Flexicurité : l'impossible traduction française17/09/2007
Commission européenne, syndicats, patronat... tout le monde planche sur la "flexicurité", ce mélange entre flexibilité pour les entreprises, et sécurité pour les salariés. Gérard Cornilleau, économiste à l'OFCE, nous explique ce système et, selon lui, son impossible application en France.
Aux niveaux national et européen, la flexicurité* fait débat en ce moment. Quels sont l'origine et les principes de ce modèle ? C'est le fameux « exemple danois ». L'idée en résumé est de renforcer le contrôle des chômeurs avec des dispositifs de formation et de reclassement très contraignants et, en contrepartie de leur accorder des indemnités généreuses, en termes de montant et de durée. En parallèle, le modèle prévoit des procédures de licenciement plus simples pour offrir plus de flexibilité aux entreprises. Ce système implique un surcroît de coordination entre syndicats et patronat et un Etat moins actif dans la protection des salariés. L'objectif étant de relancer l'emploi en rassurant les employeurs : s'ils savent pouvoir licencier plus facilement, ils embaucheront et donc, le chômage reculera. Mais ce raisonnement est erroné : contrairement à ce qu'on entend, la France crée beaucoup d'emplois, les entreprises n'ont pas peur d'embaucher, il faut arrêter avec cette idée. Pour autant, la Commission européenne, le Medef, le gouvernement français souhaiteraient avancer vers ce modèle. Il vous semble en partie applicable en France ? Non, là-dessus je suis très pessimiste. Au niveau européen, la Commission communique, les ministres discutent mais cela débouchera seulement sur des conclusions générales, un vague « il faut réformer ». En ce qui concerne les négociations actuelles entre patronat et syndicats sur la refonte du droit du travail, je pense qu'il n'en sortira rien. Le Medef va exiger un démantèlement de la protection juridique des salariés, les organisations syndicales ne pourront pas accepter et cela s'arrêtera là. Après, le parlement est censé prendre le relais mais je ne vois pas ce qu'un législateur va bien pouvoir inventer. En France, il n'y a pas de grand syndicat unique comme c'est le cas dans les pays nordiques. Sans protection syndicale, les employés doivent conserver une protection par la loi, il n'y a pas de remise en cause possible. Ne plus motiver un licenciement ? Tout le monde s'accorde à dire que ce n'est pas acceptable. Une baisse des indemnités ? Les compensations légales sont déjà très basses. La mise en place d'un contrat unique ? Cela n'a pas de sens : les entreprises ont besoin de pouvoir bénéficier de CDD et la multiplicité des contrats sert la flexibilité. La seule chose envisageable, c'est un contrôle plus dur de la façon dont les employeurs utilisent les contrats précaires... Et dans l'accompagnement des chômeurs, la France peut-elle s'inspirer davantage de ce modèle de flexicurité ? Oui, à ce niveau-là, il y a plus à faire. Aujourd'hui, on constate encore de vraies insuffisances dans l'encadrement des chômeurs : on peut imaginer des aides matérielles -pas forcément financières-, des soutiens à la formation etc. Mais cela ne pourra jamais tout régler : par exemple, face aux restructurations industrielles dans les zones rurales -type Moulinex-, la dispositifs de formation ne peuvent pas grand-chose. Dans les années 1980, on a voulu favoriser l'éclatement de la production industrielle sur l'ensemble du territoire : des petites villes vivant d'une seule usine sont apparues. Maintenant, quand les sites ferment, c'est très difficile de reclasser les salariés -peu mobiles- même en les aidant à se requalifier. Au Danemark, vu la taille du pays, le problème ne se pose pas : Copenhague n'est jamais loin ! Propos recueillis par Claire Bader * Flexicurité ou flexisécurité ? : on rencontre actuellement ces deux néologismes, nés de la contraction entre "flexibilité" et "sécurité". D'origine récente, le système qu'ils désignent n'a pas encore d'appellation officielle en France. |
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