Filière bois : coup de fouet immédiat et fonds de «restructuration»

Le 19 mai 2009 par Rédaction L'Usine Nouvelle
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Lors d'un déplacement en Alsace, Nicolas Sarkozy a annoncé des mesures destinées à réveiller une industrie très affectée par la crise et les aléas climatiques.

Un bon coup de collier pour relancer le marché du bois dans l'Hexagone, et des transformations structurelles, pour assurer l'avenir. La stratégie gouvernementale est tracée. A l'occasion d'une visite à la scierie Siat-Braun, à Urmatt, Nicolas Sarkozy a en effet annoncé toute une série de mesures destinées à dynamiser l'industrie du bois. Les réactions de la filière suite au discours du président de la République sont dithyrambiques. « C'était un vrai discours de politique forestière », se réjouit Laurent Denormandie de la Fédération Nationale du Bois (FNB), « on n'en avait pas entendu un pareil par un chef d'Etat, de mémoire d'homme ». 

Satisfecit de la filière bois

 «Je suis assez satisfait, j'en ressors une impression positive», commente Laurent Denormandie a propos du plan gouvernemental annoncé par le président. « Il a reconnu l'importance de la surface forestière en France, la troisième d'Europe, qui contraste avec le déficit de la balance commerciale du secteur.» Quant à l'emploi,   «450 mille salariés, c'est autant que l'automobile»,  souligne le représentant de la filière : «bûcherons, exploitants, menuisers», la forêt présente une armada de métiers diversifiés que la puissance publique se doit selon lui de soutenir. 

« Le chef de l'Etat a dit que que la filière n'était pas accompagnée et mise en valeur, et qu'il allait désormais s'occuper du problème. Ca déjà pour nous c'est fondamental » ajoute ainsi le porte-parole des travailleurs sylvestres. « Il faut développer l'utilisation du bois en France, via des mesures favorables au Grenelle, a dit Nicolas Sarkozy. Consommer plus de bois pour doper le marché. » De quoi aller dans le sens d'une industrie confrontée à un goulot d'étranglement en aval.


C'est que le secteur réalise 40 milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, avec 450.000 personnes, mais se révèle très atomisé et accue un énorme déficit commercial. Le détail des mesures annoncées est selon  le porte-parole de la FNB des plus adapté à cette donne.« Nicolas Sarkozy s'est engagé sur des mesures chiffrées, simples. Il a fait état de points très précis que nous demandions depuis longtemps. » Parmi ces points, deux mesures phares pour faire repartir le marché du bois.

Multiplier par 10 l'utilisation du bois dans la construction.
De 2 décimètres cubes de bois par mètre carré construit, le chef de l'Etat propose de passer à 20 décimètres cubes. La norme de 2 décimètres cubes date en effet d'il y a 11 ans, à l'époque de la loi sur l'air.  «Ce ne serait pas uniquement incitatif, ce pourrait même être réglementaire. C'est crucial pour nous.» Quant au type de construction à privilégier, tout est permis. «Il peut s'agir de charpente, de plancher, de parquet, de plan de travail... L'Etat doit montrer l'exemple, a d'ailleurs fait valoir le président français ».

Multiplier par 2  le prix du rachat de l'électricité des usines à cogénération. "Nous sommes très en retard sur les Suisses, les Allemands, les Autrichiens qui rachetaient leur électricité à base de bois beaucoup plus cher que nous. Nous l'achetons pour l'instant à un prix dérisoire. C'est ce qui a pesé d'ailleurs sur des dossiers qui ne voient pas le jour actuellement ou sont en souffrance" rappelle Laurent Denormandie.

Le ministre de l'agriculture Michel Barnier annonçait en janvier déjà la mise en œuvre d'un "plan global" en faveur des forêts et de la valorisation du bois comme source d'énergie, en concertation le ministère de l'Environnement.Une façon de résoudre le problème des connexes : une scierie produit pour moitié des produits finis (meubles etc.) et pour moitié des produits secondaires (scieures, plaquettes etc.) qu'il faut pouvoir valoriser. "Nous avons un problème d'écoulement de matière : la papeterie traverse une crise mondiale terrible, la plupart des groupes installés en France ont fermé."  A cause de la crise, la demande d'emballage, de meubles et la construction se sont également réduits comme peau de chagrin. "La solution proposée par le chef de l'Etat pour trouver de nouveau débouchés est de stimuler le développement des chaufferies à bois et autres fonds chaleur encouragés par le Grenelle" fait valoir Laurent Denormandie.

Une solution qui permettrait de mieux utiliser les ressources dormantes de l'Hexagone. "En France on consomme 10 millions de mètres cubes de sciages de résineux par an. Sur ces 10, on en produit 7 sur le territoire national, et on en importe 3. Or la forêt française est sous-valorisée : on n'exploite que 60% de la croissance annuelle du capital forestier" déplore-t-il.

L'exemple alsacien

Siat est la plus grosse scierie en France, un modèle en termes de taille... mais pas forcément en termes d'intégration verticale remarque un obsevateur de la filière, puisque la scierie n'incorpore pas l'activité collage en aval.
Car la France est aujourd'hui gourmande de bois... importé. C'est un des problèmes sous-jacents de cette industrie française. « Aujourd'hui la France importe 5 à 6 milliards d'euros de bois par an » a rappelé en janvier Michel Barnier. Un comble compte tenu de la densité sylvestre de l'Hexagone.  « Sur les 105 millions de mètres cubes de bois produits par an, seule la moitié est récoltée. C'est que quelque chose ne va pas dans la maison ! », estimait alors un expert. « En France les forêts sont trop atomisées entre de petits propriétaires, l'industrie est dispersée sur de nombreuses petites scieries. » De fait, le bois est scié, séché, raboté, collé par de petits entrepreneurs, à chaque fois différents. C'est cher : les clients en aval préfèrent importer leur bois auprès de l'Allemagne, la Finlande ou la Suède, qui disposent d'une industrie intégrée verticalement. Une réalité qu'a couché noir sur blanc le rapport Puech sur la filière, qui a été remis au gouvernement le 31 mars.

Fonds d'investissement. La balance commerciale déficitaire est ainsi due au fait que la filière bois en France est peu concentrée et peu intégrée. Pour y remédier, une restructuration de long terme s'impose. Nicolas Sarkozy a dès lors annoncé la mesure structurelle suivante : créer un fonds d'investissement, sur le modèle des fonds destinés à aider les secteurs de l'aéronautique, l'automobile et peut-être bientôt des biotechnologies. Le représentant des industriels du bois Laurent Denormandie est à ce propos pragmatique. « On ne résorbera pas le problème de la pâte à papier ou du meuble, mais on peut faire décoller de sciage de résineux en investissant dans les entreprises françaises de la filière». 

Doté de 100 millions d'euros, le fonds est "basé sur une action commune de la caise des dépôts et de groupes privés.  Les 100 millions d'euros seront destinés à la première et la deuxième transformation de la scierie lourde" rapporte Laurent Denormandie. Cette création est l'une des mesures préconisées par Jean Puech. Les premières opérations du fonds « pourraient être annoncées rapidement, dès le premier semestre », précise le rapport.

L'objectif de rectructuration assigné au fond a été clairement énoncé par le président aux professionnels du bois : «  aider à rassembler les différents intervenants pour que vous ne soyez pas, chacun dans votre coin, trop petits". "Il faut un peu réorganiser la filière », a-t-il justifié.

Ces annonces interviennent après les assurances du ministre de l'Agriculture Michel Barnier aux exploitants forestiers victimes de la tempête Klaus, qui a provoqué de lourds dégâts dans le Sud-ouest le 24 janvier. L'Etat va notamment garantir pour 600 millions d'euros de prêts bonifiés pour soutenir la filière.

Quant aux associations environnementales, Greenpeace, le Fonds mondial pour la nature (WWR) et les Amis de la terre, elles ont demandé ensemble une réglementation plus contraignante sur l'utilisation des bois tropicaux. Pour FNE, l'Etat doit mieux impliquer l'ensemble des acteurs, afin de promouvoir la biodiversité tout en optimisant les différents usages de la forêt. Elles sont là pour le rappeler : exploitation des forêts plus poussée ne doit pas rimer avec destruction de l'environnement.

Ana Lutzky


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