs propres solutions propriétaires. En janvier, Ford et Toyota ont entrepris de fédérer leurs concurrents au sein du consortium SmartDeviceLink (SDL). Rien de tout à fait nouveau. Daimler et Renault-Nissan, par exemple, mettent en place un partenariat stratégique pour le développement commun d’architectures de véhicules et la production de certains modèles. Sauf que l’initiative des constructeurs américain et japonais fédère déjà une dizaine d’entreprises et une part conséquente du marché mondial de l’automobile. PSA a rejoint les rangs de l’association, de même que les constructeurs japonais Mazda, Subaru et Suzuki. Les spécialistes du software pour l’automobile Elektrobit, Luxoft et Xevo sont également présents. Et la liste pourrait s’allonger. Les entreprises Harman, Panasonic, Pioneer et QNX ont déjà signé des lettres d’intention.

Objectif : travailler en commun sur une plate-forme embarquée afin d’en faire un standard utilisable par tous. De quoi mettre peut-être, un jour, Apple et Google sur le banc de touche. Ou, du moins, rétablir le rapport de force. « À la différence des autres standards disponibles, le dispositif SDL est compatible avec tous les systèmes d’exploitation des téléphones sur le marché, ce qui constitue un avantage de taille, souligne El Khamis Kadiri, expert de l’architecture électronique véhicule pour le groupe PSA. Cela nous permet également de disposer d’une solution de réplication complémentaire des autres offres, mais sous notre maîtrise, ce qui peut nous donner de l’indépendance par rapport aux mastodontes du numérique. » Mais c’est surtout dans la méthode que Ford et Toyota proposent une approche originale. Pour parvenir à établir leur standard, les acteurs de ce consortium ont décidé d’emprunter une recette populaire dans l’univers du numérique et de travailler… en open source. « Dans l’automobile, les constructeurs ont pour habitude de contrôler l’intégralité de la chaîne, avec une culture de propriétaires très forte, rappelle Guillaume ­Crunelle. En permettant à des développeurs de travailler de manière facilitée, avec peu de contraintes, pour concevoir de nouveaux services, les acteurs du consortium font une petite révolution. »

une solution adaptable à tous les véhicules

La plate-forme SmartDeviceLink a été adaptée de la technologie propriétaire de Ford, AppLink [lire l’entretien ci-dessus], et déclinée en une version librement accessible aux constructeurs et aux développeurs du monde entier. Ces derniers peuvent donc rendre facilement compatibles leurs propres applications avec l’interface SmartDeviceLink. L’avantage de cette solution est d’être potentiellement adaptable sur tous les véhicules qui seront vendus à travers le monde et à tous les téléphones en circulation. Soit un marché potentiel énorme. Et une promesse qui profite à Ford et consorts. « Pour les constructeurs, les gains en termes de temps et d’argent sont clairs », glisse Guillaume Crunelle. « Les membres du consortium s’appuient un écosystème préexistant, qui s’est notamment créé autour des solutions d’Apple et Google », ajoute Mouloud Dey.

Le consortium s’est attiré les faveurs de l’application de navigation communautaire Waze, qui a rejoint Ford, Toyota et PSA en février. En parallèle, les constructeurs veulent pouvoir disposer de technologies spécifiques afin d’améliorer encore l’expérience utilisateur. « Nous travaillons sur des solutions qui répondent aux besoins des constructeurs, comme des applications permettant de piloter le siège depuis le smartphone », détaille El Khamis Kadiri.

D’ici à la fin de l’année, PSA devrait décider du raccordement éventuel de ses véhicules à la technologie SDL. En cas de validation, une flotte de voitures pourrait être équipée en vue de l’adoption de la plate-forme d’ici à 2020. Les autres constructeurs japonais membres du consortium devraient aussi avoir adopté l’interface à cette échéance. À l’exception de Toyota et ses 10 millions d’unités vendues chaque année, qui a décidé d’un raccordement dès 2018. Cette décision rapide, portée par un constructeur qui a toujours refusé d’intégrer les solutions AppleCar et Android Auto dans ses véhicules, pourrait « booster d’autant plus le standard » SmartDeviceLink, se félicite El Khamis Kadiri. Et contrarier les plans d’Apple et Google dans la voiture connectée. 

« Ce libre accès à l’interface est inédit dans l’automobile »

Scott Lyons, responsable du développement de Sync AppLink et SmartDeviceLink

  • Pourquoi Ford a-t-il choisi d’ouvrir sa technologie AppLink à ses concurrents ?

AppLink est une solution disponible depuis plusieurs années. Elle a été développée en partenariat avec Livio, la start-up spécialiste du logiciel, que Ford a acquise en 2013. Mais nous avons constaté en interne que si nous ne faisions pas un changement de cap drastique, nous ne pourrions pas réussir seuls à imposer cette technologie sur le marché. Ford a donc décidé de livrer une version neutre en termes de marque. L’objectif est que les autres constructeurs, comme PSA et Toyota, puissent l’utiliser sous leur propre nom, avec la version en open source SmartDeviceLink.

  • Dans quelle mesure la mise en place de ces interfaces a-t-elle fait évoluer Ford en interne ?

L’industrie automobile avance historiquement plus lentement que l’univers de l’électronique grand public. Mais le véhicule connecté oblige à réagir bien plus rapidement. La voiture devient une plate-forme logicielle. C’est la raison pour laquelle Ford a recruté de nouveaux profils. Pour ma part, je travaillais auparavant chez Motorola. Cela permet d’apporter de nouvelles méthodes de travail. Nous faisons du brainstorming, des hackatons… Et nous sommes implantés au cœur des écosystèmes de start-up, pour être au plus près des développeurs qui pourraient développer des applications pour AppLink. L’équipe dont je fais partie se trouve à Berlin, l’une des capitales européennes des start-up.

  • Comment, concrètement, travaillez-vous avec les développeurs ?

Le premier réflexe de nos équipes consiste à voir si les applications proposées sont susceptibles de répondre aux besoins finaux de nos conducteurs. Nous aidons ensuite les développeurs à développer leurs offres en ce sens, grâce à l’expérience de Ford. Pour y parvenir, nous offrons même parfois la possibilité aux développeurs d’accéder aux données des utilisateurs, comme celles du GPS, si c’est approprié pour assurer le bon développement de l’application. Cet accès facilité à l’interface et aux données pour les développeurs est une pratique inédite dans le champ automobile ! 

 

Savoir mobiliser son écosystème.

Pour attirer les meilleures idées, et enrichir la gamme d’applications disponibles sur l’interface AppLink pour les clients, les équipes de Ford chargées des développeurs multiplient les concours destinés à faire émerger les pépites. Le constructeur a fait de son Sync AppLink Developer Challenge un vrai rendez-vous. Les développeurs peuvent y présenter leurs technologies et décrocher la possibilité de les déployer avec le constructeur américain. C’est ainsi que le français ­MyBoxMan a attiré l’attention de Ford lors de l’un de ces événements organisé à Dublin en 2015. Son application permet aux conducteurs de livrer des colis d’autres particuliers et de rentabiliser leurs déplacements. 

 

 

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