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Fiche pratique : la maintenance des éoliennes assistée par ordinateur

Le 02 mars 2010 par Ana Lutzky
Eoliennes energie

Les exploitants de parcs éoliens gagnent à utiliser un logiciel qui « rangera » pour eux tous les documents, et constituera le ciment d’une maintenance soignée. Mode d’emploi.

Comment mutualiser les informations pour assurer la maintenance d’un parc éolien ? Par quel miracle éviter qu'entre les maintenanciers, les feuilles excel ne se baladent dans tous les sens ?  La gestion de maintenance assistée par ordinateur (GMAO) s’avère être un outil précieux pour les exploitants de parcs éoliens. Gestionnaire d’événements, le logiciel idoine décrit les équipements, dresse un échéancier des travaux à réaliser, conserve un historique, une liste des pièces utilisées, et comptabilise les heures de main d’œuvre réalisée (par des sous-traitants ou en interne).

Lors d'opérations de maintenance lourde, descendre un rotor par exemple, l’exploitant doit parfois faire appel au constructeur, et lui sous-traiter l’opération. « Confrontés à un problème sur la pale n°4 d’une éolienne dans un parc du sud de la France, en plein hiver, nous ne pouvions pas faire de la fibre sur nacelle à cause du froid », raconte  Aurélie Bureau, Chef de Service Exploitation chez EDF-EN. « Il a fallu descendre le rotor, et permettre aux réparateurs d’intervenir sous une tente chauffée ». Une opération réalisée à trois : l’entreprise de maintenance LM glassfiber venue travailler sur la pale, le constructeur Vestas, des plus précieux pour la procédure de montage, et l’exploitant EDF EN qui a signé l’autorisation. Rien de tel qu’un outil de GMAO pour centraliser tous les renseignements éparpillés chez chacun des intervenants. La gestion des réparables en particulier constitue un vrai casse-tête : chacune des pièces doit être suivie à la trace. « Pour ne pas perdre de vue que tel n° de série est passé sur telle machine, on utilise une sorte de work-flow qui suit le parcours d’une pièce » vulgarise un utilisateur.

Reporting, gestion des stocks et des achats, personnel… les possibilités de la GMAO sont vastes. Dans l’éolien, une application web permettant de l’utiliser en déplacement n’est pas de trop. Pour 20.000 à 30.000 euros, des solutions  peu sophistiquées peuvent faire l’affaire. A condition de disposer en interne d’informaticiens à même d’adapter le logiciel, et d’un fournisseur informatique qui accepte de leur « montrer comment faire », plutôt que de prendre en charge toutes les modifications et de les facturer !  Eole Res a par exemple opté pour une version allégée du logiciel Coswin 7. « En 6 mois, nous avons tous l’historique du parc sur 7 ans, les travaux prévus sont créés automatiquement » se réjouit Marc Holtz, ingénieur exploitation maintenance de l'entreprise dont le parc vient de dépasser le térawattheure. Reste à réaliser le reporting, confie-t-il : c'est le plus long à faire.

Difficultés

1)    Il faut « passer derrière les techniciens » pour leur demander de renseigner les fichiers. L’automatisme n’est pas immédiat : cela peut prendre quelques années.

2)    Le retour sur investissement n’est pas direct. On améliore la qualité de gestion de la maintenance, pas forcément la disponibilité de l’éolienne. « C’est long à mettre en place. De développeurs de projets, les exploitants de parcs éoliens doivent passer à une logique industrielle et accepter les contraintes de long terme des projets », indique Marc Holtz d’Eole-RES, qui a eu quelque peine à convaincre les décideurs de l’entreprise à investir dans la fluidification de la maintenance. Si l’achat du logiciel représente un coût raisonnable, la direction peut néanmoins se laisser convaincre en prenant la GMAO comme tremplin pour une démarche de certification de type ISO.

3)    Les constructeurs ne jouent pas toujours le jeu. « C’est une bataille d’avoir les pièces, les documents ! », se plaint un gestionnaire de parc. Fluidifier le circuit d’informations entre constructeur, exploitant et maintenancier, lorsqu’ils sont différents, est un enjeu de taille. Un comble, alors qu'une relation de confiance avec le constructeur est de mise, puisque le parc est exploité pour au moins 20 ans. Un utilisateur de GMAO en valant deux, mieux vaut éviter certains couacs. Sous garantie constructeur, les superviseurs de travaux qu’ils n’ont pas réalisés ne souhaitent pas renseigner la base de données par exemple. Hors garantie, l’outil de GMAO structure beaucoup l’activité… à condition qu’il soit prêt avant la sortie de garantie !

Reste que la GMAO peut in fine se traduire en monnaie sonnante et trébuchante. La comptabilisation des heures de main d’œuvre permet d’estimer le coût de la prestation. « Au bout de 5 ans de garantie, nous aurons une idée de combien vaut le contrat. Si le prestataire de maintenance souhaite conclure un nouveau contrat, nous pouvons lui dire que nous n’avons pas utilisé autant d’heures » souligne un utilisateur de logiciel pour l’éolien. Une démarche d’évaluation tout aussi utile pour gérer au mieux l’approvisionnement en pièces de rechange . « Cette comptabilité est essentielle pour le retour d’expérience et l’amélioration de l’efficacité et de la disponibilité », conclut Aurélie Bureau, d'EDF-EN.
 

La garantie constructeur

L'entretien d'un parc éolien met en jeu des prestations de maintenance :

la maintenance préventive : visites régulières effectuées par le constructeur et destinées à vérifier l'usure de certaines pièces en vue de leur changement.

bris interne : la garantie sur le bris interne couvrira le remplacement de pièces dont l'usure anormale aura été détectée lors d'une visite de maintenance préventive ; elle indemnisera également le manque à gagner consécutif à l'arrêt éventuel de l'exploitation éolienne (de l’ordre de 6000 € / MW / an).

bris externe : la garantie sur le bris externe couvrira le remplacement de pièces dont l'usure anormale aura été détectée par l'exploitant de l'éolienne en dehors d'une visite de maintenance préventive. La perte de production liée à la défectuosité de ces pièces sera également indemnisée (de l’ordre de 6000 € / MW / an)

garantie sur la performance : la performance indique le temps durant lequel une éolienne doit normalement fonctionner. Une courbe de cette performance, dressée par le constructeur, récapitule la production normale de l'éolienne en fonction de chaque vitesse de vent. L'écart entre la performance établie par le constructeur et la production réelle s'appelle : la disponibilité. Dans l'hypothèse ou la production d'énergie d'une éolienne se révèlerait être inférieure à la courbe de performance (à hauteur de l'engagement contractuel), la garantie sur la disponibilité couvrirait la perte de bénéfices correspondante. Une garantie de disponibilité souscrite pour 95% indemnisera l'exploitation éolienne dans l'éventualité ou sa production énergétique réelle n'atteint pas le seuil de 95% de la production indiquée sur la courbe de performance. (Maintenance préventive + garantie performance : de l'ordre de 15000 € / MW / an)

La garantie constructeur (qui s'étend généralement sur les 2 ou 5 premières années d'exploitation du parc éolien) ne recouvre pas nécessairement l'ensemble de ces points. Si la maintenance préventive reste systématique, la garantie sur bris interne et la garantie de performance sont généralement les seuls contrats de maintenance proposés par le constructeur.


Merci à Wind Prospect, organisateur de la conférence "Exploitation & Maintenance des Parcs Eoliens" le 18 Février 2010 au British Council, au cours de laquelle se sont exprimés les intervenants cités dans cette fiche pratique.

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