Flambée chinoise
Par À SHANGHAI, PIERRE-OLIVIER ROUAUD - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3226
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Les autorités, bien sûr, tentent de contrôler la situation, attentives au lointain écho des révoltes arabes déclenchées par la vie chère.
Les lampions de la « Fête du printemps » (le nouvel an) illuminent encore Shanghai, engourdie par le froid. Les buildings de Puxi et Pudong, le quartier historique et celui des affaires séparés par les eaux boueuses du Hangpu, s'éclairent de tons criards. Après une semaine de torpeur, le trafic reprend son rythme infernal. Les chalands, eux, battent le pavé de Huaihai Lu ou Nanjing Lu les deux artères chics, tout comme celui des innombrables centres commerciaux voués aux classes moyennes. Souvent, les promeneurs jettent un oeil effaré aux étiquettes. « Chaque mois les prix montent. Le gouvernement parle de 5 % d'inflation par an. Moi, j'ai l'impression de payer les légumes ou la viande moitié plus chers. » Huang n'est pourtant pas dans le besoin, ce surdiplômé travaille dans l'édition, mais comme tous les Chinois, il se lamente sur les prix.
Alimentation, vêtements, logement... la vie chère touche tout ici. Dans le Yunnan, grande région horticole, le prix des roses pour la Saint-Valentin a flambé de 50 %. L'immobilier, lui, après un bref trou d'air au plus fort de la crise retrouve des sommets. À Shanghai, dans l'ex-concession française, les villas de caractère s'affichent à 4 millions d'euros. Plus grave, le prix du dortoir pour les travailleurs migrants est passé en trois ans de 100 yuans (11 euros) par mois à 300, témoigne un patron d'usine français. Pour expliquer ces tensions, les accusés ne manquent pas. Il y a bien sûr le rythme de croissance effréné : 10,3 % en 2010. On pointe aussi la sécheresse persistante qui fait grimper les prix agricoles. Il faut compter également avec la flambée des salaires. Les ayis (femmes de maison) viennent de voir leurs gages bondir de 30 %. Au-delà, tous les salaires minimums ont été relevé de 20 % en 2010 dans les régions côtières pour apaiser les tensions sociales. « Le coût du travail comptait peu pour les entreprises. Ce n'est plus le cas », indique un expatrié français dans un cabinet d'audit. Enfin, il y a la classique macro-économie. Pour Andy Xie, économiste indépendant de renom, la cause du mal est simple : l'excès de liquidités injectées pendant le mégaplan de relance de 2009 auquel s'ajoutent les flots de dollars déversés par la Fed de l'autre côté du Pacifique. Les autorités, bien sûr, tentent de contrôler la situation, attentives au lointain écho des révoltes arabes déclenchées par la vie chère. La semaine dernière, la Banque centrale a relevé ses taux directeurs d'un quart de point à 6,06 % pour l'emprunt à un an. La troisième hausse en trois mois. Un signe de fébrilité pour calmer la machine. Selon l'astrologie chinoise, l'année du lapin située entre celles du tigre et du dragon est une période de transition. La question est vers quoi.

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