Financement Les entreprises à la peine
Par P.-O. R. - Publié le | L'Usine Nouvelle n° 3117Christine Lagarde, la ministre de l'Economie, a tenté de rassurer vendredi dernier en présentant le budget : « Le durcissement des conditions financières n'a pas encore, à ce stade, pesé sur la distribution de crédits. » Il n'empêche. Avec la crise, l'accès au financement risque d'être moins facile. Ou plus cher. On est loin encore du « credit crunch », mais cette situation a de quoi accentuer le ralentissement économique, notamment dans les secteurs les plus exposés comme le BTP. C'est ce que relève déjà Hervé Gastinel, le président du fabricant de tuiles et briques Terreal : « Nos clients, des PME de la construction, n'obtiennent plus les mêmes facilités de paiement de leurs banques et ont du mal à se financer à court terme. Les banques prennent des décisions brutales et les entreprises ont de fortes tensions de trésorerie. »
Une situation qui intervient alors que le taux d'autofinancement des entreprises (profits/investissement) était en fort repli ces dernières années. Selon une étude du Crédit agricole, début 2008, ce taux s'élevait à 57,5 %, contre 60,8 % en 2007, et surtout 67,8 % en 2006 (soit dix points de moins en deux ans !).
Alain Mimouni, le PDG de la Fonderie Bouhyer, ne note pas encore de restriction mais il constate « qu'il est de plus en plus difficile d'avoir des lignes de crédit à des taux intéressants pour nos investissements. Le coût est renchéri. »
Dans cette période délicate, à chacun sa méthode. Bruno Grandjean, le PDG de la société de mécanique de précision Redex, située à Ferrières, dans le Loiret, veut à tout prix éviter d'avoir recours au crédit bancaire. Pour cela, « on fait attention à cibler nos investissements. On négocie avec nos fournisseurs pour ne pas engager un volume d'investissements délicat à autofinancer. »
Crise financière ou pas, Philippe Vieille, le PDG de la petite entreprise d'ingrédients alimentaires Kalys, située à Saint-Ismier, dans l'Isère, se montre lui très critique vis-à-vis des banques. « A de très rares exceptions près, elles n'intègrent pas suffisamment les problématiques des PME : il devient très difficile d'obtenir des lignes de crédit même si elles sont adossées à des créances ».
Selon une enquête réalisée début septembre par le comité Richelieu (qui regroupe des PME innovantes) auprès de 468 adhérents, 43 % d'entre eux déclarent ressentir déjà dans la relation avec leurs banques les effets de la crise financière. « Le resserrement du crédit est sensible. Les banques ne sont déjà pas généreuses avec les start-up comme la nôtre. Là, cela devient "niet" sur tout », commente Armand de Vasselot, le directeur général de l'éditeur d'un logiciel d'optimisation de process Optimprocess.
Ne pas compter sur les marchés financiers
Jean-Pierre Gérault, le président du directoire de l'entreprise bordelaise I2S, spécialisée dans la vision numérique (60 salariés), explique : « pour une PME innovante comme la nôtre, le problème de financement de l'innovation et du développement international va être plus problématique. Les banques ne prêtent pas sur de l'immatériel ».
Et pas question de trop compter sur les marchés financiers. Pour les grandes entreprises, le marché obligataire est en ce moment très tendu, aussi bien en volume qu'en prix. Côté fonds propres, alors que la Bourse tangue, ce n'est certainement pas le meilleur moment pour y lever des capitaux. « Heureusement, nous ne sommes pas en cours de levée de fonds », se félicite Dominique Costantini, le président du directoire de la société de biotechnologie BioAlliance Pharma, à Paris, qui s'inquiète néanmoins : « Cette crise financière est un facteur de fragilisation. Moins d'introductions en Bourse signifie moins de possibilités de sorties pour les financiers. La chaîne de financement des entreprises innovantes est en danger. »
L'entreprise de produits ophtalmiques Novagali Pharma, basée à Evry (Essonne) s'estime ainsi déjà directement impactée. Le 26 septembre, elle a réuni, à l'occasion d'un tour de table auprès d'investisseurs, 15 millions d'euros alors que son projet initial était de lever 50 millions d'euros en Bourse. Conséquence pour l'entreprise : elle devra montrer plus de sélectivité dans ses projets de développement.
Hasard du calendrier, la crise financière survient juste avant la nouvelle réglementation sur les délais de paiement inscrite dans la loi de modernisation de l'économie (LME) adoptée cet été. Au 1er janvier, le crédit interentreprises sera limité à soixante jours, contre soixante-sept jours en moyenne aujourd'hui. De belles empoignades en perspective entre clients et fournisseurs autour de leur trésorerie.

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