Fonds automobile Tout le monde en veut
Par PAR CAROLE LEMBEZAT - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3142A peine né, le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA) essuie les critiques des sous-traitants, qui s'en considèrent exclus. Une réflexion a été engagée afin de l'adapter aux fournisseurs de rang 2 ou 3.
Réserver une tranche spéciale du Fonds de modernisation des équipementiers (FMEA) aux sous-traitants ? Ou créer un FMEA bis ? L'équipe de direction du fonds sectoriel mis en place il y a deux mois dans le cadre du pacte automobile, et présenté à l'Elysée le 9 février dernier, a lancé une étude de faisabilité pour créer une structure adaptée aux fournisseurs de rang 2 ou 3. « Rien n'est encore décidé, confie à "L'Usine Nouvelle" Hervé Guyot, le directeur du FMEA, mais il y a une réelle volonté de prendre en compte les sous-traitants. » Et de prévenir : « Nous ne voulons surtout pas que ce soit une usine à gaz ! Pour le moment, nous réfléchissons. Nous ferons prochainement des propositions. »
Ces réflexions sont nées de la nécessité de répondre aux fortes attentes des PME de la filière, dont le nombre peut être estimé à plus de 10 000. « Il faudra être très vigilant. Nous devrons veiller à ce qu'une partie des fonds aille aux sous-traitants, et pas seulement aux équipementiers », avaient déclaré, dès la sortie des états généraux de l'automobile du 20 janvier, Lionel Baud, le président du Syndicat national du décolletage (SNDEC), et Patrick Bellity, le président du groupe de fonderie Arche, tous deux membres de la commission Chatel sur l'avenir de l'automobile.
LES GROS ÉQUIPEMENTIERS SONT JUGÉS PRIORITAIRES
Mais après plus de cinquante contacts d'ores et déjà noués avec le FMEA, le constat est clair : « Les dossiers qui sont jugés prioritaires par les constructeurs concernent plus des équipementiers comme Trèves [le premier à avoir bénéficié du FMEA, ndlr] que des fournisseurs de rang 2 ou 3 », reconnaît Hervé Guyot. Pourtant, ces derniers ne sont généralement pas trop gourmands, ne sollicitant le fonds que pour des montants inférieurs au million d'euros... alors qu'il peut investir jusqu'à 60 millions en une seule fois. Soit 10 % du total de 600 millions dont il est doté.
« Les sous-traitants sont oubliés », déplore Eric Moleux, le président du Groupement intersyndical de la sous-traitance (GIST). Et les inquiétudes sont nombreuses. A commencer par la crainte d'une mainmise sur le FMEA des deux constructeurs Renault et PSA, principaux actionnaires du fonds au côté du Fonds stratégique d'investissement (FSI). Or l'Etat a apporté 6 milliards d'euros aux deux constructeurs, en partie à condition qu'ils participent à la création du FMEA. Jouant leur rôle d'investisseurs, PSA et Renault ont naturellement leur mot à dire dans la sélection des candidats : les directions achats participent au comité de sélection tandis que ce sont les directions financières qui sont représentées au comité d'investissement. La vocation du FMEA est certes d'épauler les fournisseurs dits « stratégiques » des constructeurs. « Stratégique pour la filière, ce n'est pas forcément stratégique pour PSA ou Renault ! », poursuit Eric Moleux. Celui-ci considère en effet que certaines entreprises qui travaillent pour d'autres constructeurs européens ou pour des équipementiers étrangers, mais seulement de manière minoritaire pour les deux constructeurs français, pourraient être éliminées. « Alors qu'elles possèdent un véritable savoir-faire dans le secteur automobile, qui mérite d'être soutenu », souligne encore Eric Moleux.
« Dans les faits, constate Lionel Baud, on a du mal à se faire entendre quand on n'est pas directement stratégique pour Renault ou PSA. »
UN NOUVEAU FONDS DEVRAIT ÊTRE CRÉÉ POUR LES PME
Visiblement, on s'oriente vers un système de soutien à deux niveaux, avec le FMEA pour les grands équipementiers, et une structure qui reste à construire pour les PME. « Mais la mission reste la même : il s'agit d'accompagner les acteurs que nous estimons capables de renforcer la filière de l'équipement automobile, et de les aider à traverser cette période de crise », clame Hervé Guyot. Être en bonne santé financière, présenter de vrais projets de croissance ou d'investissement et, bien sûr, travailler majoritairement dans le secteur automobile, telles sont les conditions sine qua non pour espérer passer l'étape de la présélection.
Hormis ces réserves, les sous-traitants sont décidés à prendre des initiatives et à ne pas sombrer dans la critique systématique. Ainsi, les membres du syndicat du décolletage et la Haute-Savoie se mobilisent pour mettre en place un fonds complémentaire. Encore plus ciblé, il permettrait, au lieu d'investir en fonds propres, de prêter de l'argent à taux bonifié aux entreprises de décolletage de la vallée de l'Arve, afin de les aider à restructurer leur trésorerie ou à financer des équipements. « Cela fait trois mois que je travaille dessus, toutes les négociations n'ont pas encore abouti, mais on espère pouvoir annoncer quelque chose rapidement », indique Lionel Baud, du SNDEC. Peut-être même dès ce 9 avril, histoire de profiter de la présence du ministre de l'Industrie, Luc Chatel, dans la vallée de l'Arve...
Quant aux entreprises qui ne seraient pas originaires de cette région et qui ne seraient pas jugées stratégiques par les constructeurs, elles peuvent encore s'adresser directement au FSI, sans passer par la case FMEA...

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